Lettre à Gerkens

 

Liège, le 1er février 2007

Madame la Députée, 

Avant tout, je tiens à redire et à souligner, avec force et conviction, que "tout compromis repose sur des concessions mais (qu’)il ne peut y avoir de concession quand il s’agit des principes fondamentaux", comme le disait et le soulignait jadis le Mahatma Gandhi. Oui mais, me diriez-vous, ‘quels sont ces principes fondamentaux, et dans quel contexte les placez-vous’ ? 

La protection de notre liberté 

Il s’agit d’abord, Madame la Députée, d’un principe relatif à la protection de notre liberté en tant que réalité politique vivante. Ce qui m’inquiète à ce propos, c’est que dans le traitement des dossiers concernant la pratique du ‘terrorisme d’Etat’ par laquelle j’ai été visé le 21 juin 1995 (le mandat d’arrêt) et le 19 mars 1999 (la mise en observation psychiatrique),  les représentants concernés de l’Ordre judiciaire et du Corps politique à la fois, ont supprimé toutes les barrières de la loi - et du droit - dressées par la législateur entre les citoyens et l’Etat. Ce qui équivaut en effet à détruire la liberté en tant que réalité politique vivante, car l'espace entre les citoyens et l’Etat tel qu'il est délimité par la loi - et le droit - est l'espace vital de la liberté. 

En ce qui concerne votre collaboration active à cette destruction de la liberté, je ne prendrais ici, pour exemple, que vos agissements hors-la-loi et contre le droit lors de la longue élaboration ‘secrète’, et de la mise en scène publique, d’un acte d’inspiration purement stalinienne, à savoir ma mise en observation psychiatrique le 19 mars 1999. Dans ce cas, comme dans le cas du mandat d’arrêt, il ne s’agissait pas d’une erreur politico judiciaire mais d’une faute grave. Faute commise dans l’intention délibérée d’atteindre le meurtre juridique d’une personne (la mise en observation psychiatrique), après avoir visé son meurtre moral et social (le mandat d’arrêt), et ce, avant de viser la destruction totale de son individualité à travers la diffusion d’une vile propagande digne des représentants d’un régime d’une époque que nous voudrions voir révolue. 

La protection de notre Etat de droit et de notre démocratie 

Il s’agit ensuit d’un autre principe relatif, lui, à la protection de notre Etat de droit et de notre démocratie. En effet, depuis le temps des Lumières, c’est-à-dire depuis l’essor de L’Etat de droit, le respect de la loi et du droit n’est plus - contrairement à ce que vous semblez croire fermement -, l’expression arbitraire de la volonté d’un quelconque représentant de l’autorité publique, qu’elle soit judiciaire, politique ou autre, et de quelque niveau que ce soit. Depuis ces temps lointains, nul n’a donc de pouvoir qu'en vertu du droit, et chacun est soumis à l'obligation de respecter une loi qui le précède. Sans oublier évidemment les règles les plus élémentaires de la morale publique, consubstantielle à la démocratie et à l’Etat de droit démocratique.  

Une ligne de conduite 

A coté de mon attachement sans concession à ces deux principes, notamment, il ne me paraît pas inutile de mettre  ici en exergue mon imperturbable attachement à une ligne de conduite que je résumerais comme suit : dire ce que je fais, faire ce que je dis. Faire ce que j’estime devoir faire, ce que j’estime juste de faire dans le strict respect des lois, du droit et des règles et principes visant la pérennité d’une société régie par un Etat de droit démocratique. Sans peur ni crainte donc de quelque autre ordre que ce soit, et ce, sans le moindre souci de plaire à qui que ce soit pour quoi que ce soit.  

Fidèle à cette ligne de conduite, et mû exclusivement par mon refus catégorique de faire des concessions sur les principes fondamentaux, dont les deux principes évoqués plus haut, nous serons un jour à nouveau face à face dans les semaines qui viennent, comme vous pouvez le comprendre à la lecture de la lettre ouverte ci-jointe que j’ai l’honneur et le privilège de vous transmettre. 

Si je vous transmets cette lettre maintenant, c’est parce que j’ai une sainte horreur de prendre mes interlocuteurs par surprise, de fondre sur eux afin de les surprendre. Parce que cela caractérise, à mon estime, les agissements insipides, inodores et incolores qui sont propres aux pervers accomplis pour lesquels ‘la fin justifie les moyens’ et pour lesquels ‘la seule loi valide est celle du plus fort’.  

