• Lettre au Parquet de la Cour de Cassation

    Monsieur le Premier Avocat Général

    près la Cour de Cassation

    Monsieur J. –F. LECLERCQ

    Palais de Justice

    Place Poelaerts

    1000  Bruxelles

     

     

    Liège, le 18 mars 2004

     

     

     

     

     

    Monsieur le Premier Avocat Général,

     

    Concerne : votre courrier du 8 février 2001. Votre réf. : 1412 / B /187.

     

     

    Dans ma lettre du 18 janvier 2001, je m’étais permis de poser à Monsieur Jean du Jardin, Procureur Général prés la Cour de Cassation, et à Monsieur Marc Verwilghen, alors Ministre la Justice, trois questions concernant la situation dans laquelle je me vois enfermé et forcé depuis bientôt neuf ans.

     

    Vous aviez bien voulu, à l’époque, m’adresser un courrier dont vous trouverez copie jointe à la présente. Dans ce courrier, vous me faisiez savoir "qu’il m’est loisible de saisir le Conseil supérieur de la justice de mes griefs relatifs au fonctionnement de la justice."

     

    Sachant ce que, vous-même, vous ne pouviez ignorer, à savoir l’incompétence constitutionnelle dudit Conseil pour connaître de ma plainte, je m’étais abstenu de saisir celui-ci, et je vous avais écrit dans mon courrier du 13 février 2001, que "je ne souhaitais guère prendre le risque de m’adresser au Conseil Supérieur de la Justice, et à ce sujet, je m’en remettais à votre haute appréciation pour la transmission de ma plainte audit Conseil." Et, nous en étions rester là.

     

    Depuis, je n’ai cessé de poursuivre mes démarches auprès des juridictions compétentes, et cela, espérant voir, un jour, le droit dit et la justice rendue par ces dernières.

     

    Dans cet ordre d’idée, et pour ne laisser aucune porte ouverte, et ne donner lieu à une quelconque controverse dans le futur proche, comme ce fut le cas dans le passé, j’ai porté plainte, le 15 février dernier, auprès du Conseil Supérieur de la Justice et j’ai posé les mêmes questions que j’avais posées, trois ans plutôt, à Monsieur le Procureur Général et à Monsieur le Ministre la Justice. Ledit Conseil a confirmé son incompétence pour connaître de ma plainte, et m’a transmis sa décision par son courrier du 11 mars courant.

     

    A présent, je vous serais reconnaissant, Monsieur le Premier Avocat Général, d’avoir l’extrême obligeance de me faire savoir ce que vous entendiez par "griefs relatifs au fonctionnement de la justice" et quels pourraient être les griefs au sujet desquels je pourrais, suivant votre conseil, saisir le Conseil Supérieur la Justice, et cela, restant dans le cadre précis de la situation qui me préoccupe depuis le 21 juin 1995, et dont je vous avais longuement entretenu dans mes différentes lettres, dont  celle du 18 janvier 2001.

     

    Me permettriez-vous, ici, de partager avec vous ce terrifiant sentiment d’indignation que j’éprouve au plus profond de mon être, et que je laisse s’exprimer par ces mots : combien il est douloureux de se voir trahi par ses propres convictions placées dans un Etat de droit, et d’être forcé, au bout du chemin, d’admettre que ceux qui ont la noble charge d’assurer le respect des lois et des règles et principes du droit, sont aussi ceux qui substituent l’abus du pouvoir au droit  et la loi du plus fort aux lois promulguées par eux-mêmes ;

     

    Ceux-là mêmes qui transmuent l’Etat de droit en Etat de contrainte et la justice en un moyen d’intimidation et de menace, dont disposeraient les puissants à l’encontre des faibles considérés comme de la poussière dans les rouages.

     

    Dans l’attente de vous lire, je vous prie de bien vouloir recevoir, Monsieur le Premier Avocat Général, l’expression de ma considération respectueuse.

     

     

     

     

    Mustafa Üner SARI.


  • Réponse au CSJ

    Madame Karin GERARD

    Présidente de la Commission d’Avis

    et d’Enquête francophone près le Conseil

    Supérieur de la Justice.

    Avenue Louise, 65 b1

    1050       Bruxelles

     

     

     

    Liège, le 18 mars 2004.

     

     

     

     

    Madame la Présidente,

     

     

    Concerne : la plainte que j’ai déposée le 5 février 2004.

     

     

    J’ai l’honneur d’accuser réception de votre courrier du 11 courant, ce dont je vous remercie. Et, je prends acte de la justesse de ce que j’ai toujours soutenu, et dont je souhaitais avoir confirmation, à savoir que le Conseil Supérieur de la Justice est sans compétence pour connaître de ma plainte.

     

     Pourtant, "Pour autant que besoin", me disait, dans son courrier du 8 février 2001,  Monsieur J.-F. LERLERCQ, le Premier Avocat Général près la Cour de cassation, "j’attire votre attention sur ce qu’il vous est loisible de saisir le Conseil supérieur de la justice de vos griefs relatifs au fonctionnement de la justice."

     

    Déjà à l’époque, "je ne souhaite guère prendre le risque de m’adresser au Conseil Supérieur de la Justice. A ce sujet, je m’en remets à votre haute appréciation pour la transmission de ma plainte audit Conseil", avais-je écrit à Monsieur le Premier Avocat Général. En d’autres termes, je l’avais prié de bien vouloir transmettre ma plainte au Conseil Supérieur de la Justice s’il estimait celui-ci compétent pour connaître de ma plainte. Ce qu’il n’avait évidemment pas pu faire connaissant l’incompétence constitutionnelle dudit Conseil quant au traitement de celle-ci.

     

    Ce qui importe à présent, est que cette porte-là soit aussi fermée pour ne plus laisser place dans le futur proche, à des manœuvres de diversion de ce genre, dont d’aucuns ont le secret divin quant à leur élaboration et utilisation à toutes fins, en oubliant trop souvent qu’ils peuvent tenter de manipuler les autres pour leurs propres raisons, mais ils ne peuvent les persuader que par les leurs. Et l’essentiel dont je souhaite vous entretenir, n’est plus là.

     

    De fait, comme vous me le faites savoir par votre courrier suscité et en vous référant à ma plainte, est-il vrai que mes griefs y mentionnés, "ne concernait que la délivrance d’un mandat d’arrêt à mon encontre" ? Si votre réponse est affirmative, ne s’agirait-il pas d’un pur mensonge par omission hautement regrettable ?

     

    Je me réfère également à ma plainte et je constate que l’objet de celle-ci se résumait à deux questions, dont une concernait effectivement la délivrance d’un mandat d'arrêt, et la seconde la délivrance d’une ordonnance de mise en observation psychiatrique ; donc, mes griefs ne concernaient pas seulement la délivrance d’un mandat d’arrêt, comme vous l’affirmez.

     

    Quel pourrait alors être le but que vous vous proposez d’atteindre par ce mensonge si ce n’est d’adapter la réalité à vos souhaits jamais avoués, par des non-dits et des sous-entendus ? Je m’explique.

     

    Vous tentez de justifier votre incompétence pour connaître de ma plainte, en vertu de l’article 259bis-15, §3, alinéa 2 du Code judiciaire pour mieux laisser sous-entendre à qui veut bien l’entendre, que je contesterais une décision rendue par une Cour ou un Tribunal car, alinéa 2 dudit article stipule que "le Conseil Supérieur de la Justice ne peut traiter les plaintes portant sur le contenu d’une décision judiciaire."

     

    Si vous vous étiez donner la peine de lire ma plainte et les documents que je vous ai transmis, vous auriez compris que je n’ai jamais contesté dans le passé et je ne contestais pas par ma plainte – et c’est fondamental - ce qui est visé par l’aliéna 2 de l’article précité, à savoir une décision juridictionnelle ayant la force de la chose jugée, ni même un acte accompli par un Juge d’instruction. Ce qui devait être contesté à ce niveau, fut fait devant les juridictions d’instruction compétentes. Il s’agit là d’un argument dont vous vous servez pour adapter la réalité à vos désirs, et qui constitue l’élément fondateur de la propagande à caractère totalitaire à laquelle je fais face depuis de nombreuses années.

     

    Par contre, je demande à qui de droit – et c’est mon devoir et mon droit de le demander - qu’une enquête soit menée concernant, entre autres, le montage du dossier par des magistrats "debouts" et auxiliaires, qui a abouti à la délivrance du mandat d’arrêt par un Juge d’instruction qui ne pouvait que se laisser "conduire" et se faire "manipuler" par ces derniers pour des raisons que j’ai exposées devant les juridictions d’instruction compétentes, et sur lesquelles je ne souhaite pas m’attarder ici.

     

    En conclusion, vous ne pouvez justifier votre incompétence qu’en vertu de l’alinéa 1 dudit article, qui stipule que "le Conseil Supérieur de la Justice ne peut traiter les plaintes relevant de la compétence pénale ou disciplinaire d’autres d’instances." Et, le traitement de ma plainte relève effectivement de la seule compétence du Ministre de la Justice en vertu des compétences lui conférées par l’article 485 et suivants du Code d’instruction criminelle.

     

    Qui plus est, en réduisant l’objet de ma plainte à la seule délivrance du mandat d’arrêt, et en liant l’incompétence du Conseil Supérieur de la Justice au caractère juridictionnel - "décision de justice", comme vous dite - du même mandat d’arrêt, vous éludez ma plainte relative à l’ordonnance de mise en observation qui n’est effectivement pas une "décision juridictionnelle".

     

    Persuadé ainsi de n’être jamais rattrapé par la vérité qui monte par les escaliers, je prends l’ascenseur avec le mensonge, je me prête un tour aisé souple comme un gant, et je couvre la crise par le mensonge, n’est-ce pas ? C’est bien la vile stratégie de manipulation contre laquelle je crois être immunisé à tout jamais.

     

    Force m’est alors de souligner, une fois encore, que ce qui est en cause ici, ce sont les agissements des personnes qui ont la noble charge d’assurer le "fonctionnement de l’institution judiciaire" - et non pas le "fonctionnement de la justice" comme vous dites - dans le respect des normes (des lois) et des règles et principes du droit, et ceci, afin de permettre précisément aux cours et tribunaux de rendre la justice en leur apportant des moyens de preuves pour que ceux-ci puissent se faire une opinion afin de juger les faits qui leur sont soumis. 

     

       Ceci étant dit, je ne souhaite pas, non plus, laisser passer sous silence vos considérations étonnantes, pour ne pas dire méprisantes, concernant l’objet de ma plainte ainsi que le rôle que vous attribuez à des juridictions d’instruction, dont la Chambre du Conseil.

     

    1.  Comme vous l’affirmez, est-il vrai que la Chambre du Conseil vérifie et la "légalité" et le "bien-fondé" d’un mandat d’arrêt dans les cinq jours suivant la délivrance d’un mandat d’arrêt ?

     

     Dans ce cas, aussi,  si votre réponse était affirmative, ne s’agirait-il pas d’un autre mensonge par omission ?

     

    2.  S’il était vrai que la Chambre du Conseil vérifie la "légalité" et le "bien-fondé" d’un mandat d’arrêt dans les cinq jours suivant la délivrance d’un mandat d’arrêt, cela impliquerait-il nécessairement que ledit mandat n’aurait pu être utilisé, cinq jours auparavant, à d’autres fins qu’à des fins judiciaires ?

     

    Si votre réponse était également affirmative, ne s’agirait-il pas, là, d’une réaction ou comportement réflexe corporatiste ?

     

     

     I.  En ce qui concerne la détention préventive :

     

     

    Dans les cinq jours suivant la délivrance du mandat d’arrêt, la Chambre du Conseil n’a pas pour "ambition" de vérifier ni le "bien-fondé" du mandat d’arrêt ni la "légalité" de la délivrance de celui-ci.

    Par contre, ladite Chambre vérifie, et comme vous le savez bien, la nécessité de prolonger ou non la détention préventive et la régularité "apparente" de la procédure judiciaire.

     

    Il me semble que vous confondez volontiers le bien-fondé du motif du mandat d’arrêt et celui de la détention préventive qui y est liée.

     

    En effet, le mandat d’arrêt m’a été délivré le 22 juin 1995, et quatre jours après, soit le 26 juin, la Chambre du Conseil a estimé que la détention préventive ne se justifiait pas, ni plus ni moins, et j’ai été libéré.

     

    A ce stade de la procédure, ladite Chambre ne s’est donc pas prononcée, comme il se doit, ni sur le "bien-fondé" ni sur la "légalité" du mandat d’arrêt.

     

     

    II.  Pour ce qui est du "bien-fondé" du motif du mandat d’arrêt : 

     

     

    Un an plus tard, soit le 21 juin 1996, la Chambre du Conseil prononça son ordonnance de non-lieu à la suite de laquelle seul le parquet fit appel. Appel qui fut suivi de l'arrêt de non-lieu rendu le 17 avril 1997 par la Chambre des mises en accusation, ni plus ni moins.

     

    Les deux juridictions d’instruction ont ainsi déclaré non fondé le motif du mandat d’arrêt sans cependant dire mot quant à la "légalité" des agissements ayant abouti à la délivrance de celui-ci. Ce qui m’amène à dire quelques mots au sujet de la différence fondamentale entre la procédure et le processus.

     

     

    III.  En ce qui concerne la régularité trompeuse de la "procédure" judiciaire et la "légalité" du "processus" engagé et poursuivi par des terroristes afin d’aboutir à la délivrance du mandat d’arrêt :

     

     

    Nous verrons ce qu’il en est lorsque j’aurai la réponse à l’une des questions que précisément je m’étais permis de vous soumettre dans ma plainte suscitée : "Le 21 juin 1995, j'ai été privé de liberté, et le lendemain, j’ai été mis sous mandat d'arrêt pour cause d’escroquerie et de détournement du fond avant d’être séquestré à la maison d’arrêt de Lantin à Liège ; ce mandat d'arrêt concernait-il réellement une affaire judiciaire ou était-il conçu comme instrument de la pratique du "terrorisme d'Etat" par voie judiciaire ?"

