Mes promesses

Mes promesses

 

 "Je n'ai ni pris de gants, ni choisi des  mots polis, ni tenté de transiger avec quelque chose que la plupart d'entre nous éprouvent profondément. Il n'y a pas de terre promise pour les opprimés du monde entier. Il n'existe aucun lieu au-delà de l'horizon où ils peuvent trouver refuge. Il leur faut tenir debout."

  

Mustafa Üner SARI


 Avant Propos

Comme je l’écrivais dans une lettre ouverte récente, je suis parfaitement conscient d'être en un endroit d'où l'on ne voit plus la lumière de l'entrée et où la lumière de la fin est si imperceptible que le regard doit sans cesse la chercher et la reperd sans cesse, où le début et la fin ne sont même pas assurés. Ayant la ferme intention de quitter cet endroit dans les jours ou les semaines à venir, je n’ai pu résister à mon envie de vous parler, ici et maintenant, de mes promesses aux quelles j’ai tenté, malgré et contre tout, de rester fidèle durant les douze dernières années de combat.

Vous parlerai-je de toutes mes promesses ? Oui, sauf une. Il s’agit d’une promesse que je me suis faite lors d’une action que je menais en Hors-Château à Liège, et à la quelle je suis resté fidèle jusqu’à ce jour et le resterai jusqu’à mon dernier souffle. Une Amie, Elle seule, la connaît pour m’avoir entendu en parler durant plus de huit ans.

Mes promesses

Le 3 mai 1995, a été déposée dans ma boite aux lettres cette convocation datée du 28 avril de cette même année :

 

« Monsieur SARI,

Je vous prie de vouloir bien vous présenter à l’annexe du palais de Justice, rue du Palais, no 11, le mercredi 3 mai 1995, à 09.00 heures, pour y être entendu par le soussigné, concernant l’ASBL La Maison des Turcs – Türk Toplumu. Prier de vous munir des documents suivants :

Les comptes de l’ASBL.

Le registre des procès-verbaux des assemblées générales des membres.

Les bilans de l’ASBL, de 1989 à ce jour.

Les budgets prévus par la loi, de 1989 à ce jour.

Les pièces justificatives des entrées et des sorties figurants sur le compte de l’ASBL, à la C.G.E.R, de 1989 à ce jour.

Les preuves du paiement (bulletins de versements) suite à l’achat de la mercedes 190, plaque CPK252.

Les preuves du paiement de l’assurance et de la taxe de circulation de ce véhicule, depuis son achat jusqu’à ce jour.

Officier de Police Judiciaire.

D. BOTSON. »

 

Il s’agissait là d’une sorte de réquisitoire qui exprimait à la fois l’arrogance des corrompus, la vulgarité du pouvoir et la médiocrité de l’arbitraire. Un ‘ordre’  qui exigeait mon adhésion individuelle à la soumission présentée sous le dehors d’une obligation légale collective. Un ‘billet’ qui annonçait l’exécution imminente d’une condamnation sans jugement, que la propagande diffusait dans tous les coins de rue, depuis le mois de mai 1994 : "Sari ira en prison un jour, mais il n’en devinera pas la raison jusqu’à son arrestation."

Il m’a fallu dire à ce terroriste de bas étage, Officier BOTSON, ainsi qu’à ses maîtres s’agitant dans les coulisses obscures, qu’il se trompait de porte. Mais le dire avec des termes bien choisis pour que le message soit compréhensible par lui et par ses maîtres. Avec des termes suffisamment imprudents et grossiers, voire même vulgaires, si les mots n’étaient pas galvaudés. Car le mot, ou les mots, la façon de nommer et de qualifier impliquent une certaine attitude devant les faits.

