"Respecter les feux"

Monsieur le Procureur Général,

 Concerne : Mes lettres des 23 et 26 mai restées sans réponse. 

A l'entrée de votre Palais est placé depuis quelques jours un panneau sur fond jaune fluorescent où nous lisons : "Respecter les feux". C'est bien, parce qu'il y a déjà eu des accidents.

Mais, je me demande si ce ne serait pas mieux de placer un autre panneau à côté de celui-ci sur lequel nous pourrions lire : "Respecter les barrières des lois". Et ce, avant d'écrire sur les murs du Palais de Justice : "Supprimer les barrières des lois entre les hommes équivaut à supprimer les libertés humaines et à détruire la liberté en tant que réalité politique vivante, car l'espace entre les hommes tel qu'il est délimité par les lois est l'espace vital de la liberté." (Hannah Arend).

 Vous conviendrez sans doute avec moi qu'un homme qui n'est pas libre ne peut pas respecter les feux. Parce qu'en ne sachant pas ce qu'est la liberté, il ne peut effectivement pas comprendre le respect des feux qui ont pour fonction de limiter sa liberté, là où commence celle de l'autre.

 Quant à moi, je me sens plus libre depuis le 21 juin 1995. Ce jour-là, j'ai senti, au plus profond de moi, ma confiance brisée dans les institutions de notre pays. C'est dans cette blessure que je puiserai la force nécessaire pour aller jusqu'au bout de ce "Non" radical que j'ai opposé aux menottes qui liaient mes deux poignets dans le dos, entre les murs du Palais de Justice de Liège.

 Et ce, en tendant l'oreille à Hérodote qui proclama sur la place publique, la place des citoyens : "Le monarque renverse les lois de la patrie, sans observer aucune formalité. Il n'est pas de même du gouvernement démocratique, on l'appelle isonomie, l'égalité des lois. C'est le plus beau de tous les nom".

 Je reste cependant, de votre Autorité, Monsieur le procureur Général, le plus humble et le plus fidèle serviteur, en attendant de lire la suite que vous réserverez à ma lettre du 23 mai courant.

 Mustafa Üner SARI

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