     

    Croyez-vous, vraiment, Madame la Présidente, qu’il appartenait aux juridictions d’instruction de répondre à cette question ?

     

    Quant à moi, je crois qu’il appartenait à celles-ci de dénoncer au "Parquet" servant de bases arrière aux terroristes, mes accusations que j’ai sans cesse évoquées, avec les preuves matérielles irréfutables à l’appui, tant publiquement que lors des audiences devant lesdites juridictions et dans les conclusions qui je leur ai remises.

    In fine, ne plaise aux dieux, j’affirme, avec force, que ledit mandat d’arrêt a effectivement été conçu, élaboré et utilisé comme instrument de la pratique du "terrorisme d’Etat" pour faire taire un combat et tuer une association, et ce, en visant le meurtre civil d’un homme.

     

    J’affirme également, et avec autant de force, que la ladite ordonnance de mise en observation psychiatrique a été conçue, élaborée et utilisée comme instrument de menace et d’intimidation pour tenter de couvrir un acte de violence "propre" par un autre. Et je considère simplement que "ça ne se fait pas !" dans un Etat de droit.

     

    Je le dis haut et fort depuis presque neuf ans et je le dirai jusqu’au dernier souffle au risque sinon de laisser banaliser ce qui est, et ce qui devrait, selon moi, rester intolérable.

     

    Pour conclure, je me permets ici de faire miens les propos suivant de Maître Michel Franchimont, père de la réforme de la procédure pénale, qui exprimait récemment sa vigilance quant la menace qui plane sur notre liberté : "Dans notre pays, dit-il, la liberté est menacée. J’ai parfois peur de perdre ce qui a fait l’essentiel de notre vie."[1]

     

    Et vous et vos collègues, en bonne santé mentale, n’avez-vous peur de rien ? Croyez-vous réellement que tout est acquis à tout jamais et qu’il ne faut plus s’inquiéter de rien ?

     

    Quelles que soient vos réponses, je vous souhaite bonne réception de la présente, et vous prie de bien vouloir recevoir, Madame la Présidente, l’expression de ma respectueuse considération.

     

     

     

     

    Mustafa Üner SARI.



    [1]Le journal "Le Soir" du 8 mars 2004.

     




  • Réponse du CSJ

    Bruxelles, le 11-03-2004
     
    Monsieur,
     
    Concerne: Votre plainte
     
    Nous régérant à votre lettre du 5 février courant, nous constatons que vos griefs ne concernent que la délivrance d'un mandat d'arrêt à votre encontre.
     
    Le mandat d'arrêt constituant une décision de justice - dont la légalité et le bien-fondé ont dû être vérifiés dans les cinq jours par la chambre du conseil -, le Conseil supérieur de la Justice est, en vertu de l'article 259bis-15, §3, 2° du Code judiciaire, sans compétence pour connaître de votre plainte.
     
    Nous vous prions de croire, Monsieur, à l'assurance de nos sentiments distingués.
     
    Pour le Conseil supéreur de la Justice,
     
    Karin GERARD,
    Présidente de la Commission d'Avis et d'Enquête francophone.
     
     
     
    [Art.259bis15 § 3. Les commissions d'avis et d'enquête ne traitent aucune plainte :
    1° relevant des compétences d'ordre pénal ou disciplinaire d'autres instances;

    portant sur le contenu d'une décision judiciaire.]
     

  • Foulard ou voile islamique ?

    Foulard ou voile
    islamique ?

    et

    principe de la laïcité,
    Etat de droit, démocratie,
    culture politique, citoyenneté et croyance.




    Introduction

    Foulard ou voile ?
    De quoi parlons-nous ?

    J'ai entrepris, tardivement, la rédaction de ce texte pour manifester ma vive opposition même à l'interdiction du port de "ce" voile-là ; elle ne sert, selon moi, que la cause de ceux qui, dans le passé, ont endoctriné, éduqué et instruit les filles dès leur adolescence, afin d'en faire de futures militantes "porteuses", entre autres, de "ce" foulard.

    Les maîtres dissimulés derrière "ce" voile - la pièce détachée d'une uniforme qu'ils ont importé en Europe dès 1986 avant d'en faire le porte-parole de leur idéologie politico-religieuse qui se veut "révélée" -, sont fiers aujourd'hui de voir leurs victimes, elles-mêmes, justifier le bien-fondé du militantisme qu'elles subissent, et qui est le produit de l'endoctrinement humiliant, dont elles ont hier été l'objet.

    J'écris "ce" voile ou "ce" foulard pour ne point le confondre avec la coiffure élégante faite des jolis tissus en toutes couleurs noués autour de la tête de ma grand-mère, de ma mère, de mes sours . profondément croyantes ; ce qui, ci et là, suscitait et suscite encore la jalousie des spécialistes des coiffures mondaines et des marchands de beauté en tous genres.

    Il est vain donc de vouloir ne pas voir que le présent incarne en lui le passé et le relaie inévitablement vers le futur, et de vouloir ainsi nous débarrasser de nos responsabilités relatives au passé pour mieux réduire celui-ci à néant et noyer de cette façon dans la confusion le problème dont nous prétendons nous préoccuper à présent. De fait, "ce n'est pas pour nous débarrasser d'elle que nous étudions l'histoire", comme le remarque Etienne Gilson,  "mais pour sauver du néant tout le passé qui s'y noierait sans elle ; c'est pour faire que ce qui, sans elle, ne serait même plus du passé, renaisse à l'existence dans cet unique présent hors duquel rien n'existe." [1]

    Je pense, en effet, que nous devrions d'abord avoir le courage d'analyser le présent à la lumière du passé, de ne pas avoir peur de constater que "ce" foulard n'est que l'arbuste qui cache mal la forêt, et que la situation actuelle au niveau mondial, dont la gravité est occultée ici par le "débat" engagé autour du voile, n'est que l'inévitable conséquence des alliances nouées, notamment, par les gouvernements et dirigeants américains et européens avec des régimes, organisations et mouvements qui ont encouragé dans le passé, et qui encouragent encore aujourd'hui, la promotion d'idéologies et de croyances les plus arriérées, les plus réactionnaires, obscurantistes et rétrogrades.

    Et ensuite, nous devrions admettre qu'interdiction ne rime pas avec démocratie et liberté d'expression et, par conséquent, cesser d'agiter l'étendard d'un projet de société menaçant, qui ne vise qu'à contrecarrer, et en vain, les conséquences des actes des vrais adversaires que nous repoussons dans l'ombre en déviant, bien souvent volontairement, le regard vers les victimes.

    Il serait temps alors de proposer à ces jeunes filles et femmes en foulard - et aussi à l'école - un vrai projet alternatif orienté vers le futur et ayant pour objet l'égalité des chances pour tous à une formation professionnelle, à l'éducation à la citoyenneté et à la démocratie, qui donneraient accès à leur insertion économique, sociale et politique dans une société pluraliste respectueuse d'elle-même, et à l'art du "vivre ensemble" dans un Etat de droit.

    Pour mieux marquer la priorité, non pas de l'interdiction - la répression qui ne dit pas son nom -, mais de l'éducation et de l'instruction dans la démocratie - puisque, par essence, celle-ci puise, elle-même, sa force dans sa faiblesse -, je me concentrerai, dans les pages suivant, sur l'analyse des éléments fondateurs de l'endoctrinement politico-religieux et des alliances internationales de même nature, dont ont été victimes les populations dans les pays à majorité musulmane et les citoyens de confession musulmane en Europe et aux Etats-Unis, et cela depuis 1945, c'est-à-dire durant la longue période de la guerre froide.

    Mais avant tout, je voudrais m'adresser ici à ceux qui me prendraient comme "adversaire" et leur soumettre amicalement la réflexion suivante de François Mauriac : "Vos adversaires se font en secret de la religion une idée beaucoup plus haute que vous ne l'imaginez et qu'ils ne le croient eux-mêmes. Sans cela, pourquoi seraient-ils blessés de ce que vous la pratiquiez bassement ?" [2]

    Et aux partisans de l'instrumentalisation de Dieu à des fins jamais avouées, je voudrais proposer cette réflexion du soufi musulman qui, en regardant le ciel,  exprime son attachement à deux esprits unis en un seul corps : "Ô Dieu! ne crois pas à la sincérité de tes partisans, ils ne s'abaissent que pour leurs intérêts. Si tu ne leur avais pas promis le paradis, ils ne se prosterneraient pas, non plus, devant toi. Ô Dieu!, quels que soient les bienfaits que tu me réserves dans ce monde, accorde-les à tes ennemis ; et quels que soient les bienfaits que tu me réserves dans l'autre monde, accordes-les à tes amis. Moi, ton Nom et ton silence suffisent à me combler".

    Enfin, à ceux qui croient encore en Dieu ou en l'enfer, je proposerai cette pensée de la philosophe juive, Hannah Arendt, qui rend un vibrant hommage au silence de Dieu face à l'horreur du nazisme : "Par exemple, dit-elle, je suis absolument sûre que toute la catastrophe totalitaire ne serait pas arrivée si les gens avaient encore cru en Dieu ou plutôt en l'enfer, c'est-à-dire s'il y avait encore eu des référents ultimes. Il n'y en avait pas. Si notre avenir devait reposer sur ce que vous dites maintenant, à savoir que nous disposerons d'un référent qui d'en haut décidera pour nous, je serais tout à fait pessimiste. Si tel est le cas, alors nous sommes perdus. Parce que cela requiert bel et bien l'apparition d'un nouveau dieu. Et vous savez aussi bien que moi qu'il n'y avait pas de normes ultimes à la validité desquelles on pouvait faire appel. On ne pouvait faire appel à personne." [3]

    Soixante ans plus tard, je me demande sincèrement s'il y a déjà eu dans ce monde une valeur reconnue à la dignité humaine, s'il y en a une à notre époque à l'aune de l'utilitarisme, de l'excès de matérialisme et d'égoïsme, de la conquête du pouvoir, de la puissance et de la gloire devenus références universelles.

    Et enfin, je me demande s'il y avait et s'il y a encore des normes ultimes à la validité desquelles on pouvait et on peut faire appel.


    Allô, y a-t-il quelqu'un ?



    Chapitre I

    Concerto pour l'"Islam" instrument

    In God We Trust. Nous Croyons En Dieu.
    Zij Met Ons God. Allah Ou Akhbar.

    Pourquoi Pas ?

    A.        Deux questions.


    1.         En Europe et aux Etats-Unis - comme en Arabie Saoudite et en Iran -, faut-il continuer à enseigner aux citoyens de toutes confessions en général, et aux citoyens de confession musulmane en particulier, qu'une prétendue "idéologie laïque" serait l'inspiratrice des "religions laïques" qu'auraient été le nazisme et le communisme ?

    2.         Faut-il continuer à leur enseigner que les deux expériences totalisantes et terrifiantes du XXe siècle - le nazisme et le communisme - auraient été deux tentatives "laïques" ayant pour but de singer les religions, dont le christianisme ?

    Car, en laissant sous-entendre qu'une prétendue "idéologie laïque" ait été l'inspiratrice des "religions laïques" qu'auraient été le nazisme et le communisme, et que ces deux expériences totalisantes et terrifiantes du XXe siècle, aient été deux tentatives "laïques" qui auraient pour but de singer les religions, il n'y aurait plus qu'à tirer alors la conclusion que toute personne exprimant son attachement au "principe de laïcité", et toute personne qui se dirait laïque, serait communiste ou nazie, ou les deux à la fois.

    En ce qui concerne les sources auxquelles je me réfère pour la formulation de ces questions, il s'agit, non pas des discours de Ben Laden, des mollahs iraniens, des princes saoudiens ou des "soldats du jihad" mais bien des écrits d'intellectuels américains et européens que nous découvrirons par la suite. Ces écrits en disent assez, me semble-t-il, quant à l'objectif visé par l'endoctrinement politico-religieux que j'ai évoqué dans l'introduction, et dont ont été victimes les populations dans les pays à majorité musulmane et les citoyens de confession musulmane en Europe et aux Etats-Unis, et cela, je le répète, depuis 1945, c'est-à-dire durant la longue période de la guerre froide.

    L'incontestable succès de cet endoctrinement était, et reste, dû exclusivement à l'exploitation élégante et raffinée de l'incrédulité et de l'ignorance que la plus grande majorité d'entre nous cultive par paresse intellectuelle ou par désintérêt pour tout ce qui concerne la chose publique et politique. Je crois que nous pourrions nous en rendre compte en lisant ces questions et en nous interrogeant en même temps sur le fait de savoir quel est le but que se propose d'atteindre le principe de laïcité, et ce que nous entendons vraiment par laïc et laïcité.

    Au regard des réponses que l'on donnerait à ces questions, nous pourrions découvrir que la base idéologique de la collaboration des frères ennemis - tant dans les pays musulmans qu'aux Etats-Unis et en Europe, et au sein des "ghettos musulmans" des deux continents -, l'ennemi commun à abattre, était et reste le principe de la laïcité de la société et de l'Etat.

    De même pour le défi lancé par le port du voile à la laïcité de l'Etat et de la société, la laïcité étant considérée comme une invention des impies, d'après tous les discours et écrits des partisans de la théocratie s'inspirant de l'idéologie dogmatique qui se veut "révélée". Car le voile, comme tout symbole d'idéologie à caractère totalitaire, a pour but non avoué l'envahissement total ou partiel de l'espace public par la religion via, dans le cas qui nous préoccupe, l'affirmation publique des croyances et des appartenances religieuses.