Ma première promesse

Dans ma lettre du 6 mai 1995, je lui ai fait savoir, en substance, que je ne me présenterai jamais dans son bureau, ni répondrai à sa convocation, ni lui communiquerai un quelconque document. Que, s’il insistait, j’irai extraire, et à la demande d’un magistrat instructeur, les documents demandés de l’endroit où je pourraient les trouver, à savoir dans son endroit le plus intime, et je les lui remettrai en main propre. Puis, en écoutant le bruit assourdissant du silence, ‘ayant pris acte de ma promesse,  ils cherchent sans doute une voie royale pour m’atteindre’, me disais-je à l’époque.

Le 21 juin 1995, j'ai été convoqué par téléphone au palais de justice à Liège, sous prétexte de me faire confirmer une plainte que j’avais déposée, un an auparavant, en main d’un juge d’instruction. Cette plainte concernait des agissements répugnants d’une organisation turque d’extrême droite. A mon arrivée au Palais, j’ai été privé de liberté. Le lendemain, j’ai été mis sous mandat d'arrêt pour cause d’escroquerie et de détournement de fonds. J’ai ensuite été séquestré, durant quatre jours, dans un milieu carcéral appelé ‘maison d’arrêt’ dans sa version démocratique, pour mieux soustraire au regard sa vocation occasionnellement politique. Dès ma libération le 26 juin, j’ai engagé publiquement la lutte contre la politique du terrorisme d’Etat élaborée et exécutée par voie judicaire.  

Le 31 juillet 1995, le juge d’instruction Fernand BRASSEUR, qui m’avait délivré ce mandat d’arrêt, a délibérément et volontairement transformé en faute ce qui aurait pu être considéré jusqu’à lors, et en son chef, comme une erreur, mais une erreur d’une gravité extrême. De fait, en faisant preuve de son arrogance nauséabonde, "il n’appartient pas encore à l’inculpé ou à son conseil, de choisir "son" juge ou "ses" enquêteurs", faisait-il remarquer, dans un courrier adressé à l’un de mes conseils, Julien PIERRE, l’autre étant Louis GENET, tous deux avocats au barreau de Liège. 

Ce que je trouvais terrifiant dans ces propos, c’est que cet individu s’estimait encore comme un juge indépendant et impartial, et donc incontestable. De plus, il semblait exiger à son tour mon adhésion individuelle à la soumission présentée, et une fois encore, comme une obligation légale collective. Ce qui était le plus terrifiant encore, c’est qu’en me signifiant qu’il ne m’appartenait pas encore de choisir "mon" juge ou "mes" enquêteurs,  il semblait croire qu’il appartenait à lui et à ses acolytes, de choisir leur cible, ainsi que les moyens hors-la-loi - dont la politique du terrorisme d’Etat - pour l’abattre. 

Ma deuxième promesse 

Il ne fallait surtout pas que je considère ‘mon’ Juge comme un interlocuteur (ou un adversaire) valable pour des raisons que je ne souhaite pas dévoiler ici par respect à mon étique personnelle. Il fallait qu’il se désiste volontairement et disparaisse de mon champ d’action. Pour ce faire, il m’a fallu prendre distance par rapport aux événements. Prendre le temps pour traverser les murs afin d’aller voir ce qui se tramait réellement dans les coulisses. Et en même temps, pour avaler le manuel de la procédure pénale et le Code d’instruction criminel pour m’occuper, moi-même, de ce qui me regardait de très près. 

Le 2 janvier 1996, j’ai écrit à ‘mon’ juge une longue lettre ouverte où je lui disait : "Le 22 juin 1995, un vil corrompu contaminé par la folie terroriste d’un genre assez singulier, m’a en effet tendu un mandat d’arrêt. C’était réellement l’acte de la folie exécuté par des terroristes au stade de rage. Et ce vil corrompu contaminé par la folie terroriste, c’était vous Monsieur le Juge ..."  