Le refus de reconnaître ses fautes 

Que dire de plus si ce n’est pour souligner une fois encore que "le refus de reconnaître ses fautes", comme l’écrit Michel Schneider, "est le plus grand crime intellectuel selon l’épistémologue Karl Popper, et Freud estimait que le crime ne commençait psychiquement qu’avec l’effacement de ses traces car on s’approprie son acte. Alors comme l’inconscient, le mensonge court toujours". Mensonge, cet art dans lequel vous excellez à merveille en espérant forcer l'oubli par la résignation et par l’usure du temps. Alors que l’oubli est une illusion. Il est l’autre face du mensonge, comme la vérité et la mémoire sont celles de la justice. Ce qui nous embarrasse et nous rend malade, ce n’est donc pas l’oubli mais son impossibilité, notre soif de connaître la vérité, de voir la loi dite, le droit reconnu et la justice rendue. 

Et de laisser le mot de la fin à Marie-France Hirigoyen qui remarque que "dans la mesure où la victime s'est jusqu'alors montrée trop conciliante, il lui faut changer de stratégie et agir fermement sans craindre le conflit. En se plaçant à l'origine de la crise ouverte, elle peut paraître être l'agresseur, mais c'est un choix qu'il faut assumer car de lui seul peut venir un changement. La crise permet à la vie de renaître. Plus la crise est retardée, plus elle sera violente."  

Choix que j’assumerai avec la détermination qui est la mienne, en espérant voir la vie renaître, et ce, en allant jusqu’au bout de mon exigence légitime du respect de la loi et du droit, ainsi que du respect de la dignité, de l’intégrité morale et étique, de l’estime et de la fierté de soi de tout un chacun parmi nous. 

Je préfère ce choix à la lâcheté et à la souffrance. Pour le dire avec les termes de Socrate,  "je préfère être en désaccord avec tout le monde que l’être avec moi-même tout seul", en pensant que notre devoir moral catégorique est de permettre aux générations futures d’inventer l’avenir. 

Dans l’attente, je vous propose, dans les pages qui suivent, ‘une invitation à la méditation’, et vous prie d’agréer, Madame la Députée, mes salutations, 

Mustafa Üner SARI

  

Invitation à la méditation

 

"Mû par ce que nous pensons être une maladie que nous imaginons être proches d'une paranoïa, le sieur SARI ne pouvant plus harceler le parquet général qui lui avait donné une réponse, il s'est alors tourné vers son « supérieur », le Ministre de la Justice qu'il a interpellé par une lettre du 3 février 1998 (…)."     

Louis GENET.

 

Je vous offre ici, Madame la Députée, le courrier ci-dessous afin de vous permettre de méditer sur la pratique au quotidien du ‘fascisme ordinaire’ au sein de votre parti. Et je vous laisse deviner ce que l’auteur du courrier, Philippe Dutilleux, tente de justifier par sa fatwa nauséabonde. 

« Bonjour, 

(…) Je suis conseiller communal écolo à malmedy (sic) et médecin généraliste depuis 1977. Par solidarité pour écolo, je me permets de vous livrer mon sentiment par rapport aux écrits de mr sari (sic) : pour moi, il s'agit d'un cas flagrant de délire paranoïaque tel que décrit dans tous les livres de psychiatrie et tel que j'ai eu l'occasion d'en observer dans ma pratique.  

Ces cas sont les plus dangereux car sous couvert d'une logique implacable, ils développent une interprétation de leur perception des choses complètement rigide et imperméable à toute critique : tous ceux qui mettraient en doute son point de vue sont automatiquement mis dans le lot des comploteurs. 

Il est très difficile voir impossible de les ramener à la raison et effectivement ce genre de personne est susceptible de passer à l'acte, suicide théâtral ou agression physique. Un psychiatre ou un médecin peut se rendre compte de la situation en quelques secondes et en quelques questions. (Je souligne) 

Il n'y a pas d'alternative, si on veut être efficace et protéger le malade contre lui-même que de l'hospitaliser quasi de force et de lui imposer un traitement neuroleptique qui casse son système de raisonnement.  