    Le voile en effet n'est pas un signe modeste, mais un symbole fort - l'étendard et le porte-parole - d'une idéologie politico-religieuse ; j'en veux pour preuve que la tenue vestimentaire prétendument islamique, qui serait conseillée ou imposée aux femmes par la religion, ne se réduit pas au voile qui se laisse si bien porter, n'est-ce pas ?, avec un pantalon et une chemisier bien serrés en mettant bien en évidence les jolis visages et les lignes "provocatrices" des corps.


    Remarque :

    Avant d'entrer dans le vif du sujet, j'estime nécessaire, ici, d'ouvrir une parenthèse pour dire ou répéter ce qui peut paraître banal, à savoir ce que l'on entend précisément par laïc et ce que couvre le principe de la laïcité. La langue française n'étant pas celle de ma mère, je consulte le dictionnaire, et je lis :

    LAÏC, LAÏQUE, se dit de quelqu'un qui ne fait pas partie du clergé, qui n'a pas reçu les ordres de cléricature ou de quelqu'un qui est indépendant de toute confession religieuse. Par conséquent, un laïc n'est pas nécessairement un athée, un agnostique ou un anticlérical, encore moins un communiste ou un nazi. Hormis une infime partie de l'Humanité qui appartient au clergé, ne sommes-nous pas tous laïcs ?

    LA LAÏCITE, par ailleurs, est un principe qui préconise la séparation de la société civile et de la société religieuse, du temporel et du spirituel. En opposition avec une société totalitaire régie par un Etat théocratique où le pouvoir politique et le pouvoir religieux ne font qu'un, dans une société démocratique régie par un Etat de droit, l'Etat n'exerce aucun pouvoir religieux et les Eglises aucun pouvoir politique.

    Par conséquent, le principe de laïcité n'est pas l'inspirateur d'une religion, et une personne qui lui exprime son attachement, n'est pas adepte d'une religion qui aurait été celle du nazisme ou du communisme, ni d'une secte quelconque dont serait adepte le Président Elu de la « majorité des croyants » américains qui, eux aussi, seraient Elus.

    Religieux et laïcs, ensemble, ne sommes-nous pas tous respectueux du principe de laïcité qui procède de la démocratie, de l'Etat de droit, et donc d'une société pluraliste respectueuse d'elle-même ?


    Ceci étant dit, on ne peut évidemment pas nier, et nous y reviendrons au deuxième chapitre, l'existence réelle et la reconnaissance tacite en Belgique, par exemple, de ce que l'on pourrait effectivement qualifier de "religion laïque" qui bénéficie du financement public au même titre que les autres religions reconnues, et qui ne se distingue de celles-ci que par la forme de ses rites, de ses cérémonies, de ses loges, de ses cercles, de son baptême, etc.


     A.        Principe de laïcité.


    Il y a dix-huit ans, en 1986, j'avais sollicité pour la première fois, un rendez-vous auprès d'un journaliste du quotidien "La libre Belgique" pour m'entretenir avec lui de la lutte que j'avais engagée neuf ans plus tôt, en 1977, contre les agissements des néo-fascistes verts. Nous nous sommes trouvés dans un restaurant au Boulevard Emile Jacqmain à Bruxelles. Après avoir échangé quelques mots, il m'a demandé si j'étais "laïc" :


    -    Pardon, je ne comprends pas votre question.

    -   Je vous demandais si vous êtes croyant ou non.

    -   Ah bon, selon vous, un laïc serait un athée ou un agnostique ?

    -   N'est-ce pas ainsi que vous le comprenez ?

    -   Non. Je ne suis effectivement pas laïc comme vous l'entendez, mais je pourrais effectivement dire que je le suis dans le sens où je n'appartiens à aucun clergé. Je ne suis donc ni imam ni curé ni rabbin, bref je ne suis pas un religieux, un fonctionnaire de la foi, si vous voulez. N'est laïc, selon moi, que celui qui n'appartient pas au clergé comme n'est civil que celui qui n'appartient pas à la caserne.

    -   Alors, êtes-vous croyant ?

    -   Oui, je suis croyant et très attaché au principe de la laïcité ..

    Le "choc culturel" était frontal car, ceux que je qualifiais de néo-fascistes, ont été  non seulement proclamés "combattants de la liberté" par leurs amis et alliés américains et européens, mais aussi ils enseignaient aux "communautés" musulmanes en Belgique - aux enfants dans les écoles, aux hommes dans les mosquées et aux femmes dans les foyers -, que le principe de la laïcité serait l'inspirateur de la "religion laïque" qui aurait été celle du nazisme vaincu, et du communisme qu'il fallait vaincre.

    Qui plus est, quelques jours avant ma rencontre avec ledit journaliste, j'ai été agréablement surpris en lisant dans mon célèbre dossier d'option de patrie, le rapport très sympathique de la Sûreté de l'Etat belge : "Mustafa SARI se bat, notamment par des lettres ouvertes, contre l'Arabie Saoudite". Ni plus ni moins.

    C'est à cette occasion que j'avais compris pourquoi j'avais été surnommé "communiste Mustafa" par les guides suprêmes, des commandants de la communauté de croyants, allant des diplomates aux autorités politiques, agents des services secrets, journalistes et autres en passant par de vils agitateurs de rue et de coulisses. Alors que je ne me souvenais pas avoir manifesté une quelconque sympathie pour le communisme, bien au contraire.

    En lisant le rapport, salut, m'étais-je dit, à ceux qui manifestent leur attachement au principe de la laïcité - aux "communistes" -, qui se battent contre l'allié le plus privilégié de l'Amérique et de l'Europe dans la "guerre sainte" menée par les combattants de la liberté dans les pays musulmans contre les régimes impies. Ces communistes qui se battent contre la puissante Arabie Saoudite, qui finance par les pétrodollars des terroristes recrutés jadis un peu partout dans le monde, mais aussi aux Etats-Unis et en Europe, dont la Belgique, par le prince Turki, alors chef des services secrets saoudiens de renseignement et officier traitant des fameux "soldats de la liberté" dont le nom commun était "Afghans", et cela, en complicité étroite avec notamment les services secrets, amis et alliés, américains, belges, turcs et pakistanais.

    Amis et alliés, ceux-là même qui les mal-traitent aujourd'hui de terroristes islamistes ou d'intégristes musulmans. Ceux-là même qui les jugent à présent alors qu'ils auraient dû, eux-mêmes, être jugés hier. Il est donc pour le moins incertain de voir un jour s'ouvrir le procès de ceux qui ont inspiré, financé, entraîné et trompé ces milliers de femmes, d'hommes, de jeunes et d'enfants, dont certains se sont transmués en terroristes.

    Dans la conclusion de leur analyse concernant l'attaque du 11 septembre 2001 par des pirates kamikazes, du World Trade Center de New York et du Pentagone à Washington, Jean-Charles Brisard et Guillaume Dasquié constatent que "Plus personne dans les pays riches n'échappera à une lecture critique des cinquante années de politique étrangère passées, et singulièrement de la politique pétrolière. Avec elles notre développement économique repose sur des alliances avec des dictatures pétrolières et encourage ces dernières à promouvoir les croyances les plus arriérées. Tôt ou tard s'ouvrira le procès des terroristes, de leurs commanditaires et peut-être des Etats qui les hébergent et les soutiennent objectivement. Plus incertain est celui, qui reste à faire, de ceux qui les inspirent, et financent, par action, omission ou intérêt." [4]

    Ces Inspirateurs et financiers des terroristes, ne seraient-ils pas, par exemple, l'Iran, l'Irak, la Libye, le Soudan, l'Autorité palestinienne, l'Afghanistan, ou des organisations de « barbus » de tous bords ? Peut-être, mais Jhon K. Cooley nous met sur la piste d'autres inspirateurs et financiers au-dessus de tout soupçon : « En 1980, il fut décidé que la C.I.A. allait réquisitionner du personnel militaire américain spécialisé, avec le soutien des militaires pakistanais, pour former une armée de musulmans fanatiques.


    ·   Ils seraient bien payés et se déploieraient avec l'aide des gouvernements musulmans et anticommunistes, comme le Pakistan tout proche et la riche Arabie Saoudite.

    ·   Presque tous seraient musulmans et croiraient que Dieu leur a ordonné de combattre ses ennemis : les communistes impies et les envahisseurs russes.

    ·   Leur récompense terrestre serait la gloire et une paie généreuse. Pour ceux qui mourraient en martyrs, la récompense serait au ciel.» [5]


    Vingt-deux ans plus tard suivant la décision prise par la C.I.A., soit en 2000, une femme, mère d'un kamikaze palestinien,  bénit son fils avant l'action et lui dit : "Tue beaucoup d'ennemis et envole-toi vers le paradis où tu trouveras les 72 vierges qui te sont destinées", avant de l'embrasser sur le front et après avoir déclaré : "Mon fils est la fierté de notre famille. J'encourage tous ses frères à faire comme lui." [6] 

    N'est-ce pas étonnant, pour ne pas dire étrange,  de voir le lien entre la promesse faite à son fils par "Big Mother musulmane Elue" et la promesse faite aux musulmans par "Big Brother chrétien Elu" qui endoctrina, forma et encouragea à mourir en martyrs ces mêmes musulmans ? N'est-ce pas étonnant de voir ce lien établi entre les dollars destinés à récompenser les candidats "martyrs" dans le monde terrestre, et Dieu qui nécessairement récompenserait au ciel ses fidèles alors devenus "martyrs" ?

    Non, il n'y a rien d'étonnant parce que "une vie heureuse dure un certain nombre de jours, mais un nom honoré demeure à jamais" ;  ce qui, ne plaise à Dieu, me rappelle le message suivant qui aurait été envoyé à ceux qui seraient, eux aussi, Elus :


    Destin des impies.

    De méchants garnements, tels sont les fils des pécheurs,
    ceux qui hantent les maisons des impies.

    L'héritage des fils des pécheurs va à la ruine,
    leur postérité est l'objet d'un continuel reproche.

    Un père impie est insulté par ses enfants,
    car c'est de lui qu'ils tiennent le déshonneur.

    Malheur à vous, impies,
    qui avez délaissé la loi du Dieu Très-Haut.

    Si vous multipliez, c'est pour la perdition :
    Si vous êtes engendrés, vous le serez pour la malédiction ;
    et si vous mourez, la malédiction sera votre part.

    Une vie heureuse dure un certain nombre de jours,
    mais un nom honoré demeure à jamais. [7]


    Comment s'empêcher alors de se demander pourquoi et où Dieu récompenserait les inspirants et les financiers criminels. A lire l'histoire tant proche que lointaine, on se rend compte que les prétendus martyrs, leurs financiers et inspirants se récompensent eux-mêmes dans ce bas monde sans intervention divine.

    La belle époque où les soldats du Jihad, les moudjahidins, dont les talibans, étaient choyés, entraînés, armés et financés par les Etats-Unis et ses alliés européens et autres, est révolue. Oussama Ben Laden devenu la réincarnation du Mal, il était entré dans l'arène mondiale en tant que coordinateur des "brigades internationales des combattants de la liberté" et des services secrets occidentaux, saoudiens, pakistanais, soudanais, turcs, etc.

    A l'époque tout ce qui était dirigé contre l'Union soviétique faisait partie de l'empire du Bien mais pas seulement car c'est l'Occident qui armait aussi le « laïc » Saddam Hussein contre le régime des mollahs en Iran, alors qualifié d'intégriste. En effet, l'instrumentalisation de Dieu par les mollahs, était à combattre comme étant l'incarnation du Mal parce qu'il allait à l'encontre des « progrès » que l'Empire du Bien cherchait tant pour des raisons politiques, économiques et financières, que pour la sécurité des Américains et de leurs amis, dont, par exemple, le régime "modéré" saoudien le plus "intégriste", le plus obscurantiste et le plus rétrograde du monde.

    Bref, depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, tant que les régimes tyranniques, dictatoriaux, totalitaires et fascistes soutenaient les "progrès" que l'Amérique cherchait ; tant que les "combattants de la liberté", les terroristes alliés, menaient la "guerre sainte" un peu partout dans le monde, au nom de Dieu et pour le compte de l'Amérique et de ses amis ; tant que l'utilisation de la religion à toutes fins servait l'Amérique et ses amis, le "Monde Libre" était heureux en détournant le regard quand des hommes et des femmes étaient torturés, affamés, oppressés, leurs droits les plus élémentaires ignorés et leurs espoirs étouffés.

    Le jour où les mêmes tyrans, dictateurs et terroristes se sont dressés en adversaires qui ne voulaient - ou qui ne pouvaient - plus servir l'Amérique et ses amis, les « réformes » s'imposaient, comme elles s'imposeraient à présent si on en croit les récentes déclarations du George W. Bush : 

    "Tant que la religion est celle de la tyrannie, du désespoir et de la colère, elle produira des hommes et des actions qui menacent la sécurité des Américains et de leurs amis, Nous cherchons les progrès pour des raisons très politiques : les démocraties ne soutiennent pas les terroristes et ne menacent pas le monde avec des armes de destruction massive (.) Trop longtemps la politique américaine a détourné le regard quand des hommes et des femmes étaient oppressés, leurs droits ignorés et leurs espoirs étouffés. Cette ère est terminée (.). Nous nous concentrerons sur l'avènement d'élections libres, de marchés libres et de la liberté de la presse. Nous soutiendrons les réformateurs qui demandent l'Etat de droit." [8]

    Dit autrement, tant que l'instrumentalisation de Dieu et de la religion est l'ouvre de la théocratie américaine, phare de la démocratie, qui ouvre pour le Bien de l'Humanité entière ;

    Tant que les armes de destruction "chirurgicale" qui ne provoquent - en cas d'utilisation dans des situations d'absolue nécessité -, que quelques petits dégâts collatéraux massifs hautement regrettables, sont détenues par l'Amérique Elue par Dieu, donc responsable et non folle comme ses alliés amis tyranniques et dictatoriaux les plus rétrogrades du monde ;

    Il n'y a vraiment pas lieu de s'inquiéter quant à la pérennité des marchés libres universels et de la liberté universelle de l'argent-dieu.
       