J’ai appris bien plus tard - le vieux secret d’instruction oblige - que l’Officier BOTSON avait terminé sa mission, le 31 janvier 1996, par un procès-verbal où il écrivait : "Exposons que les considération reprises au présent procès-verbal nécessitent évidemment l’interpellation de SARI Mustafa. Toutefois, l’intéressé ayant à diverses reprises fait savoir à Monsieur le Magistrats Instructeur, d’une manière ferme voir plus que déterminé, qu’il refusait de se présenter en nos services, nous renonçons à convoquer SARI Mustafa." Et il avait transmis son P.V. à ‘mon’ Juge, alors que celui-ci avait demandé et obtenu son dessaisissement trois semaines plus tôt, soit le 5 janvier 1996, pour des ‘raisons personnelles’. Force m’a alors été de constater que, suivi des incessantes menaces de mandat d’amener, de mandat de perquisition et de mandat d’arrêt, ils avaient enfin renoncé à me convoquer. 

Comme je le leur avais promis dès le départ, "d’une manière plus que ferme, voir plus que déterminée", je ne me suis jamais présenté en leurs services, ni leur ai communiqué un quelconque document. J’ai ainsi tenu à être fidèle, jusqu’au bout, à ce principe gravé dans ma mémoire par mon père à l’âge de sept ans, comme s’il savait qu’il allait nous dire adieu trop tôt : "Vous n’avez de maître que votre raison, et votre conscience. Etre respectueux des autres, c’est avant tout refuser de respecter ce que vous estimerez indigne de votre respect. Et cela exige la séparation à la fois stricte et intelligente, de l’adhésion individuelle et de l’obligation collective dans tous les domaines."  

Ma troisième promesse 

Comme j’ai pu le constater et le comprendre par la suite, les magistrats et auxiliaires concernés ayant pris en charge l’élaboration et l’exécution de cette sale besogne, avaient pensé qu’il suffisait de me convoquer au palais de justice sous prétexte de me faire confirmer une plainte, et à mon arrivée, de me priver de la liberté discrètement. De me mettre le lendemain sous mandat d'arrêt sous prétexte de détournement de fonds, et en faire la publicité via la presse, pour me voir intimidé, discrédité et réduit au silence ?

En effet, selon les dires insistants de mes conseils (avocats), que j’ai d’ailleurs virés sans trop tarder, les mêmes magistrats et auxiliaires concernés non seulement y avaient fermement cru, mais aussi ils avaient cru qu’ils pouvaient traîner le dossier jusqu'à la prescription, en espérant consolider pour l'éternité le sceau judiciaire apposé sur mon front du ‘présumé coupable’. Bref, ce qu’ils visaient, c’était tout simplement ma mort civile. 

Il me fallait sauver ce dossier de l’emprise du Parquet pour qu’il ne soit pas étouffé. Il fallait que je le porte devant les juridictions d’instruction pour ‘jugement’. J’ai alors engagé la résistance et l’ai assumée durant un an, en l’appuyant par deux grèves de la faim.  

Au quarantième jour de la deuxième grève que j’avais engagée devant le palais de justice à Liège, j’ai eu la satisfaction d’apprendre que l’affaire allait être soumise à l'examen de la Chambre du Conseil dans les quinze jours. Ce qui fut fait le 7 juin 1996. Ladite Chambre prononça son ordonnance de non-lieu le 21 juin. Le parquet fit appel pour démontrer sans doute que la défaite, pour lui, était impossible. Appel qui fut suivi d’un arrêt de non-lieu rendu, le 17 avril 1997, par la Chambre des mises en accusations. J’ai ainsi été ‘blanchi’, comme ils le disent. Mais il me fallait désormais savoir pour quoi j’ai été ‘noirci’ au lieu de tourner la page, comme le veut et exige la loi d’impunité.  

Ma quatrième promesse 

La prétendue affaire judiciaire étant définitivement clôturée, il était temps de poser la question suivante et d’en obtenir réponse : le mandat d'arrêt, dont j’ai été l’objet le 22 juin 1995, concernait-il réellement une affaire judiciaire, ou a-t-il été conçu comme un instrument de pratique du ‘terrorisme d'Etat’ par voie judiciaire ? Autrement dit, ne s’agissait-il pas là, comme l’indique le terme ‘terrorisme d’Etat’, d’une action délictueuse ou criminelle à l’élaboration et à l’exécution de laquelle ont activement et principalement pris part notamment des représentants de l'Etat, à savoir les magistrats et auxiliaires concernés du Parquet de Liège ?  

