Lettre à une victime

Monsieur José DARAS
Sénateur et Ministre d’Etat Ecolo
En Hors-Château, 48
4000    LIEGE
Liège, le 18 février 2008
Avant propos
 
"José DARAS, actuel ministre wallon des Transports, se montre excessivement agressif lorsqu’on évoque Mustafa Sari. Après avoir  estimé que 'Le journal du Mardi' n’a rien trouvé d’autre pour casser Ecolo, le ministre d’Etat affirme : "Je ne suis pas concerné, je suis victime !  Plus aucun journaliste ne relaie cette affaire parce qu’ils se rendent compte que nous sommes victimes !"[1] 
Voilà un ministre d'Etat qui, dans la pure tradition soviétique, estime que tout journaliste relayant l'affaire aurait pour intention de casser Ecolo. Et que tout journaliste ne relayant pas l'affaire aurait compris qu'ils - eux Ecolo - sont victimes. En écoutant ce vil populiste, on pourrait croire en outre que tout ce qui n'aurait pas été vu à la télé ou lu dans le journal, serait insignifiant…
 
Monsieur la Victime,
 
Concerne : la suite de la grève de la faim que j'ai entamée en toute liberté le 29 janvier et à laquelle j'ai mis un terme en toute liberté le 15 février 2008.
Penser comme les nazis
 
Chez vous, chez ECOLO, comme vous le dites, José, tout acte, même un coup de téléphone, est présenté comme un acte collectif. Acte accompli par un étrange individu que vous identifiez comme étant "NOUS" ou "NOUS ECOLO" ou bien encore "ECOLO". De cette façon, vous croyez pouvoir interdire à autrui d'identifier les individus responsables des actes mis en cause. Alors que la responsabilité, comme la culpabilité, est individuelle et non collective. Sinon nous penserions comme les nazis.
Nous penserions en effet comme ceux qui pensaient que la communauté juive, ou communiste, chrétienne, gitane, que toutes, elles étaient responsables et coupables collectivement. Bref, si je me permets de m'adresser à toi, José, en identifiant clairement les individus - dont toi - responsables des actes incriminés, ce n'est donc pas pour "te faire passer pour un salaud", comme tu le dis, mais c'est pour penser autrement et faire autrement que les nazis. A mon estime, "la communauté Ecolo", si la communauté il y a, n'est ni responsable ni coupable collectivement de tes propres errements ou des errements de tes compagnons de route.
 
La vérité, où est-elle ?
Ces réflexions m'amènent à t'entretenir de ton slogan qui consiste à dire à celui qui te pose une question : "Voulez-vous une réponse, ou la réponse attendue ? Quand nous répondons à vos questions, vous nous en posez d'autres et vous mettez en cause notre honnêteté." En le répétant sans cesse, tu as espéré me faire croire que je t'obligeais à faire des déclarations ou à me donner des réponses qui me plairaient.
Ce qui prouve que tu ignores cette règle élémentaire du droit : quelle que soit la réponse donnée à une question posée, cette réponse ne peut constituer une preuve. Car en droit, même un aveu n'est pas une preuve, il faut encore le vérifier dans les faits. En l'occurrence, lorsque je te pose une question, je ne suis pas assez inculte ni assez naïf pour ne pas savoir que ta réponse peut n'être qu'un mensonge ou un mensonge par omission. Ce qui m'importe donc, ce ne sont pas tes réponses mais bien de prendre acte de tes mensonges afin de les mettre les unes à côté des autres pour te demander, in fine, où se trouve la vérité.
Dans ce sens, je souhaite d'abord te faire part ici d'une réponse, parmi tant d'autres, que tu as involontairement donnée aux questions sous-jacentes à l'exposé des faits, faits que je te demandais de reconnaître ou non. Cette réponse ne figure donc pas parmi les réponses écrites que tu as données aux questions directes que je te posais.
 
Le 19 mars 1999, la jeune fille en pleurs t'aurait dit : "Un malheur va arriver. Je n'ai jamais vu Mustafa comme ça. Il va très mal". Puis, le policier qui venait souvent me voir aurait, lui aussi, exprimé ses inquiétudes allant dans le même sens. Et tu serais alors devenu très inquiet. Après avoir longtemps réfléchi, hésité et discuté pendant deux heures, tu aurais alors téléphoné au Magistrat de garde pour lui dire : "il y a un problème ici. On ne sait pas quoi faire. Il y a éventuellement danger".
Malheureusement, et tu le sais José, cette affirmation est un pur mensonge. De fait, la jeune fille est venue te trouver aux environs de 15.50 heures. Juste au moment où celle-ci est revenu, le policier est allé te voir, et à ta demande, aux environs de 16.00 heures. Or le policier, qui est immédiatement revenu me parler après s'être entretenu cinq minutes avec toi, m'a informé de ce que tu avais téléphoné au Parquet avant son arrivée. Tu avais déjà téléphoné au Parquet ! Il est donc impossible que ton coup de téléphone ait été donné suite aux "alertes de danger", et après une longue délibération de deux heures, puisqu'il aurait alors dû être donné aux environs de 18.00 heures ... Selon toi, José, la vérité, où est-elle ?
 