    Quant aux élections libres, nous pouvons vraiment être assurés que cela se passera bien, partout dans le monde. Même dans la République islamique déjà instaurée en Afghanistan et dans la République islamique pas encore proclamée en Irak, mais aussi aux Etats-Unis où « on ne peut pas être élu à des postes de responsabilité politique si l'on n'est pas ouvertement religieux. Et, de ce point de vue, Ben Laden se rapproche d'une manière étrange du système américain »[9], comme l'avait également compris Salman Rushdie.

    Précisément, du système américain ou plutôt de la théocratie américaine, qu'en est-il vraiment ?


    B.        La laïcité de l'Amérique


    Le 15 février 2002, soixante intellectuels américains, enseignants pour la plupart dans les plus prestigieuses universités des Etats-Unis, publient, dans le journal "Le Monde", une lettre intitulée « Lettre d'Amérique, les raisons d'un combat », pour expliquer et justifier les raisons de la guerre menée en Afghanistan.

    Le 7 mars de cette même année, j'ai répondu à cette lettre par une autre intitulée "Lettre à l'Amérique, les raisons d'un combat", où je m'adressais aux américains en ces termes :


    [ Pour ce qui est du principe de laïcité et le message politico-religieux que vous envoyez à ce que vous appelez « les sociétés musulmanes », permettez-moi d'abord de relever ici vos propos suivants:


    « Les fondateurs des Etats-Unis, se basant sur la tradition de la loi naturelle autant que sur l'assertion religieuse fondamentale selon laquelle tous les hommes ont été créés à l'image de Dieu, ont posé comme « évidente en soi » la notion d'égale dignité pour tous. L'expression politique la plus nette de cette croyance en une dignité humaine transcendante est la démocratie.

    La société américaine, dans ce qu'elle a de meilleur, s'emploie à faire en sorte que foi et liberté aillent de pair, chacune rehaussant l'autre. Nous avons un régime laïque - nos dirigeants politiques ne sont pas des dirigeants religieux - mais notre société est de loin la plus religieuse du monde occidental. Notre nation respecte profondément la liberté et la diversité religieuses, y compris les droits des non-croyants, mais proclame dans ses tribunaux et inscrit sur chacune de ses pièces de monnaie la devise : « In God We Trust. » Politiquement, notre séparation de l'Eglise et de l'Etat vise à maintenir la politique dans sa sphère propre, en limitant le pouvoir d'intervention de l'Etat dans les affaires religieuses et en obligeant ainsi le gouvernement à asseoir sa légitimité et ses actes sur des bases morales qu'il n'a pas inventées lui-même.

    Spirituellement, notre séparation de l'Eglise et de l'Etat permet à la religion d'être religion, en la détachant du pouvoir coercitif du gouvernement. En bref, nous nous efforçons de séparer l'Eglise et l'Etat pour la protection et la vitalité de l'une et de l'autre.

    Bien que l'idéologie laïque semble de plus en plus, dans notre société, emporter l'adhésion des jeunes générations, nous la désapprouvons parce qu'elle vient à l'encontre de la légitimité d'une partie importante de la société civile et tend à nier l'existence de ce que l'on peut considérer avec quelque raison comme une dimension importante de la personne humaine. (A ce sujet, les avocats de la laïcité surestiment sans doute la capacité des sociétés humaines à se passer de « religion », même en théorie).

    En outre, ils mesurent mal, même en acceptant leurs propres prémisses, les conséquences sociales de la suppression de la religion traditionnelle. Car, si nous considérons la religion comme une valeur ultime, le vingtième siècle a offert au monde deux exemples terrifiants - le nazisme en Allemagne, le communisme en Union soviétique - de religions laïques, qu'on peut appeler religions de substitution, toutes deux destinées à éradiquer la foi religieuse traditionnelle (en fait, une foi concurrente) et toutes deux parfaitement indifférentes à la dignité humaine et aux droits de l'homme fondamentaux. »

    Merci de nous avoir appris que vous avez un régime laïc bien que vous désapprouvez l'idéologie laïque. Merci de n'avoir pas laissé sans réponse la question de savoir ce qu'est une idéologie laïque. Le nazisme et le communisme seraient des religions, et ces deux religions auraient pour appellation commune « religion laïque » qu'on pourrait, selon vous, s'appeler religion de substitution ou idéologie. Force m'est alors de vous poser la question suivante : le vingtième siècle n'aurait-il pas offert au monde un autre exemple terrifiant d'un manque criant de moralité ? Ce que je n'oserais même pas qualifier de religion de substitution, à savoir l'impérialisme américain dans le monde, et ses ravages.

    Le nazisme prétendait obéir rigoureusement et sans équivoque à la loi de la nature et donc à la loi morale naturelle, tandis que le communisme aussi prétendait rigoureusement et sans équivoque obéir à la loi de l'Histoire et donc à la loi morale historique, avant de faire de chacune de ces lois, une loi de mouvement dépourvue de toute notion de moralité de quelque ordre que ce soit.

    Il restait alors à l'Amérique « chrétienne » et à ses alliés « musulmans », de faire d'abord un subtil mélange des lois de la nature et de la prétendue nature de Dieu, et à transformer, ensuite, ce mélange en une loi de mouvement dépourvue de toute notion de moralité, avant de l'opposer à la loi de l'Histoire. N'est-ce pas ainsi qu'en théocratie américaine, et chez ses alliés théocratiques, Dieu fut transformé en une idole au service de desseins humains ? N'est-ce pas ainsi qu'en théocratie américaine, comme chez les théocraties alliées, le « Pouvoir » temporel et le « Pouvoir » religieux vont de pair.

    D'une part, la sentence du capitalisme mondial imprimée sur le dollar, « In God We Trust »,  rappelle que les fondateurs « laïcs » de la République américaine, n'ont jamais hésité à solliciter la protection divine pour la réussite de leurs entreprises. Et d'autre part, il est vrai que politiquement, votre séparation de l'Eglise et de l'Etat ne vise pas, contrairement à ce que vous prétendez, à maintenir la politique dans sa sphère propre.

    Sous couvert de limitation du pouvoir d'intervention de l'Etat dans les affaires religieuses, et d'obligation du gouvernement à asseoir sa légitimité sur des bases morales qu'il n'aurait pas inventées lui-même, vous vous permettez de justifier les actes autrement injustifiables de votre gouvernement, au nom de Dieu et donc au nom de la « morale » qu'il n'aurait pas inventée lui-même : même tuer, même faire tuer, même affamer et faire affamer des millions d'enfants, de femmes et d'hommes « créés à l'image de Dieu », un peu partout dans le monde. 

    En démocratie, les citoyens électeurs créés à l'image de Dieu éliraient, selon vous, leurs représentants qui, par transcendance, incarneraient la nature de Dieu et exerceraient le pouvoir temporel au nom de l'ordre moral établi par les lois de la nature et de la nature de Dieu. Les mollahs d'Iran, élus démocratiquement en représentants de Dieu par transcendance, ne prétendent pas faire autre chose. A cette différence près qu'ils sont mollahs, c'est-à-dire religieux qui se distinguent par l'habit et la longueur de la barbe, et non pas des civils bien rasés, en col et cravate, comme les représentants américains de Dieu par transcendance.

    Le principe de laïcité n'est ni une religion, ni une idéologie, encore moins une religion de substitution. Par contre, ce qui fait horreur aux tenants de la théocratie, de l'idéologie « révélée », c'est ce principe qui esquisse, par ce qu'il préconise, les éléments du dénominateur commun servant de base à l'élaboration de l'art du « vivre ensemble » dans une société pluraliste.

    Le principe de laïcité préconise que les options confessionnelles ou non confessionnelles relèvent exclusivement de la sphère privée des personnes, et exprime la volonté de construire une société juste et fraternelle, dotée d'institutions publiques impartiales, garante de la dignité de la personne et des droits humains assurant à chacun la liberté de penser, d'expression, de croyance et de conviction religieuse ainsi que l'égalité de tous devant la loi sans distinction de sexe, d'origine, de culture ou de conviction de quelque ordre que ce soit.

    Il prône la séparation entre la religion et l'Etat, le temporel et le spirituel, le pouvoir religieux - car ce Pouvoir existe - et le pouvoir politique, et aussi et surtout entre la croyance et la citoyenneté. Il s'oppose ainsi à l'instrumentalisation et à l'utilisation de la religion et de Dieu aux fins qui sont les vôtres. Il ne vise ni la suppression de la religion ni la recherche d'une substitution à celle-ci. Au contraire, il est le seul garant à la fois des libertés civiles, et de la liberté de culte et de conscience. Et il procède du fondement même de la démocratie et donc de l'Etat de droit, et d'une société respectueuse d'elle-même.

    Lorsque vous proclamez dans vos tribunaux et inscrivez sur chacune de vos pièces de monnaie la devise - ou le slogan - « In God We Trust », vous ne respectez point la démocratie, encore moins  l'opinion et les droits des non-croyants notamment. Vous respectez tout au plus la liberté d'opinion de la majorité des croyants électeurs, de la « majorité morale ». Les mollahs d'Iran et les princes saoudiens, tout comme Ben Laden, prônent aussi la liberté des non-musulmans, des minorités impies, mais sous un régime théocratique totalitaire dont ils sont les maîtres.
    Lorsque votre Président prête serment la main droite sur la Bible, il ne prête pas serment en tant que Président de tous les Américains. il prête serment en tant que Président de la « majorité morale ». Les mollahs et tous les théocrates ne font pas autrement car ils ignorent que la démocratie n'est pas le règne de la majorité, du plus fort, mais le respect de la minorité, du plus faible. Vous avez effectivement trop de points communs avec vos amis, comme vous le soulignez dans votre lettre.

    Je ne peux pas croire que vous n'avez pas pesé la gravité de votre message de circonstance envoyé à ce que vous appelez les « sociétés musulmanes » là où vos alliés théocrates les plus rétrogrades dits « modérés », considèrent effectivement le principe de la laïcité, la démocratie, et l'Etat de droit, comme les inventions des impies occidentaux.]


    Je souhaite insister ici sur le passage suivant de ce que nous venons de lire : Vous vous permettez, disais-je aux américains, de justifier au nom de Dieu, les actes autrement injustifiables de votre gouvernement. En d'autres termes, je mettais l'accent sur la façon de se servir de l'idée de Dieu afin d'expliquer le cours du monde, de soustraire ainsi les décisions importantes prises par le gouvernement américain, au jugement des citoyens et de les empêcher ainsi de former leurs opinions.

    Les réflexions suivantes soulèvent précisément l'ambiguïté consciente qui caractérise la prétendue laïcité américaine, et soulignent l'importance dans une démocratie digne de ce nom, de la prise de responsabilité par des citoyens et la nécessité impérieuse de leur participation aux décisions importantes les concernant.

    Dans son analyse des pensées de Hannah Arendt concernant le jugement, Roland Breiner constate  que « la véritable portée de l'opposition arendtienne  entre la vérité philosophique et le jugement de citoyen, a pour but d'étayer « le rang et la dignité » de l'opinion. C'est grâce au jugement, écrit-il, que l'opinion échappe au discrédit qu'ont traditionnellement jeté sur elle les philosophes. Il est clair que le jugement et l'opinion vont indissolublement de pair en tant qu'ils sont les facultés maîtresses de la raison politique. C'est le jugement qui fournit à l'opinion sa dignité propre, en lui accordant, face au poids de la vérité, une dimension de respectabilité. De cette façon, les deux facultés - juger et former des opinions - sont rachetées en même temps. » 

    Hannah Arendt évoque en effet d'un seul trait le jugement et l'opinion en général, et en Amérique en particulier : elle constate d'abord que "L'opinion et le jugement, ces deux facultés rationnelles, politiquement déterminantes, avaient été presque entièrement négligées par la tradition américaine de pensée politique aussi bien que philosophique."

    Et elle souligne, ensuite, que "Les pères fondateurs de la révolution américaine étaient conscients de l'importance de la pensée politique et philosophique en dépit du fait qu'ils n'essayèrent pas consciemment de redonner à l'opinion le rang et la dignité qui lui convenaient dans la hiérarchie des aptitudes rationnelles de l'homme. Il en va de même pour le jugement, et si nous voulions apprendre quelque chose touchant son caractère et sa portée étonnante dans le royaume des affaires humaines, il faudrait nous reporter à la philosophie de Kant plutôt qu'aux révolutionnaires. Les pères fondateurs - les révolutionnaires - eux-mêmes n'étaient pas capables de transcender "le cadre étroit et borné par la tradition de leurs concepts généraux" au point de reconceptualiser ces deux facultés rationnelles de la vie politique. En d'autres termes, on attend encore la reconstruction requise." [10]    

    De fait, on est encore vraiment loin de la reconstruction requise, comme nous le confirme Tony Judt : "Un président américain, constate-t-il, qui tient des réunions d'études bibliques à la Maison Blanche et qui commence les Conseils des ministres par une prière peut sembler un anachronisme curieux pour les alliés européens. Mais il est en phase avec ses électeurs." Et ce, avant de souligner ce qui rend les Européens perplexes à l'égard de l'Amérique : "C'est précisément, dit-il, ce que la plupart des Américains croient être le meilleur atout de leur pays : son mélange unique de religiosité moraliste, de systèmes de protection sociale minimaux et de liberté de marché maximale - l'american way of live -, conjugué à une politique étrangère missionnaire tendue vers l'exportation de ce même ensemble de valeurs et de pratiques." [11]

    Cependant, s'agissant d'européens très peu perplexes, constatons qu'à son tour et sans concertation préalable, je le suppose, avec ses collègues d'Outre Manche, Philippe Van Meerbeeck, psychiatre et psychanalyste, professeur à l'Université Catholique de Louvain, écrit en 2003 : "Les deux tentatives laïques de singer le christianisme ont mené notre XXe siècle à deux expériences totalisantes et terrifiantes, le nazisme et le communisme, vaincue chacune sur leur propre terrain, le nazisme sur le terrain de la guerre en 1945, le communisme sur le terrain de l'économie en 1998." [12]

    Et il ajouta : "Marc-Edouard Nabe a osé écrire, quelques jours après le 11 septembre 2001, dans un livre, brûlant comme un cierge, intitulé Une lueur d'espoir : "La seule chose que Georges Bush aurait dû faire le soir du onze au milieu des ruines, c'est s'agenouiller et demander pardon. "Un peu d'ardeur, repentez-vous !" disait Saint Jean. Au lieu de cela, on a droit à une « Justice sans limite », la nouvelle guerre prévue, exigée, programmée. Connerie sans limite, qui pousse au casse-pipe de pareils justiciers."