Et ce, et c’est fondamental - pour mieux discréditer et réduire au silence un combat, une association et un homme, que la tristement célèbre et très officielle mafia turco-belge n'avait pu ni intimider ni réduire au silence, durant dix-huit ans, et par tous les moyens.  

C'est la question à laquelle il me fallait désormais obtenir réponse. Cette question ne pouvait être posée qu’au Procureur Général. Car, en ce qui concerne les personnes jouissant du privilège de juridiction - dont les magistrats du parquet et du tribunal de première instance - la mise en mouvement de l'action publique, soit l’engagement des poursuites, relève de la seule compétence du Procureur Général, comme prévu par l'article 479 du Code d'instruction criminelle. 

Sa Majesté, Madame Anne Thily, alors Procureur Général, assise sur une chaise et non sur le Parquet au Palais des Princes Evêques, semblait décidée de ne réserver aucune suite à la plainte que j’avais déposée entre ses mains, en sollicitant l’ouverture d’une enquête afin de répondre à cette même question. Dans ce cadre, au terme de l'ultime entretien que je venais d'avoir avec Madame Andrée Spriesterbach, Avocat Général, j'ai entamé, le 17 septembre 1997, la résistance devant le palais de Justice à Liège. 

Je l’ai menée durant quatre mois et demi, 24 heures sur 24, et 7 jours sur 7, dans une cabane érigée contre la façade du palais de Justice. Le 27 janvier 1998, Madame le Procureur général me fit savoir ceci : "A la suite de la visite de Messieurs DECOLLE, Commissaire de Police et J. JAMART, Commissaire adjoint, de la 1ère Division de Police de la Ville de LIEGE, j’ai l’honneur de vous confirmer à nouveau que le non-lieu dont vous avez bénéficié (D2978/349/96) en date du 17.4.1997 résulte bien d’une affaire judiciaire. Pour le surplus, aucun élément ne me permet de penser qu’un acte quelconque que vous qualifiez de terrorisme d’état puisse être à la base de cette affaire."  

Dès la réception de ce courrier, j’ai mis un terme à l’action et j’ai quitté les lieux. Car force m’a été de constater qu’enquêter, c’est-à-dire contrôler la procédure, poser des questions, examiner et vérifier les faits revenait, pour Madame le Procureur général, à ‘penser’ que toute affaire traitée par les agents de son administration ne pouvait être qu’une affaire judiciaire. Et que mettre en cause le bien fondé de cette déduction - basée sur un raisonnement logique à prémisse unique - reviendrait, pour elle, à prendre le risque inconsidéré de voir trembler le ciel du Royaume sous la colère stalinienne.  

Le jour même, alors que je venais de mettre un terme à mon long séjour devant le palais de justice, j’ai commencé à rédiger une requête sur base de la réponse fournie par Madame Anne Thily. Je l'ai déposée, le 4 février 1998, entre les mains du Ministre de la Justice. Par cette requête, je sollicitais l'ouverture d'une enquête à l'encontre du Procureur général pour motif, notamment, de corruption par solidarité de corps dans l'intention manifeste et délibérée de dissimuler et couvrir des actes délictueux et criminels afin de les soustraire à la justice et d’en protéger les auteurs. 

Faut-il souligner aussi que l'engagement d'une action ou d'une procédure à l'encontre d'un Procureur général pour des crimes et délits qu'il aurait commis dans l'exercice de ses fonctions, relève de l’article 486, alinéa 1er, du Code d'instruction criminel qui prévoit à cet égard que "le crime sera dénoncé au ministre de la Justice qui donnera, s'il y a lieu, ordre au procureur général près la Cour de cassation, de le poursuivre" 

Conformément aux prérogatives de la loi, le Ministre m’a fait savoir par son courrier du 9 avril 1998, que ma demande d’enquête avait été transmise aux autorités compétentes. Le Ministre avait estimé donc qu’il y avait lieu de le faire : 

"Monsieur,

 J’accuse bonne réception de votre lettre du 4 février 1998.Votre demande d’enquête a été transmise aux autorités compétentes. Je me vois dès lors contraint d’attendre leur réponse avant de vous informer plus amplement.