Cela peut paraître barbare mais c'est la seule méthode qui ait une chance d'être efficace (…) » 

Les nostalgiques du Goulag 

En lisant ces propos insolents, j’avais l’impression d’entendre hurler dans la rue où je vivais, l’acolyte de Staline, Beria, dans les couloirs d’un goulag quelque part en Sibérie, en disant : "Il n'y a pas d'alternative, si on veut être efficace et protéger le malade contre lui-même que de l'hospitaliser quasi de force et de lui imposer un traitement neuroleptique qui "casse" son système de raisonnement." 

Comment est-il possible, me dis-je encore aujourd’hui, de vivre dans une société où on ne pourrait obtenir réponse à la question de savoir combien de fois ce pitoyable charlatan de culture germanique, avait déjà "cassé" de raisonnements à l’aide d’un traitement neuroleptique. Et de savoir combien il en a "cassé" depuis par le même moyen.   

Onze mois plus tard, lors de son audition par l’enquêteur de la Juge d’instruction, ce même charlatan déclarait au sujet de sa réaction : "Je n’ai jamais rencontré monsieur SARI. (…) Ce courrier du 12 janvier 2001 était une tentative d’utilisation de ma fonction de mandataire ECOLO pour soutenir monsieur SARI dans son combat pour défendre ce qu’il estime être ses droits." 

Heureux d’être défendu, devrais-je me dire, avant de le remercier pour son soutien. Je me suis abstenu de le faire parce que, me suis-je dit, cela reviendrait à oublier que le Führer aussi liquidait - défendait - les "aliénés" par compassion pour eux-mêmes et leurs familles "saines". "Aliénés" sélectionnés, faut-il le souligner,  par des médecins (politiques) appartenant à la S.S. 

L’aliénation 

L’aliénation, la vraie, n’est-elle pas, Madame la psychologue, Madame la Députée, celle qui ne dit si bien son nom que lorsque la personne visée en arrive à justifier, elle-même, l’humiliation qu’elle subit, et rentre chez-elle domptée, parce qu’acculée à tourner la page ‘par la force des choses’, comme on dit ? 

Guérir pour normaliser ou l’inverse ? 

Vous n’ignorez point, Madame la Députée, que les pouvoirs investissent méthodiquement, et  par de multiples chemins, les aires libres, les cerveaux. Pour y tuer angoisse, inadaptations, agressivités, déviations et autres ‘maladies’ qu’ils veulent guérir "efficacement", c’est-à-dire sans trop de casse, comme le suggérait précisément votre coreligionnaire Philippe Dutilleux, afin d’appuyer vos propres agissements.  

Vous n’êtes pas sans savoir non plus que cette croisade est prêchée et poursuivie par des forces de maintien de l’ordre, en blouse blanche, dans la plupart des hôpitaux et des lieux de santé mentale, que ce soit par la force ou par la séduction. Et ce,  au nom de la liberté ‘collective’, de la survie de la culture, de la sécurité. 

Parce qu’à notre époque, la normalisation de nos conduites, de notre être, par la médecine et par la psychiatrie importe plus, a plus de poids que les idéologies politiques. De fait, étroitement contrôlé de l’extérieur, autocontrôlé de l’intérieur, l’homme de ‘la modernité’ n’est-il pas de plus en plus l’image même de l’homme administré dont le seul désir est de couler une existence paisible dans nos sociétés d’abondance qui dissimulent mal leur caractère totalitaire à bien des égards ? 

Les idéologies primitives assignaient l’ordre individuel à l’ordre social, par le biais de ses règles thérapeutiques. De nos jours, tant l’ordre politique, que l’ordre économique et financier tendent à déclarer ‘malades’ ceux qui ne souffrent que d’eux. Dans nos sociétés, les pouvoirs "laïcs" ont besoin de la ruse des dieux. Leur idéologie commune, comme toute idéologie, tend à faire accepter à l’individu comme naturelle leur loi, sociale ou autre. 

Et si les dieux sont morts, la nature du pouvoir peut-il émaner d’une autre source que de la nature de l’individu ? Mais si cette nature est malade et coupable, l’Etat n’a-t-il pas encore une chance de se diviniser et cette chance ne passerait-elle pas, entre autre, par la médicalisation, voire la psychiatrisation de la société ?  

Quant à moi, je reste persuadé et convaincu de ce que le jour où les guérisseurs en blouse blanche seraient chargés du maintien de l’ordre, le totalitarisme ordinaire sera la loi pour tous. 

 A bientôt.

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