    "Un peu d'ardeur, repentez-vous !", disait Saint Jean. Alors, avant de lever entièrement le coin du "voile" pour voir ce qui se cache en-dessous, repentons-nous et répétons les deux questions fondamentales que j'avais posées au début du chapitre, et qui, a priori, pouvaient paraître bizarres ou carrément insensées alors qu'elles soulèvent la "connerie sans limite" :

    1.         En Europe et aux Etats-Unis - comme en Arabie Saoudite et en Iran -, faut-il continuer à enseigner aux citoyens de toutes confessions en général, et aux citoyens de confession musulmane en particulier, qu'une prétendue "idéologie laïque" serait l'inspiratrice des "religions laïques" qu'auraient été le nazisme et le communisme ?

    2.         Faut-il continuer à leur enseigner que les deux expériences totalisantes et terrifiantes du XXe siècle - le nazisme et le communisme - auraient été deux tentatives "laïques" ayant pour but de singer les religions, dont le christianisme ?

    "Toute nation", écrit Dominique Schnapper, "tend à se penser comme exceptionnelle ou Elue et a prétendre être la meilleure synthèse possible du particularisme et de l'universel. Les Américains ont consacré toute une littérature à leur singularité (exceptionnalism), en transfigurant la traversée de l'Atlantique en nouvel Exode et en interprétant leur expérience nationale à la lumière de l'Ancien Testament, ce qui faisait d'eux le nouveau Peuple Elu, auquel Dieu aurait confié la tâche de créer l'homme nouveau." [13]

    Ce qui m'amène à examiner quelle pourrait être la meilleure synthèse possible du particularisme et de l'universel en Belgique.




    CHAPITRE II


    Notre laïcité belge,
    est-elle « communautariste »  ou « universaliste » ?


    Dans les pages débats du journal "La libre Belgique" du 27 février 2004, j'ai lu un article intitulé « Commune, communauté, communautarisme » et signé par Monsieur Marcel Bolle De Bal, sociologue, professeur émérite de l'U.L.B., qui se demande "Pourquoi nos voisins français ne comprennent-ils pas le sens de notre laïcité, notre goût pour le communautaire bien organisé et le communautarisme bien tempéré ?"

    Vu la question, j'ai été heureux d'apprendre que j'allais enfin comprendre ce que je n'ai pu comprendre depuis trente-trois ans, à savoir ce qu'est « notre laïcité », et j'ai aussitôt commencé à lire le contenu de l'article :


     "Belges francophones et Français, nous sommes sensés parler la même langue.  Belle illusion.  Deux pays symétriquement dits d'"Outre-Quiévrain".  Quiévrain ? Une coutume frontalière ? De part et d'autre de celle-ci, belge et francophone, les mots similaires se parent de sens différents.et les voisins, même s'ils se disent ou se veulent sentimentalement proches, ont parfois bien du mal à se comprendre, voire à s'entendre. 

    Pour plonger dans l'actualité la plus récente, ne prenons que le terme laïcité.  La laïcité en France, malgré sa réalité d'exception culturelle, se veut universelle en son principe. 

    En Belgique, elle se pare d'atouts "communautaires" : le monde "laïc" - cette communauté d'athées, d'agnostiques et d'anticléricaux - affirme son identité face aux différents mondes religieux ; le cours de morale « laïque » - spécificité belge, et partiellement alsacienne - doit être suivi par ceux et celles qui ne se reconnaissent pas dans les différents cours de religion, et ce, même dans l'enseignement secondaire.

    (.) Chez nous, la reconnaissance institutionnelle des communautés culturelles et linguistiques a constitué un des éléments conduisant à la fédéralisation de l'Etat belge . et donc à la survie de celui-ci.  Une valeur politique et sociologique, donc.  Rien de semblable en France. 

    Le "communautarisme" y est vilipendé comme le ver dans le beau fruit de la république laïque, comme le démon pervers détruisant les vertus et valeurs universelles de celle-ci. Universalisme vs. communautarisme : tel serait l'enjeu politique soi-disant majeur, révélé, occulté ou symbolisé par le débat autour du « voile » islamique"

    A. En ce qui concerne notre laïcité qui aurait pour spécificité l'"Universalisme vs. communautarisme" :


    Constatons d'abord que la soi-disant communauté laïque n'est pas une communauté reconnue par la Constitution dont les articles 1 et 2 stipulent que "La Belgique est un Etat fédéral qui se compose des communautés et des régions. La Belgique comprend trois communautés : la Communauté française, la Communauté flamande et la Communauté germanophone."

    Constatons ensuite que ce qui est dispensé dans les écoles publiques dans notre pays, ce n'est pas le cours de « morale laïque » mais bien le cours de « morale non confessionnelle », et que ce cours n'est pas réservé aux enfants issus de « la communauté d'athées, d'agnostiques et d'anticléricaux » comme le stipule également l'article 24 §1er de la Constitution :

    "L'enseignement est libre. (..) La communauté assure le libre choix des parents. La communauté organise un enseignement qui est neutre. La neutralité implique notamment le respect des conceptions philosophiques, idéologiques ou religieuses des parents et des élèves. Les écoles organisées par les pouvoirs publics offrent, jusqu'à la fin de l'obligation scolaire, le choix entre l'enseignement d'une des religions reconnues et celui de la morale non confessionnelle."

    Mais on ne peut cependant pas nier l'existence réelle et la reconnaissance tacite dans notre pays, de ce que l'on peut qualifier de "religion laïque" qui bénéficie du financement public au même titre que les religions reconnues, et qui ne se distingue des autres religions que par la forme de ses rites, de ses cérémonies, de ses loges, de ses cercles, de son baptême.

    Dès lors, il n'est pas étonnant que notre "laïcité" ait pour spécificité d'être incarnée ou représentée par ce "monde laïc" ; que la défense de la laïcité de la société et de l'Etat soit l'affaire de cette  seule "communauté de croyants laïcs" qui serait exclusivement composée d'athées, d'agnostiques et d'anticléricaux, et qui affirmerait, face aux différents mondes religieux, son identité laïque assimilée à la laïcité ; que notre laïcité aussi ne cherche sa raison d'être que dans l'affrontement entre les communautés - autant il y en a, mieux c'est - ou dans l'opposition entre les cours de morale inspirés de la religion laïque et les cours de morale inspirés des autres religions.


    B. Quant à nos valeurs politiques et sociologiques :


    Comme le souligne le professeur De Bal, et comme nous venons de le constater, la reconnaissance institutionnelle des communautés culturelles et linguistiques, constitue effectivement un des éléments de la fédéralisation de l'Etat belge : « Une valeur politique et sociologique. »

    Mais peut-on nous servir un tel argument pour réduire des problèmes de société à des problèmes de communautés, voir même à des problèmes privés ?

    N'est-ce pas de cette façon que l'on provoque ce que Marcel Gauchet appelle "une pathologie de la désappartenance" comme le fait remarquer Marc Verdussen, professeur à l'U.C.L., dans le cadre de ses réflexions concernant l'appartenance des entités fédérées à un Etat fédéral, avant de souligner que "La coexistence au sein d'un même Etat, de plusieurs communautés ou de groupes, ne saurait occulter la nécessité d'un fonds commun de valeurs partagées. Au-delà de la diversité des formes de vie culturelles, la citoyenneté démocratique exige la socialisation de tous les citoyens dans le cadre d'une culture politique commune." [14]

    Quels peuvent être alors les déterminants ou les composants du dénominateur commun de cette culture politique commune ? Le principe de laïcité, ne serait-il pas l'une de ces valeurs "universelles" qui procède du fondement même de la démocratie et de l'Etat de droit ?

    "Un peu d'ardeur, repentez-vous !", disait Saint Jean, n'est-ce pas ? Alors, après avoir levé le coin du « voile » et entrevu ce qui se cache en-dessous, je prends ici le risque de présenter une toute petite partie de la longue histoire que j'ai fait raconter dans un livre dont je viens d'achever la rédaction, à une amie par crainte de dire « je », donc par nécessité de prise de distance par rapport à un vécu chargé et encore brûlant.

     Ce fragment d'histoire concerne précisément la reconnaissance institutionnelle "vraiment désintéressée" des "communautés" culturelles et religieuses en Belgique, en quelque sorte, la mise en tutelle des ghettos solidement encadrés de l'extérieur, et admirablement bien gérés à l'intérieur par des mains invisibles et à des fins « amicales » jamais avouées. Ce qui semble être parfaitement bien adapté à "notre goût pour le communautaire bien organisé et le communautarisme bien tempéré."


    C.          La mise sous tutelle "anticommuniste" des "communautés de croyants" :


    [ Mustafa Sari est citoyen belge d'origine turque. Il arrive en Belgique en 1970 comme étudiant. Après avoir appris le français à l'Institut des langues vivantes de l'Université Libre de Bruxelles, il fait ses études à l'Université Catholique de Louvain. Il s'installe à Liège en 1977 où il fait connaissance avec les immigrés d'origine turque.

    Par le pur hasard de la destinée, il est conduit dans un monde qu'il trouve étrange. Une vraie soupe dans laquelle il faut chercher un petit pois pouvant servir de référence à une analyse préalable à la compréhension de la situation. Quelques mois plus tard, il a son idée concernant le mode de fonctionnement du "système" qui enferme dans des ghettos et qui maintient sous son emprise ces femmes, ces hommes et ces enfants appelés par le nom commun d'"immigrés".

    Il met à jour progressivement l'existence de vastes réseaux turco-belges, organisant divers trafics visant au monnayage à prix exorbitant des besoins et nécessités administratifs, professionnels, religieux et autres de la population immigrée cloisonnée dans les ghettos. Ils s'y soumettent d'abord par méconnaissance de la langue et ensuite, par manque de connaissance des fonctionnements de la société et de ses institutions. Il en parle autour de lui. Il s'informe, avant d'agir ensuite.

    Il entreprend diverses actions judiciaires afin de dénoncer des pratiques frauduleuses et extrêmement lucratives : faux documents médicaux, faux permis de conduire, faux permis de séjour et passeports, traductions mensongères, détournements au préjudice de la sécurité sociale, trafics en tous genres générant des sommes colossales.

    A chaque initiative, il met l'accent sur la collaboration et la complicité dont bénéficient ces organisations notamment dans les vastes rouages des Etats belge et turc et sur les conséquences néfastes de ces agissements quant à l'insertion des immigrés dans la société où ils vivent.

    Chaque démarche judiciaire, chaque initiative de quelque ordre que ce soit, semblent heurter la "Raison" d'Etat, et rencontrer un comportement réflexe visant à les étouffer. En réalité, elles heurtent les « raisons » d'existence notamment de ce que M. Sari nomme "la tristement célèbre et très officielle mafia turco-belge" ..

    Au fil du temps, il découvre dans la soupe ce que l'on peut appeler le casse-dent : les  actions d'un vaste réseau de "soldats de Dieu", appelés improprement intégristes musulmans. Il tente de comprendre le but qu'ils poursuivent par leur présence massive et leurs activités intenses en Europe. Ce qu'il trouve le plus surprenant, c'est la collaboration et la connivence à peine dissimulées de différents Etats, et même d'universités, dont bénéficient ces organisations dans plusieurs pays du Vieux Continent.

    Un nom revient dans toutes les conversations et il est cité dans tous les écrits. Il se souvient alors de sa découverte hasardeuse, en 1974, d'une enseigne en trois langues (français, néerlandais et arabe) fixée sur la façade d'un prestigieux bâtiment dans un quartier huppé de Bruxelles :


    Ligue mondiale islamique.
    Centre culturel islamique de Belgique.
    Mosquée de Bruxelles.


    Bien que mise en avant sur l'enseigne, en première ligne et mentionnée avec des lettres plus grandes que les lettres avec lesquelles sont mentionnées les appellations lui servant de couverture, nulle part, jamais, personne ne parlera de la Ligue saoudienne avant 1989. A un point tel que, quinze ans plus tard, lors d'une conférence organisée, le 31 janvier 1990, au Centre socio-culturel des immigrés de Bruxelles, Monsieur Bruno Vinikas, alors Commissaire adjoint du Commissariat Royal à la Politique des Immigrés, faisait part de sa découverte surprenante en ces termes : "A travers le temps, il s'est avéré que le Centre culturel et islamique était dépendant de la Ligue mondiale islamique."