 Veuillez agréer, Monsieur, l’expression de mes sentiments distingués.

 Stefaan DE CLERCK. Ministre de la Justice."

Mais à quelles autorités compétentes le Ministre disait avoir transmis la requête ? C’est cette question qui m’a conduit en Hors-Château à Liège, devant la porte de la Régionale liégeoise du parti Ecolo.

Ma cinquième promesse

Le 9 juillet 1998, j'ai entamé une grève de la faim devant les locaux de la régionale liégeoise du parti Ecolo. Au sixième jour de cette grève, soit le 15 juillet, Thierry Detienne, alors député fédérale, m'a transmis un courrier truffé de mensonges, de tromperies, de falsifications et de manipulations en tous genres. Le seul but poursuivi par DETIENNE et ses acolytes parlementaires et mandataires du même parti, était incontestablement de masquer la vérité en lui donnant l’éclairage qui la rend trompeuse, comme le ferait un pervers accompli.

Ce récit a été imaginé et construit afin de me surprendre, en espérant me faire douter de ce que je savais, de ce que je faisais, et du bien fondé de l’action que j’avais engagée six jours plus tôt. En effet, j’avais interpellé les parlementaires fédéraux écolos - et ce, en vertu de leur pouvoir, pour ne pas dire de leur devoir, de contrôle sur les actes de l’exécutif -, en les priant d’interroger le Ministre de la Justice pour savoir à quelles autorités compétentes celui-ci disait avoir transmis ma requête, comme il me l’avait fait savoir par son courrier susmentionné du 9 avril 1998. Et quelle était la suite réservée à ladite requête par ces mêmes autorités ?

L’enjeu était de taille : si la requête que j’avais déposée entre les mains du Ministre de la Justice heurtait, comme le député me le faisait savoir, le principe de séparation des pouvoirs, cela revenait à dire que je devais définitivement oublier ce pourquoi j’avais introduit cette requête.

 Je me suis alors promis, le 15 juillet 1998 à 14.15 heures, que je ne quitterai pas l’endroit où je me trouvait avant d’obtenir réponse à cette question fondamentale : qui et pourquoi avait-il suggéré à Detienne de me transmettre en douceur cet ordre qui m’intimait de retourner chez moi, dompté, et d’oublier l’affaire du terrorisme d’Etat ?

 Pour trouver réponse à cette question, il me fallait obtenir réponse aux trois autres questions que j’ai posées sans relâche durant trois ans et demi, du 16 juillet 1998 au 07 janvier 2002. In fine, j’ai pu reconstituer les réponses à ces trois questions à partir des  éléments de réponses, que les mandataires écolos m’ont périodiquement transmis durant ces longues années. Et j’ai quitté les lieux le 7 janvier 2002 à 18.30 heures dès la réception du courrier qui me portait la réponse à la dernière question restée sans réponse.

 J’ai quitté les lieux mais je n’ai rien oublié. Je n’ai surtout pas oublié que mon séjour dans la rue Hors-Château a été interrompu durant trois jours. J’ai en effet été mis, le 19 mars 1999, sous observation psychiatrique - et pour cause de maladie mentale - par une ordonnance judiciaire délivrée par Madame le Procureur du Roi de Liège à la demande des parlementaires et mandataires Ecolo, notamment. J’ai donc été séquestré, cette fois, dans un milieu thérapeutique appelé ‘hôpital psychiatrique’ dans sa version démocratique, pour ne pas dire goulag afin de mieux cacher sa vocation occasionnellement politique.

