40 jours en grève de la faim !

            Liège, le 26 mai 2006

 

Monsieur le Procureur Général,

 

Concerne : Ma lettre du 23 mai courant restée sans suite.

 

Indépendamment de l'analyse et des réflexions que je vous transmets par la présente, j'estime qu'il est temps de dévoiler ici l'un des deux objectifs principaux de ma grève de la faim. Il consistait à vous faire avouer la vérité par le silence. Ce qui est fait. Car, le silence n'est que le plus cruel des mensonges, et il est pire que ce qu'il couvre ou dissimule.

Pour comprendre cela, Monsieur le Procureur Général, il suffit de vous interroger sur la question de savoir ce qui vous a empêché de dire publiquement que, tant le traitement par les juges d'instruction et par les juridictions d'instruction, que le classement sans suite par votre Parquet des deux dossiers d'instruction qui me préoccupent à présent, ont été respectueux de la loi ainsi que des règles et principes les plus élémentaires du droit.

Le comprenez-vous ?

 

Vous souvenez-vous ? Dans un entretien que vous aviez accordé au quotidien "La Libre Belgique" à propos d'un dossier, vous disiez : "Si je voulais cacher ce dossier, je l'aurais fait."

Et, dans ma lettre du 5 décembre 2005, je vous écrivais : "Après avoir appris que si vous vouliez cacher un dossier, vous pouviez le faire, je me demande si le fait de vous adresser une demande en se référant au droit et à la loi, comme je souhaite le faire par la grève de la faim, a encore un sens. J'y réfléchis."

Il m'était effectivement impossible de comprendre d'abord, et d'admettre ensuite, que vous puissiez vous permettre de cacher un dossier si vous le vouliez, comme si le respect de la loi et du droit n'était que l'expression de l'arbitraire de votre volonté dans une société régie par un Etat de droit.

 

J'ai dû alors postposer la grève de la faim initialement prévue pour le 10 décembre 2005, et ce, je précise, eu égard à la gravité de vos propos susmentionnés.

 

J'ai donc longtemps réfléchi à ce que je devrais faire et aux précautions que je devrais prendre avant d'entamer cette grève.

 

Au terme de mes réflexions et recherches, j'ai alors eu l'impression de me trouver dans un vide où je n'apercevais plus que le règne sans partage de la loi du plus fort comme la seule loi valide. Puis, il n'y a pas de Sujet, me suis-je dit, si, à un moment donné, on ne se lance pas dans le vide avec la volonté d'assumer sa lourde responsabilité de citoyen épris de la protection de la pérennité de la justice, de l'Etat de droit et de la liberté.

 

C'est dans ce vide que j'ai trouvé, comme prévu, le terrifiant courrier que vous m'avez transmis le 10 mai courant. Comme prévu car, ce courrier était l'œuvre d'un dieu antique en colère agissant sous l'emprise de cette sensation perverse de puissance et d'impunité.

 

Comme prévu encore car, c'est bien derrière ce courrier que vous avez cru pouvoir cacher "le dossier" qui me préoccupe à présent, en oubliant sans doute que c'est la seule chose que je ne peux vous permettre ici et maintenant. Même si je peux comprendre que la gravité de vos actes est toute relative à la gravité de ce que vous tentez de couvrir, depuis quarante jours, que ce soit par votre silence, ou par vos mensonges, notamment.

 

C'est pourquoi, je vous prie de réserver suite, et sans délai, à ma lettre du 23 mai courant, et de recevoir, Monsieur le Procureur Général, l'expression de mes sentiments que je soumets à votre appréciation.

 

Mustafa Üner SARI

Gréviste de la faim

Place Saint-Lambert

Face au Palais de Justice

4000 Liège

 

 

 

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