    Sa vive curiosité suscitée par une référence historique, ne laisse pas M. Sari indifférent. Il s'informe et apprend que depuis 1969, "la Ligue mondiale islamique" est bénéficiaire de sa reconnaissance tacite par l'Etat belge comme le représentant de l'islam en Belgique.[15] A ce titre, cette Ligue a les clés de ce pavillon oriental du Cinquantenaire à Bruxelles, qui avaient été remises entre les mains de Sa Majesté le Roi Fayçal d'Arabie Saoudite par Sa Majesté feu le Roi Baudouin de Belgique.

    Qui plus est - pour ne pas dire chose étrange -, le directeur de ce "Centre culturel islamique" désigné par l'Arabie Saoudite, et choisi parmi les membres influents de la "Ligue mondiale islamique", a le titre officiel de "grand imam". Ce qui rappelle qu'à l'époque médiévale, et selon la doctrine de l'Eglise établie, le Christ aurait, en vertu de sa souveraineté, intronisé ses apôtres, qui, à leur tour, auraient choisi des anciens, c'est-à-dire des évêques, puis des prêtres, etc. Et que dans cette hiérarchie chrétienne, il existerait un "grand prêtre" auquel chacun des évêque aurait été subordonné.

    Quelques semaines plus tard après sa découverte de l'enseigne, l'attention de Sari est attirée par un article de presse suivis par d'autres. Il apprend, avec stupéfaction, que cette honorable institution se bat pour que la religion islamique soit reconnue en Belgique, et que des cours de religion islamique soient dispensés dans les écoles primaires et secondaires. Ce qui fut fait en 1978. La clé du pouvoir exclusif de désignation des imams dans les mosquées, de l'organisation des cours de religion islamique et de la désignation des professeurs dans les écoles belges, lui était offerte par un arrêté royal.

    Remontons ici dans le temps pour constater comment on peut écrire l'histoire officielle que nous qualifierons volontiers de révisionniste ou d'histoire falsifiée dans d'autres cas.

    Vingt-huit ans plus tard, en 2002, dans le rapport annuel du comité R, nous lisons l'information suivante concernant le Centre islamique et culturel : "Ce centre est installé dans l'ancien pavillon oriental de l'exposition universelle de 1958 qui fut offert au roi Fayçal d'Arabie Saoudite en remerciement de son action philanthropique en faveur des victimes de l'incendie du grand magasin de l'Innovation en 1967. En 1969, le roi Fayçal céda le centre à la Ligue Islamique mondiale. Son successeur, le roi Khaled assista à la cérémonie officielle d'ouverture de la mosquée en 1978." [16]

    Si je comprend bien ce que je lis, le pavillon oriental lui étant offert, le roi Fayçal d'Arabie Saoudite en aurait fait ce qu'il lui plaisait d'en faire, et se l'aurait concédée à lui-même, c'est-à-dire à la Ligue mondiale islamique qu'il avait fondée en 1962. Et l'Etat belge aurait découvert cette mise en scène kafkaïenne en 2002 ? Pourquoi pas ? Et cela arrive, parce que tout le monde n'est pas sensé avoir lu l'inévitable enseigne, inévitable par sa taille, fixée sur la façade de la « Mosquée de Bruxelles ! » appelée officiellement la « grande mosquée », tout comme son imam fut nommé « grand imam ».

    Mais en 1989, dans le volumineux rapport publié par le Commissariat Royal à la Politique des Immigrés, nous lisions la version suivante pour le moins risible, concernant l'action « philanthropique » d'un roi et la remise « symbolique » des clés du pavillon entre les mains de celui-ci par un autre roi :

    « La crise économique liée aux chocs pétroliers, la fermeture des frontières à l'immigration, la révolution iranienne, les bouleversements politiques, économiques, religieux que traversent encore aujourd'hui les Etats du Proche et du Moyen-Orient, les sociétés européennes elles-mêmes en prise avec le renouvellement diffus des religions traditionnelles, ce sont autant d'éléments qui, de près ou de loin, ont contribué à rendre le religieux en général beaucoup plus immédiat dans nos environnements. L'islam ne fait pas exception à cette tendance, bien au contraire. En Belgique, tout comme dans d'autres pays européens, il est devenu de plus en plus visible.

    Cette présence de l'Islam en Belgique a été institutionnalisée dès 1969 au moment où l'Etat belge reconnaissait le « Centre Islamique et Culturel de Belgique » en lui procurant l'ancien « Pavillon Oriental » situé dans le Parc du Cinquantenaire à Bruxelles. Il s'agissait en fait d'un geste symbolique - la remise officielle des clés du bâtiment au Roi Fayçal - qui revenait à donner à l'Arabie Saoudite un rôle de premier rang en matière d'organisation des affaires musulmanes sur le territoire belge. » [17] 

    Le Commissariat Royal ayant oublié que le pavillon avait été concédé à la Ligue mondiale islamique, parvenait ainsi à dissimuler celle-ci une ultime fois derrière l'appellation de « Centre culturel et islamique », et ne disait rien au sujet des affaires musulmanes dont s'occupait l'Arabie Saoudite sur le territoire belge en vertu du pouvoir lui conféré par un petit et insignifiant « geste symbolique ». A ce propos aussi, nous trouvons des informations, en 2002, dans le rapport du comité R :

    « Le Conseil d'administration du centre comprend des chefs de mission diplomatique des pays musulmans accrédités en Belgique et auprès de l'Union Européenne. L'imam directeur, souvent de nationalité saoudienne (et nécessairement membre de la Ligue, ndlr), est d'obédience wahhabite dont la doctrine est tout à fait étrangère à celle de la majorité des musulmans vivant en Belgique.

    Le Centre a été l'un des interlocuteurs officiels (interlocuteur officiel exclusif, ndlr) des autorités belges en ce qui concerne notamment, la délivrance des certificats qui permettent aux imams étrangers d'obtenir une autorisation de séjour sur le territoire belge et la désignation des enseignants de religion islamique dans les écoles belges.

    Depuis 1978, le centre bénéficie des dispositions du « pacte scolaire » et reçoit des subventions (de l'Etat belge, ndlr) pour rémunérer quelques 600 enseignants religieux dans les écoles primaires et secondaires. Depuis 1989, le centre anime également l'école Al Ghazali, un institut de formation où sont enseignées les matières religieuses classiques comme l'exégèse du Coran ainsi que la langue arabe. La Sûreté de l'Etat y relève une influence significative des Frères musulmans. » [18]

    Nous apprenions ainsi que la Sûreté de l'Etat belge avait découvert, depuis je ne sais quand, l'influence « significative » des Frères musulmans, alors que la plus grande majorité des professeurs et des imams recrutés dans différents pays arabes et importés en Belgique par la Ligue mondiale islamique depuis 1978, étaient des Frères musulmans. Néanmoins, je rappelle ici l'initiative américano-saoudienne prise, en 1966, par le Roi Fayçal d'Arabie Saoudite et le Président américain Johnson.

    Il s'agit de l'initiative qui consistait à soutenir la stratégie de la « violence légitime » élaborée et prônée par la Confrérie des Frères musulmans depuis 1928 : soutenir, via précisément « la Ligue mondiale islamique », la machine de Guerre du fascisme « révélé » contre les pouvoirs jugés impies dans les pays musulmans, et partant dans les communautés musulmanes en Europe.

    Ce n'est pas tout : nous  découvrons aussi dans ce même rapport du Comité R, ce qui suit : « La Ligue, dont la branche belge est installée au Centre islamique et culturel de Belgique, a pour vocation de soutenir les minorités islamiques établies dans les pays non musulmans. A cette fin, la Ligue accorde des subventions aux associations islamiques qui créent ou entretiennent des mosquées, en particulier grâce au Conseil suprême des mosquées, fondé en 1975. »

    Où se trouve ce Conseil suprême des mosquées et par qui a-t-il été fondé ? Il a été fondé par la même Ligue islamique mondiale et son siège européen n'est rien d'autre que le même Centre culturel et islamique de Belgique à Bruxelles.

    Avant de soulever ce qui est essentiel, et pour constater que rien n'est dû au hasard, et que tous se rejoignent dans les coulisses obscures où tout est coordonné pour atteindre le but commun, je rappelle également la décision américaine qui avait été prise cette même année : il s'agit de la mise sur pied en 1978, en collaboration avec la CIA et les services secrets saoudiens et turcs, de réseaux de propagande islamiste via la Ligue mondiale islamique ; propagande destinée à noyauter également les communautés musulmanes en Europe afin de prendre en main le contrôle de celles-ci.

    « Dans les années quatre-vingt », lisons-nous dans le rapport du Comité R, « le prince saoudien Turki ibn Fayçal, fils du fondateur de la ligue et chef des services de renseignements extérieurs saoudiens, a créé la légion islamique des Afghans également soutenue par l'I.S.I, le service de renseignement pakistanais. Ses volontaires sont recrutés partout dans le monde musulman, mais aussi en Europe et aux Etats-Unis, principalement parmi les Frères musulmans. » [19]

    Quel était le centre de recrutement des « volontaire » en Belgique ? Le Centre culturel et islamique de Belgique à Bruxelles. Avec qui le prince saoudien Turki ibn Fayçal avait-il créé la légion islamique en Afghanistan ? Avec Ben Laden. Par qui les « combattants de la liberté » ont-ils été soutenus, financés, armés, et entraînés ? Réponse :

    « La présence de réseaux terroristes islamistes dormant au sein de l'Europe suscite des inquiétudes, constatent les rédacteurs du rapport du Comité R. Il y aurait ainsi, écrivent-ils, une nébuleuse de groupes en Belgique, en Allemagne, en France, en Espagne, en Italie, au Royaume-Uni, dont le but serait de détruire les intérêts américains partout où ils se trouvent. Pourtant, ce seraient les services de renseignement américains qui auraient favorisé l'émergence de groupes religieux fanatiques afin de combattre le communisme dans certaines régions du monde. » [20]

    Bravo ! En 2002, l'Etat belge semblait découvrir - sans en être certain, cela arrive ! -, que « ce seraient les services de renseignement américains qui auraient favorisé l'émergence de groupes religieux fanatiques afin de combattre le communisme dans certaines régions du monde ».

    Il n'est en effet jamais trop tard malgré les efforts fournis pour occulter l'essentiel, à savoir la complicité et la collaboration étroite avec les services de renseignement américains, des services de renseignement et des autorités notamment belges et turcs, allant du plus humble au plus haut niveau des deux Etats.

    Et, comme aucun fait historique (la remise des clés) n'est la cause unique d'un autre fait historique (le religieux qui serait rendu en général beaucoup plus immédiat dans nos environnements pour cause de crise pétrolière notamment), et que même le silence peut être un fait historique, je me demande s'il n'y avait pas, en 1978, d'autres choses qui nouaient l'amitié belgo-saoudien, et qui seraient couvertes par le silence dans les deux rapports précités ... ]


    L'histoire est longue, comme vous l'avez compris, et nous y reviendrons en temps opportun. A présent, je souhaite vous faire part d'un souvenir que, quinze ans plus tard, j'ai retrouvé dans un livre dont l'auteur raconte : "En août 1986, se tient à Madrid une intéressante réunion passée complètement inaperçue. La présence au même moment dans la capitale espagnole du prince Turki, chef des services saoudiens de renseignement et officier traitant des fameux "Afghans", ne semble pas purement fortuite. Cette réunion, qui se tient sous la présidence du docteur Abdullah Bin Saleh al-Obaïde, secrétaire général de la Ligue islamique mondiale, rassemble des responsables en provenance de neuf pays d'Europe à savoir l'Espagne, l'Italie, la Grande-Bretagne, l'Allemagne, la France, les Pays-Bas, la Belgique, la Suisse, et la Suède. La conférence a officiellement pour thème : « Soutenir le dialogue, la compréhension mutuelle et la coopération entre les cultures et les religions."

    Sans formuler officiellement de revendications d'intégration de type communautaire, la conférence a néanmoins proposé un certain nombre de techniques visant à faire progresser « l'acceptation du voile islamique dans les écoles publiques », l'ouverture d'écoles coraniques, ainsi que la création de cimetières spécifiques réservés aux musulmans. Ces différentes "revendications légitimes", recommande la conférence, devant toujours être exprimées selon des "formes appropriées" s'inspirant du « droit à la différence » et des thèmes de "l'ouverture et du dialogue".

    Cette conférence qui s'est achevée par l'annonce d'une périodicité régulière, sans plus de détails, correspond aux efforts déployés par l'Arabie Saoudite, depuis la seconde guerre du Golfe, pour prendre ou reprendre en main le contrôle des communautés musulmanes d'Europe." [21]

    Déjà, en 1985, la somme d'aide financière annuelle distribuée en Belgique aux associations et mosquées par la Ligue mondiale islamique via le centre culturel islamique de Bruxelles, était de 30 millions F.B. Cette même année, le marché de tissus, des uniformes - foulards, manteaux, chemisettes, robes, etc. - envahissait les présentoirs des boutiques "islamiques" et des marchands ambulants de tenues "islamiques" dans les mosquées.

    Le développement de l'industrie vestimentaire et alimentaire "islamique" était foudroyante et engrangeait des sommes colossales, comme c'est le cas encore aujourd'hui. La "communauté" musulmane d'Europe se convertissait ainsi en islam adapté aux aspirations des marchands ambulants de Dieu, mus par la conquête de pouvoir et l'accumulation de capital financier.

    In fine, ce dont on nous parle aujourd'hui - le port du foulard ou du voile, par exemple - n'est rien d'autre que la conséquence d'un long processus de manipulation visant à garder la mainmise sur les communautés musulmanes d'Europe, en présentant, par immigrés interposés, les revendications dont les finalités réelles sont soigneusement occultées.

    Contrairement à l'idée communément admise, le nerf de la lutte menée par les néo-fascistes verts, n'est pas la religion, mais l'argent. Par leur idéologie qui se veut "révélée", ils visent principalement l'accumulation du capital et du pouvoir, comme on peut le constater dans les pays musulmans et à travers leurs agissements dans les communautés musulmanes en Europe où les immigrés sont victimes, par exemple, des arnaques qui constituent des sommes colossales qui leur sont soutirées avec des promesses notamment d'investissements "islamiques" rentables dans les pays d'origine.