Trois jours plus tard, j’ai rejoint le front avec, sur les bras, une autre question dont je vous laisse apprécier la gravité : cette ordonnance de mise en observation psychiatrique concernait-elle réellement une affaire médicale ou a-t-elle été conçue comme un instrument d’intimidation et de menace, par voie juridico-psychiatrique, pour tenter de couvrir un acte terroriste par un autre ?

 C’est aussi durant mon séjour en Hors-Château, que j’ai déposé les deux plaintes évoquées dans le paragraphe suivant. Et c’est là que je me suis fait la promesse que j’estime la plus lourde quant à ses conséquences futures, comme vous pouvez le comprendre à lecture de ce qui suit.   

Ma sixième promesse 

Je me contente ici de citer un passage de la lettre que j’ai adressée, le 20 décembre 2006, à Madame Laurette ONKELINX, Ministre de la Justice et à Monsieur Cédric VISART de BOCARMé, Procureur Général près la Cour d’appel de Liège :  

"En ce qui vous concerne monsieur le procureur general

Les faits

En dernier recours et en pensant que "les plaintes suivies de constitution de partie civile devant le juge d’instruction ont pour but et pour effet de suppléer à l’inaction du ministère public et de mettre en mouvement l’action publique, l’article 63 (du Code d’instruction criminelle) ayant été spécialement inspiré par le désir de sauvegarder les libertés publiques et les droits des citoyens, et de les soustraire à l’omniprésence de fonctionnaires, agents du pouvoir exécutif." (Cass. 10 février 1913. Pas. p.103) : 

-  Je me suis constitué partie civile, le 26 janvier 2001,  en main de Madame la Juge d’instruction REYNDERS. Un premier dossier portant le n° de notice 52.99.99/01, a été ouvert. Et le 2 février, un réquisitoire de mise à l’instruction a été pris du chef de calomnie, diffamation, injures et menaces. 

-  Cinq mois plus tard, soit le 26 juin 2001, je me suis également constitué partie civile en main, cette fois, de Madame la Juge d’Instruction RUSINOWSKI. Un deuxième dossier portant le n° de notice 21.99.503/01, a été ouvert. Et le 04 juillet, un réquisitoire de mise à l’instruction a été pris du chef de faux, usage de faux et faux témoignages. 

-  In fine, ces deux dossiers ont été joints avant d’être transmis au Parquet général, "agents du pouvoir exécutif", lequel les a classés sans suite. 

La question 

Le traitement de ces deux dossiers d’instruction tant par les juges d’instruction concernés, que par les juridictions d’instruction, à savoir la Chambre du conseil et la Chambre des mises en accusation de Liège, ainsi que leur classement sans suite par le Parquet Général, ont-ils été respectueux de la loi, et des règles et principes les plus élémentaires du droit ?

En ce qui vous concerne madame la ministre

 Les faits

Le 21 juin 1995, j'ai été privé de liberté entre les murs du palais de justice à Liège. Et le lendemain, j’ai été mis sous mandat d'arrêt pour cause d’escroquerie et de détournement de fonds, avant d’être séquestré dans un milieu carcéral appelé ‘prison’ ou ‘maison d’arrêt’ dans sa version démocratique pour mieux soustraire au regard sa vocation occasionnellement politique.

Puis j'ai été à nouveau privé de liberté, le 19 mars 1999,  par une ordonnance de mise en observation psychiatrique délivrée par Madame le Procureur du Roi de Liège, et pour cause de maladie mentale, avant d’être séquestré cette fois dans un milieu thérapeutique appelé ‘hôpital psychiatrique’ dans sa version démocratique, pour ne pas dire goulag afin de mieux cacher sa vocation occasionnellement politique.

La première question 

Selon vous, Madame la Ministre, ce mandat d'arrêt concernait-il réellement une affaire judiciaire, ou a-t-il été conçu comme un instrument de pratique du ‘terrorisme d'Etat’ par voie judiciaire ? Autrement dit, ne s’agissait-il pas là, comme l’indique le terme ‘terrorisme d’Etat’, d’une action délictueuse ou criminelle à l’élaboration et à l’exécution de laquelle ont activement et principalement pris part notamment des représentants de l'Etat, à savoir les magistrats et auxiliaires concernés du Parquet de Liège ?" 