Montrer pour mieux cacher en pervertissant le langage
 
Je souhaite ensuite te montrer, à travers un exemple, ce que je peux faire néanmoins avec tes réponses. Dans une de celles que tu m'as transmises le 13 février courant, tu me disais : "Nous avons estimé à un moment que nous nous heurtions aux limites de la séparation des pouvoirs". Tu as donc estimé José, à un moment, pour ne pas dire quand, que tu te heurtais aux limites de la séparation des pouvoirs. Heureusement, me suis-je dit en te lisant, que tu t’en es rendu compte à temps, soit le 15 juillet 1998, grâce à ton ami Louis GENET, et que tu as fait demi-tour tout de suite, sans jamais faire marche arrière. Sinon tu aurais pu te faire mal, très mal. En effet, les limites de la séparation des pouvoirs sont des précipices extrêmement dangereux, surtout pour les suicidaires.
 
En outre, je constate que tu sacrifies aujourd’hui 'ECOLO' en expliquant que c’est bien 'VOUS ECOLO' qui avez collectivement estimé que ma demande heurtait le principe de la séparation des pouvoirs. Au lieu de dire, comme tu l'as fait durant dix ans, que c’est le Ministre de la Justice lui-même qui 'VOUS' aurait dit que ma demande heurtait le principe de séparation des pouvoirs, et rencontrait son refus de statuer sur un dossier individuel. Comme le disait par ailleurs Alain Vrancken, alors Secrétaire régional d’Ecolo, sur les écrans de télévision le 18 mai 2001, en suivant tes conseils : "Le ministre de la Justice a dit qu’il y avait séparation des pouvoirs. Nous, nous n’y pouvons rien."[2]
'NOUS', nous n'y pouvons rien !
 
Ethique politique
 
Quant à l’éthique politique dont tu as la gorge pleine, tu en as probablement une, José. Je ne crois pas d’ailleurs qu’il existe dans ce bas monde une personne sans une quelconque éthique ou morale : Staline, Hitler, Franco, Mussolini, Pinochet, Evren, Duvalier, Pol Pot avaient leur éthique. Comme le dictateur Birman a la sienne.
 
Assumer ses actes
 
J’ai également été très heureux d’apprendre que tu n’avais jamais refusé de rendre compte de tes actes. C’est bien, car je suis convaincu que viendra un jour où tu rendras compte de tes actes.
 
Pour le temps futur
 
Pour terminer, je souhaite relever ici les propos que tu tenais lors de ta rencontre avec les citoyens le 7 février courant : "si le Ministre a écrit à Mustafa qu’il avait transmis sa requête aux autorités compétentes, cela prouve bien que lui estimait ne pas pouvoir traiter le dossier’". Par ces propos révoltants, tu croyais justifier la collusion entre ma demande et le principe de la séparation des pouvoirs, alors que la cause de cette "transmission" était toute autre. Car, jusque là, la procédure suivait simplement son cours.A ce moment, je me suis éloigné du groupe pour ne pas hurler à ta face en disant : 'tu es soit un vulgaire manipulateur, soit un pervers moral dangereux, soit un ignorant pitoyable, soit les trois à la fois, c'est-à-dire une graine de fasciste mal arrosée qui attend le premier printemps pour percer la terre.'
Non, José,  tu ne perceras pas la terre au printemps prochain. J’assumerai,  quant à moi, ce 'non' jusqu’à ce que tu quittes la vie politique pour la pérennité de notre démocratie, de notre Etat de droit et de notre liberté. Et ce, en prenant par la main tes compagnons de route Muriel GERKENS et Bernard WESPHAEL.
 
Je te le promets avec la détermination qui est la mienne,
Mustafa Üner SARI
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N.B. : "Le 19 mars 1999", dis-tu, "ce n’est pas moi qui ai téléphoné au Parquet la première fois." Si c’est vrai, c’est que tu connais la personne qui a téléphoné, n’est-ce pas ? Et tu sais aussi à qui, toi, tu as téléphoné la première fois.

[1] Le Journal du Mardi, le 29 février 2000.
[2] R.T.B.F., les informations régionales du 18.45 heures.

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