    Il ne faut pas oublier que l'Islam n'a pas le mépris évangélique des richesses. Le prophète, ainsi que son épouse, avait été un marchand actif et prospère. Le Coran ne prêche pas la pauvreté, et ne place aucun homme au-dessus du commerçant intègre.

    Faut-il souligner également que cette stratégie n'est pas propre à la "diplomatie" saoudienne. Elle est pratiquée sous d'autres formes par tous les pays concernés en général, et par la Turquie en particulier, et ce, avec la complicité des gouvernements des pays européens, comme ceux cités dans l'extrait suivant d'un article paru, le 6 juin 1991, dans le quotidien "La Libre Belgique" avec le titre é (ou provo) vocateur "Un homme tout seul contre l'Etat belge".


    [ (.) M. Sari s'applique tout aussi hardiment à dénoncer les menées d'une certaine extrême droite théocratique dont on aurait tendance, selon lui, à mésestimer l'emprise sur les immigrés à travers tout le réseau des mosquées et associations culturelles. Un tout puissant réseau, au demeurant, qui étendrait ses ramifications tant en Belgique qu'en Allemagne, aux Pays-Bas, en France ou au Danemark. Il n'a de cesse de traquer et de dépister ce qu'il considère comme une authentique mafia, un magma de commerçants véreux et d'intermédiaires marrons se livrant aux trafics et malversations de toutes natures : permis, visas, certificats, etc. Il ne s'est en tout cas trouvé personne à ce jour, dans les milieux gouvernementaux, pour réfuter de telles allégations. ]


    Depuis, beaucoup d'eau a coulé dans les égouts du Royaume et du monde. Nous en parlerons, si Dieu le veut.



    Liège, le  14 mars 2004.
    Mustafa Üner Sari.




    [1] Cité par Léon-E Halkin, «  Critique historique », Editions Derouaux Ordina, 1991.
    [2] François Mauriac, « Le noud de vipère », Editons Grasset, 1933, p. 46.
    [3] Ronald Beiner,  « Hannah Arendt, Juger », Editions du Seuil, 1991, pp. 165-166.
    [4] J-Ch. Brisard - G. Dasquié, « Ben Laden, La vérité interdite. »Editions Denoël, 2001, p. 228.
    [5] John K. Cooley, « CIA et Jihad, 1950-2001 », Edition Autrement, 2002, pp. 31-32.
    [6] Le journal « Le soir », le 12 août 2002.
    [7] L'Ecclésiastique 41, 5-9.13,  « La Bible de Jérusalem »,
    [8] Le quotidien « Le Soir », le 5 mars 2004, p. 8.
    [9] L'hebdomadaire « Marianne », le 8 octobre 2001, p.15.
    [10] Hannah Arendt, « Juger », op. cit., pp. 156-157.
    [11] L'hebdomadaire français «  La Marianne », le 9 juin 2003, p. 70.
    [12] Ph. Van Meerbeeck, « L'infamille ou la perversion du lien », Editions De Boeck Université, 2003, pp. 186-87.
    [13] Dominique Schnapper, « La communauté des citoyens », Editions Gallimard, 1994, p. 164.
    [14] Marc Verdussen, « Les douze juges », Editions Labor, 2004, p. 58.
    [15] La Ligue islamique mondiale a pour objectif déclaré dans ses statuts, l'instauration de « la charia », du système   totalitaire théocratique, modèle saoudien, dans tous les pays musulmans.
    [16] Le rapport annuel d'activité 2001-2002 du Comité R - Comité de contrôle sur les activités des services belges de renseignements -, intitulé « Rapport de l'enquête sur la manière dont les services de renseignement s'intéressent aux activités islamistes extrémistes et terroristes », p. 127.
    [17] Commissariat Royal à la Politique des Immigrés, « L'intégration : une politique de longue haleine », volume III : Données argumentaires, Novembre 1989, p. 391.
    [18]  Rapport du comité R, op. cit., p. 127.
    [19] Rapport du comité R, op. cit., p. 127.
    [20] Rapport du comité R, op. cit., p. 106.
    [21] Voir à ce sujet, Richard Labévière, « Les dollars de la terreur », Editions Grasset, 1999, pp. 254-57. Et Ugur Mumcu, « Rabita », Editions Tekin Yayinevi, 19e édition, 1996, p. 89.


  • Lettre ouverte

    Lettre ouverte

     

    A Mesdames et Messieurs

    les Secrétaires fédéraux Ecolo

     

    Espace Kegeljan

    Rue Marlagne, 52

    5000        Namur

     

    Liège, le 1er mars 2004

     

     

     

                Mesdames et Messieurs les Secrétaires fédéraux,

     

     

      Concerne : la grève de la faim que j’entamerai, le 19 mars 2004, devant la porte de la Régionale liégeoise de votre parti.

               

                Me permettriez-vous, d’abord, de vous communiquer la copie ci-jointe de la lettre ouverte que j’adresse ce jour à Monsieur l’ex-Sénateur et actuel Ministre José DARAS.

     

      Et ensuite, de vous faire part de ce profond sentiment d’indignation et de révolte que j’éprouve chaque fois que je lis des « revendications » semblables à celles que j’ai lues dans l’invitation à votre congrès - « L’écologie, c’est l’avenir de la solidarité » - prévu pour le 14 mars prochain à Liège, et où vous définissez l’un des déterminants de votre choix de société dans les termes suivants :

     

      « UN MODÈLE BASÉ SUR LA SOLIDARITÉ, où tous les individus sont respectés de manière égale parce qu’ils appartiennent à une société qui refuse la loi du plus fort. »

     

      Oui d’accord, me dis-je, en vous lisant avant de m’interroger pour savoir qui est-ce qui doit respecter les individus d’une manière égale ? Est-ce la société ? Qui est-elle ? Ne serait-elle pas cette étrange personne nommée «  c’est la faute des autres », qui me servirait d’alibi « collectif » me permettant de me débarrasser de mes responsabilités « individuelles » ?

     

      Personnellement, j’avoue que je reste solidaire avec un modèle de société où chacune des personnes participant à la construction de celle-ci, aurait pour premier principe de refuser sans concession, au quotidien, en toutes circonstances et en tous lieux, la « loi du plus fort », notamment, et non seulement, et ce, par respect d’elle-même d’abord, et par respect des autres ensuite.

     

      N’est-ce pas ainsi que qu’il s’est toujours trouvé des résistants pour dire « non » à l’autorité et au pouvoir lorsqu’ils ne se contentent plus de garantir des relations non violentes entre les humaines mais tentent de les réduire en objets à son service par abus d’autorité et de pouvoir.  

     

      Ne pourrait-il pas être vrai, par exemple, que « Le « non » d’Antigone, de Jean Moulin, de Gandhi, de Jésus, de Romero, de Mandela, de ces innombrables anonymes qui, de tous les temps, n’ont eu que leur conscience, leur corps et leurs mots à opposer à la folie meurtrière et la barbarie, en refusant de consentir à ce qui blesse, détruit, défigure, abêtit ou avilit l’humain dans sa chaire ou son esprit, peut se décliner dans des comportements infiniment plus modestes et quotidiens. », comme l’écrivait récemment Madame Myriam Tonus, chroniqueuse au journal « la Libre Belgique » ?

     

      Je dis « oui », et j’y crois comme elle, que ce « non » peut se décliner dans nos comportements infiniment plus modestes et quotidiens. Par la grève de la faim que j’engagerai et conduirai avec la détermination qui est la mienne, je tenterai - dans la rue, et une fois de plus – d’opposer ce « non » modeste mais radical, au manque criant du respect de la personne humaine, au règne sans partage de la loi du plus fort, à l’impunité et l’arbitraire, bref à ce qui ignore ou dénature ce qui fonde l’homme, à savoir sa dignité, son intégrité, sa fierté, son autonomie, sa confiance, sa capacité critique et sa conscience.

     

      Je reste en effet persuadé que « Croire et ne pas agir en conséquence, c’est malhonnête », comme le disait jadis le Mahatma Gandhi.

     

      Je vous souhaite bonne réception de la présente, et vous prie de recevoir, Mesdames et Messieurs les Secrétaires fédéraux, l’expression de mes sentiments distingués.

     

     

     

     

                                                                                                    Mustafa Üner SARI.



  • Lettre ouverte à

     

     

    Lettre Ouverte

     

    à Monsieur José DARAS

     

    Ministre d’Etat, ex-Sénateur,

    et actuel Ministre régional écolo.

     

     

     

     

     

     

    La promesse 

     

     

     

     

    Concerne : la grève de la faim que j’entamerai, le 19 mars 2004 à 10 h., devant la porte de la Régionale liégeoise du parti écolo, en Hors-Château, 48 à 4000 - Liège.

     

     

     

    Mustafa Üner SARI.

     

     

     

     

     

     

     

    Préambule

    Pour les lecteurs non avertis.

     

     

    Qu’importe l’ivresse,

    pourvu qu’on ait le flacon.

     

    Roubaud.

     

     

     

    Le 21 juin 1995, j’ai été convoqué, par téléphone, au palais de justice de Liège sous prétexte de me faire confirmer une plainte que j’avais déposée un an plus tôt contre les agissements politico-mafieux de l’organisation turque d’extrême droite « Milli Görüs ».

     

    A mon arrivée au palais de justice, j’ai immédiatement été « privé de liberté », mes bras liés dans le dos, menottes aux poignets : ma convocation sous prétexte de confirmation de plainte, était en réalité un « piège » pour exécuter leur sale besogne sous silence.

     

    Le lendemain, soit le 22 juin 1995, j’ai été mis sous mandat d’arrêt par Monsieur le Juge d’instruction Fernand BRASSEUR, et incarcéré à la prison de Lantin à Liège pour motif de détournement de plus d’un million et demi francs de subsides provenant de la Communauté Française, au préjudice de la très gênante ASBL « La Maison des Turcs » dont j’ai été fondateur en 1981, et animateur et administrateur depuis lors.

     

    Dès ma libération après quatre jours de séquestration arbitraire dite détention préventive, j’ai publiquement posé la question de savoir si les magistrats et auxiliaires concernés, ainsi que les commanditaires de ces agissements n’avaient pas pour seul but de discréditer, de faire résigner et de réduire enfin au silence un combat, une association et un homme ?

     

    Autrement dit, ce mandat n’était-il pas conçu comme instrument de la pratique du « terrorisme d’Etat » mis en œuvre entre les murs du palais de justice ? C’est à cette question qu’il fallait désormais chercher réponse.

     

    J’ai alors engagé la résistance et je l’ai assumée durant un an, accompagnée de deux grèves de la faim. Au quarantième jour de la deuxième grève, j’ai eu la satisfaction d’apprendre que l’affaire allait être soumise à l'examen de la Chambre du Conseil dans les quinze jours, ce qui fut fait le 7 juin 1996.

     

    Ladite Chambre prononça son ordonnance de non-lieu le 21 juin, à la suite de laquelle seul le parquet fit appel. Appel qui fut suivi de l'arrêt de non-lieu rendu le 17 avril 1997 par la Chambre des mises en accusations (….)

     

    Le 4 février 1998, j’ai déposé une requête entre les mains du Ministre de la Justice. Par celle-ci, je sollicitais l’ouverture d’une enquête à l’encontre de Madame Anne THILY, Procureur Général près la Cour d’Appel de Liège, dans le cadre donc de cette même affaire du « terrorisme d’Etat ». Le Ministre m’a fait savoir par son courrier du 9 avril de cette même année, que ma demande d’enquête a été transmise aux autorités compétentes :

    Bruxelles, le 09 – 04 –1998.

     

    Réf. : CAB/9.06/3774.

     

    Monsieur,

     

    J’accuse bonne réception de votre lettre du 4 février 1998.Votre demande d’enquête a été transmise aux autorités compétentes.

     

    Je me vois dès lors contraint d’attendre leur réponse avant de vous informer plus amplement. Veuillez agréer, Monsieur, l’expression de mes sentiments distingués.

     

    Stefaan DE CLERCK. Ministre de la Justice.

     

     

    S’est posée alors la question fondamentale de savoir à quelles autorités compétentes le Ministre disait avoir transmis la requête (….)

     

    Le 9 juillet 1998, j’ai entamé une grève de la faim devant la porte de la Régionale liégeoise du parti écolo pour soutenir la démarche que les parlementaires concernés du même nom m’avaient promis d’entreprendre, à savoir poser au Ministre la question suivante, et en obtenir réponse : « A quelles autorités compétentes la requête a-t-elle été transmise ? »

     

    Le 15 juillet 1998, soit au sixième jour de la grève, les parlementaires écolos concernés m’ont transmis une « lettre » dont nous parlerons longuement par la suite, et qui a donné lieu à l’engagement, sur place, d’un combat dans le combat qui a duré trois ans et demi. Durant ces longues années, ce fut l’enfer dans ce coin de rue Hors-Château, où les dieux pervers ont estimé que «  peu importait l’ivresse, pourvu qu’ils aient le flacon ».

     

    Et le 19 mars 1999, j’ai à nouveau été « privé de liberté », mis sous observation psychiatrique par une ordonnance judiciaire, conduit dans un hôpital psychiatrique avant d’être libéré deux jours plus tard - le temps d’un week-end, diront-ils -, et de regagner le front de combat en Hors-Château (...)

     

    A présent, je souhaite que Monsieur José Daras reconnaisse la réalité des trois faits et réponde à deux questions ; faits et questions que j’expose dans cette lettre ouverte, et qui précisément concernent les vrais motifs jamais avoués, de cet ultime sursaut par lequel les autorités concernées avaient franchie la ligne rouge en forçant la frontière de l’intolérable (….)