La deuxième question 

Selon vous, Madame la Ministre, cette ordonnance de mise en observation psychiatrique concernait-elle réellement une affaire médicale ou a-t-elle été conçue comme un instrument d’intimidation et de menace, par voie juridico-psychiatrique, pour tenter de couvrir un acte terroriste par un autre ? 

La troisième question 

Dans les deux cas, et selon vous, Madame la Ministre, ne s’agissait-il pas, non d’erreurs judiciaires mais de fautes intentionnelles, volontaires et délibérées commises par des représentants de l’Etat pour atteindre le meurtre moral d’une personne d’abord, et son meurtre juridique ensuite, avant de viser la destruction totale de son individualité ?" 

J’exigerai un jour réponse à ces questions, par tous les moyens que j’estimerai légitimes, et vous en serez informés par les évènements, Madame la Ministre, Monsieur le Procureur Général. En sachant que vous avez la manie perverse de ne jamais répondre à la question posée, pour lui donner « une réponse » nécessairement falsificatrice et mensongère parce qu’imaginaire". Je précisais également que leurs réponses devaient être dûment motivées et sur base exclusive des pièces des dossiers qui seraient, selon vous, judiciaires.  

Dans l’attente de voir ce que le passé nous réserve, je tiens à souligner ici qu’exiger ces réponses revient, à mon estime, à exiger le respect de la loi et du droit, simplement. Exigence légitime jusqu’au bout de laquelle j’irai, quelles qu’en soient les conséquences. (…)" 

Conclusion ou ma promesse 

Quoi qu’il arrive, je tenterai d’obtenir réponse à toutes les questions restées sans réponse jusqu’à ce jour, et ce, sons aucune concession de quelque ordre que ce soit. Jamais, je ne laisserai ériger en loi ce que j’estime et juge intolérable, à savoir ce que Hannah Arendt nomme "la banalisation du mal" par le règne sans partage de la loi d’impunité. 

Car "tout compromis repose sur des concessions, mais il ne peut y avoir des concessions quand il s’agit des principes fondamentaux", comme le disais jadis le Mahatma Gandhi. Oui mais, me diriez-vous, ‘quels sont ces principes fondamentaux, et dans quel contexte les placez-vous’ ? 

Il s’agit d’abord d’un principe relatif à la protection de notre liberté en tant que réalité politique vivante. Ce qui m’inquiète à ce propos, c’est que dans le traitement des dossiers concernant la politique du ‘terrorisme d’Etat’ mise en œuvre à deux reprises - le mandat d’arrêt et la mise en observation psychiatrique,  les représentants concernés de l’Ordre judiciaire et du Corps politique ont supprimé toutes les barrières de la loi - et du droit - dressées par la législateur entre les citoyens et l’Etat. Ce qui équivaut à détruire la liberté en tant que réalité politique vivante, car l'espace entre les citoyens et l’Etat tel qu'il est délimité par la loi - et le droit - est l'espace vital de la liberté.  

Il s’agit ensuit d’un autre principe relatif, lui, à la protection de notre Etat de droit et de notre démocratie. En effet, depuis le temps des Lumières, c’est-à-dire depuis l’essor de L’Etat de droit, le respect de la loi et du droit n’est plus l’expression arbitraire de la volonté d’un quelconque représentant de l’autorité publique, qu’elle soit judiciaire, politique ou autre, et de quelque niveau que ce soit. Depuis ces temps lointains, nul n’a donc de pouvoir qu'en vertu du droit, et chacun est soumis à l'obligation de respecter une loi qui le précède. Sans oublier évidemment les règles les plus élémentaires de la morale publique, consubstantielle à la démocratie et à l’Etat de droit démocratique.

 Il dépend de nous que le présent délivre sa promesse d’avenir,

Mustafa Üner SARI

 

Les commentaires sont fermés.