Une mise au clair

Liège, le 16 mai 2006.

 

Votre Réf. : D/40354/M1/JK                                         

Concerne : votre courrier du 11 mai 2006. 

Monsieur le Procureur Général, 

Pour le dire avec les termes du philosophe Ernst Jünger, "une erreur ne devient une faute que lorsqu'on ne veut pas en démordre", comme vous en avez donné, à votre tour, la preuve éclatante dans votre courrier terrifiant du 11 mai courant, dont mention sous rubrique.

Et ce, en revendiquant, dans ce même courrier, le rôle de l'idéologue éclairé qui brille dans l'art de manipulation par diffusion de vils mensonges très mal dissimulés sous couvert de prétendues "interprétations", ayant pour seul but de masquer la vérité en lui donnant l'illusion d'éclairage qui la rend trompeuse. 

Idéologue qui croit pouvoir adapter ainsi la réalité à ses inspirations, en tout cas à ses désirs, et cela d'une façon qui témoigne du sentiment d'impunité que procure la sensation perverse de la force – de la loi du plus fort – dont "la faiblesse est de ne croire qu'à la force", comme le disait Paul Valéry.

Dans ces circonstances, se pose alors la question de savoir s'il faut, en empruntant des voies détournées que je méprise, éviter le conflit ainsi déclaré, ou l'affronter de face afin d'éviter la redoutable impasse de la perversion en tous genres, et plus particulièrement, celle du langage altéré.

 Sans prendre des gants, ni choisir des mots polis, la nécessité éthique et morale à laquelle je suis très attaché, m'oblige ici à vous dire, Monsieur le Procureur Général, qu'il m'importe peu que vous vous laissiez volontiers abuser par votre empathie pour la solidarité de corps, notamment. Et j'en veux pour preuve la gymnastique mentale pour le moins malveillante que vous exécutez, dans votre courrier susmentionné, autour de l'arrêt magistral rendu, le 8 septembre 2004, par la Cour de Cassation ; arrêt qui a marqué la victoire du droit sur l'arbitraire, et qui – et c'est fondamental – justifie le bien fondé de la grève de la faim que j'assume depuis le 17 avril dernier.

Quant à "malheureusement", comme vous le dites, "le droit n'est pas une science exacte et est par nature soumis à des interprétations diverses que seuls les magistrats du siège sont appelés à trancher", vous semblez vouloir pousser dans l'ombre ce que je vous ai écrit à ce sujet dans ma lettre du 27 octobre 2005, et en parlant déjà de la grève de la faim que j'assume à présent (voir p. 3, section intitulée "La voie de la résistance", deuxième paragraphe). En effet, tout était fait pour rendre inaccessibles ou injoignables les cours et tribunaux où le droit devrait être dit et la justice rendue. 

A contrario, ce qui m'importe, c'est de vous prier, et une dernière fois, d'avoir un minimum d'égard pour les prérogatives légales de votre haute fonction, et d'agir en conséquence. Et ce, faut-il le souligner, au seul regard de la loi et du droit.

En ce sens, je tiens à vous dire, une fois encore, que j'irai jusqu'au bout de l'exigence légitime du respect de la loi, du droit et de la vérité, fût-elle judiciaire, en attendant de lire vos réponses aux deux questions que je vous ai soumises dans ma lettre du 10 avril dernier, et qui concernent, je le souligne, les décisions prises et les actes accomplis, notamment, par votre Parquet, par les juges d'instruction concernés et par les juridictions d'instruction à Liège, et non pas par la Cour de Cassation ou autres.

 Et enfin, je vous prie de croire, Monsieur le Procureur Général, qu'il ne paraît pas raisonnable d'en conclure à un quelconque "complot" qui serait dirigé, notamment, contre des magistrats et auxiliaires concernés de votre Parquet, ou qui viserait à déstabiliser l'institution judiciaire de notre Etat de droit auquel je reste très attaché, et très respectueux. 

Mustafa Üner SARI

Gréviste de la faim

 

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