     

    Je sais que, pour mieux comprendre l’histoire, le lecteur peut se poser tant de questions que je devine, et auxquelles je ne peux malheureusement pas répondre ici. Mais j’offrirai au public, en temps voulu, le livre de 550 pages, dont je viens de terminer la rédaction, et dans lequel je crois avoir tenté de ne pas laisser sans réponse les questions essentielles que l’on peut se poser (….)

     

    En attendant, je soulève ici la question que je pose aux intéressés dans la conclusion de la lettre ouverte pour dire qu’« il ne peut y avoir des concessions quand il s’agit des valeurs et des principes fondamentaux », comme disait Gandhi :

     

     

    « Ça ne se fait pas ! »

     

    Comprendront-ils, un jour, le sens profond de cette phrase ?

     

     

    Merci pour votre compréhension et bonne lecture si possible.

     

     

     

     

     

     

     

     

    Monsieur José DARAS

    Ministre d’Etat, ex-Sénateur,

    et actuel Ministre régional « ECOLO ».

    Hors-Château, 48

    4000                       LIEGE

     

     

    Liège, le 1er mars 2004

     

     

     

     

    Monsieur le Ministre,

     

    Si c’était fait, lorsque c’est fait,

    il faudrait le faire tout de suite.

     

    Macbeth

     

     

    Me permettriez-vous, Monsieur l’ex-Sénateur, de rappeler à vos bons souvenirs l’un de ces vils attitudes et comportements dépourvues de finesse et d’élégance d’esprit, ainsi que d’intelligence et de raffinement humains -, qui reste gravé dans ma mémoire, et qui m’oblige à prendre toutes les précautions pour le futur proche, et à vous entretenir, avant d’aborder le fond, de l’alibi de forme.

     

    Je tiens à souligner, ici, que si j’entame la présente en vous entretenant de cet alibi, c’est parce que celui-ci fait partie des arguments servant de base à l’élaboration et à la diffusion d’une certaine propagande qui pourrait surgir dans les semaines à venir, comme ce fut le cas dans le passé.

     

     

    La forme avant le fond :

     

     

    Alors que je vivais devant la porte de votre parti, en Hors-Château, à Liège, depuis le 9 juillet 1998, dans le « Journal du Mardi » du 29 février 2000, j’avais lu les propos déconcertants tenus par Monsieur Alain Lallemand, journaliste au journal « Le Soir », qui déclarait à mon sujet :

     

    « Il est capable du meilleur comme du pire. Mais ses attaques en ce qui concerne le Parquet général de Liège me semblent bonnes sur le fond. Avec Sari, il n’y a souvent rien à redire sur le fond, mais il reste un problème de forme. La manière dont il s’exprime et celle dont il « vend » ces infos est inadmissible. Mettre des gants dans sa liberté d’expression, ce n’est pas faire des compromissions. En ce qui me concerne, je peux témoigner qu’il n’est pas fou. »

    Ces propos me rappelaient ce que disait, à ce sujet, le merveilleux Dictateur Charles Chaplin : « Je n'ai ni pris de gants, ni choisi des mots polis, ni tenté de transiger avec quelque chose que la plupart d'entre nous éprouvent profondément. Il n'y a pas de terre promise pour les opprimés du monde entier. Il n'existe aucun lieu au-delà de l'horizon où ils peuvent trouver refuge. Il leur faut tenir debout. »

     

    Là où j’étais, et préoccupé par le fond dont « il n’y avait rien à dire ? », je tentais effectivement de me tenir debout en dansant autour du feu de joie fait des qu’en dira-t-on, et sans le moindre souci, quant à la forme, de plaire à qui que ce soit, ni pour quoi que ce soit.

     

    Je n’ignorais évidemment pas que l’opinion - ce monstre invisible - nous autorise à juger et même à condamner des tendances, et même des groupes entiers, mais elle nous interdit de dépasser la répugnance que nous éprouvons à citer des noms et de faire des distinctions, c’est-à-dire d’identifier les personnes et de qualifier leurs actes en des termes appropriés qui, par définition, ne sont pas « politiquement corrects », et à juger les hommes en fonction de leur responsabilité morale individuelle.

     

    Je n’ignorais pas non plus qu’il n’y a pas de fumée sans feu, comme le disent et croient les « gens ». C’est peut-être vrai, disais-je, mais faut-il savoir encore s’il y a du feu sans fumée, et parfois, faire le détour non seulement pour voir qui allume le feu et alimente la fumée, mais aussi pour constater la matière brûlée.

     

    N’est-ce pas sous la pression de l’alibi ou de la contrainte de forme que l’on sème la terreur pour mieux cacher que l’on brûle la matière que l’on prétend défendre, la liberté d’expression, et pour mieux étouffer toute vérité dérangeante dans la fumée asphyxiante alimentée par la propagande appelée « la rumeur » dans sa version démocratique ?

     

    On peut effectivement se demander s’il est vrai que, comme le disait Monsieur Lallemand, mettre des gants dans sa liberté d’expression ne serait pas faire des compromissions ? Rien n’est moins sûr et je dirais même que l’affirmation est pour le moins osée.

     

    En mettons-nous sans raison ? Ne les prenons-nous pas, par exemple, pour nous protéger les mains du froid ou pour ne pas les brûler au feu ou encore pour soigner l’apparence mondaine ou la forme de l’uniforme ? Pourquoi en mettons-nous alors sur la plume ou sur la langue ? Sans motif, aucun ?

     

    Voyons, que voulons-nous protéger dans ce cas, et pourquoi nous voyons-nous contraints de feindre d’en ignorer les raisons? N’est-ce pas pour mieux définir la liberté d’expression qui pourrait être alors celle de « cause toujours » en bonne forme et librement,  à condition donc de ne gêner personne pour la meilleure satisfaction de la culture de bistrot ou de salon où les murs n’auraient pas d’oreilles.

     

    Par quels mots peut-on nommer, par exemple,  un acte de corruption, de terrorisme, de perversion, d’opportunisme, de fascisme, de totalitarisme, que sais-je, sinon par ces mêmes mots : corruption, terrorisme, perversion, opportunisme, fascisme, totalitarisme ?

     

    Par quels mots peut-on qualifier les auteurs de ces actes sinon par des qualificatifs tels que corrompu, terroriste, pervers, opportuniste, fasciste ou totalitaire ?

     

    Le tout, sans qu’on soit sans cesse accablé par des accusations aussi oppressantes et intimidantes les unes que les autres, telles que l’injure, l’insulte, la diffamation ou la calomnie. Question à laquelle je n’ai pu trouver réponse depuis que j’ai cru avoir appris la langue française, qui n’est donc pas celle de ma mère.

     

    Et à l’époque, je pensais au chat qui répugne à être appelé « chat », et merci Docteur Lallemand, me disais-je, pour le témoignage en ma « faveur ». Espérant bénéficier de l’indulgence de ceux qui savent de quoi ils parlent en langage châtié, je pose la question : un grain mal arrosé dans la prairie du fascisme ordinaire, ne serait-il pas celui qui se permettrait de participer à un « débat » publique concernant la santé mentale d’une personne même si celle-ci n’est pas folle quant au fond, et même si elle l’est et fière de l’être quant à la forme ? Qui plus est, si ce débat était agencé par des résidus se nourrissant dans la même prairie.

     

    Comme disait Picasso, « La forme, c’est le fond qui remonte à la surface ». D’aucuns feignent, en effet, de dénigrer la forme alors qu’en réalité, ils n’expriment, par là, que leur crainte justifiée de voir le fond remonter à la surface.

     

    Alors, persuadé de n’être jamais rattrapé par la vérité qui monte par les escaliers, on prend l’ascenseur avec le mensonge, on se prête un tour aisé souple comme un gant, et on couvre la crise par des attaques à la forme - par des mensonges à soi -, pour mieux cacher le fond. On parvient ainsi à apaiser sa crainte de voir le fond remonter à la surface, et on bêle dans le troupeau ordonné au risque sinon de se sentir expulsé et donc inutile.

     

    Je comprends, il convient de se taire jusqu’à ce que certaines obscurités soient éclaircies. A nouveau, les opportunistes ont vu qu’il y a là une matière première presque inépuisable pour nourrir la machinerie, accumulatrice de pouvoir et de destructrice d’homme, de la domination totale.

     

    La matière première, ce sentiment de se sentir expulsé, marginalisé, d’être inutile, qui caractérise l’homme de la masse. Se sentir exclu de l’impitoyable compétition dans un mode et une philosophie de vie exclusivement axée sur le succès ou l’échec de l’individu, et où les devoirs et les responsabilités du citoyen ne sont ressentis que comme une vaine déperdition de temps et d’énergie.

     

    Monsieur l’ex-Sénateur, vous comprendrez sans nul doute, à cet instant ou par la suite, pourquoi je vous ai rappelé ce fait, longuement, et pourquoi je tiens absolument à vous redire, sans tarder, ce que je vous avais déjà dit dans ma lettre du 8 septembre 1998 : « Si ma folie pouvait servir de certificat de normalité à des résidus fascistes mal déguisés, je vous la concéderai - et je la leur concéderai - volontiers » encore aujourd’hui.

    Mais oui, comme si le temps était figé, et qu’il n’avait rien emporté, tant quant à la forme qu’au fond, comme en emporterait le vent, ni alimenté la lassitude, ni usé ma détermination, bien au contraire.

     

    Il est vrai que j’ai la faiblesse, le vice impuni, de croire qu’il faut résister, en toutes circonstances et en tous lieux, à ce qui alimente la philosophie de la futilité et d’une vie sans objectif, qui force le silence devant l’injustice et la perte du sens, et qui encourage le délaissement de la responsabilité citoyenne, le désintérêt pour la chose publique et politique, la résignation devant l’abus et l’arbitraire d’où qu’il vienne. Ce qui m’amène à vous entretenir, enfin, de l’objet principal de la présente.

     

     

    Le fond après la forme :

     

     

    J’ai l’honneur de vous faire savoir que j’entamerai une « nouvelle » grève de la faim, le 19 mars 2004 à 10 h., devant la porte de la Régionale liégeoise de votre parti.

     

    Ce sera l’acte d’un vrai « fou », une source qui déborde pour noyer l’arbitraire, et non d’un prétendu « sage », un étang qui contient toujours la même eau, et dans lequel les tyrans empoisonnent la vie des citoyens pour mieux nourrir la médiocre existence des serviteurs, ô ! combien intéressés, que de La Boétie disait volontaires.

     

    Et je mènerai cette grève avec la détermination qui est la mienne - tout comme au mois de juillet 1998 et au mois de janvier 2002 -, jusqu’à ce que vous me communiquiez les réponses à deux questions que je formulerai, et la reconnaissance écrite et signée par vous, des quatre faits que j’exposerai dans la première partie.

     

     

    Remarque :

     

     

    Dans l’exposé qui suit, je ne développerai pas ce que j’appellerais en langage châtié, les « jeux d’influences » que vous avez organisés avec vos interlocuteurs aux cabinets des trois Ministres de la Justice successifs, dont notamment Madame Marie-Anne Franquinet, alors Substitut du Procureur du Roi à Liège, détaché audit cabinet.

     

    Je n’y développerai pas non plus les viles manœuvres de diversion organisées et mises en scène par les Ministres de la Justice concernés (?) et le Parquet Général de Liège, d’abord, et entre ces derniers et Monsieur le Procureur Général prés la Cour de Cassation ensuite.

     

    Nous y viendrons en temps voulu, et devant les juridictions compétentes, car je continue à croire, comme un « fou », que nous vivons dans une société régie par un Etat de droit, et où le droit finira par imposer sa supériorité à la loi du plus fort, à l’impunité, à l’abus et à l’arbitraire de pouvoir.   

     

     

     

     

     

     

     

     

    LA PREMIÈRE PARTIE

     

    Les questions et les faits

     

     

     

    §       Le premier fait 

     

     

    Comme j’expliquerai par la suite, le 13 juillet 1998, j’ai eu un entretien avec vous et Monsieur Thierry DETIENNE. Je souhaite voir reconnue par vous la réalité de ce qui s’était dit lors de cet entretien, et de ce qui s’est passé dans l’heure suivant celui-ci.

     

     Si vous estimez que vous avez déjà reconnu la réalité de ces faits, réalité que, il est vrai, vous n’avez jamais contestée, je vous serais gré de bien vouloir me la confirmer. Au cas où vous la contesteriez, on ne sait jamais !, je vous serais gré alors de vouloir me dire quel était, selon vous, l’objet et le contenu de cet entretien que nous avons eu, je le répète, le 13 juillet 1998, à 14 h 30.

     

     

    §       Le deuxième fait 

     

     

    Ce fait concerne la terrifiante lettre signée par Monsieur Thierry DETIENNE seul, que vous m’aviez transmise le 15 juillet 1998 à 14 h15.

     

    Je souhaite que vous reconnaissiez que le contenu de cette lettre, de ce récit imaginaire a été conçu et élaboré avant le 13 juillet 1998, c’est-à-dire avant notre entretien précité qui avait lieu ce même jour, par vous et avec la complicité de vos compagnons de route.

     

    Et ceci, avec l’intention de la diffuser, en cas de résistance de ma part, dans le seul but de tromper l'opinion publique, de manipuler les médias et les autorités publiques, et de tenter ainsi de broyer dans la confusion la grève de la faim que j'avais engagée six jours plus tôt.

     

    Pour assurer la transition entre les faits que je viens d’évoquer et les deux autres que j’évoquerai ci-après, permettez-moi ici de vous poser les questions suivantes :

    §       La première question 

     

     

    Le 15 juillet 1998, après avoir lu votre lettre suscitée, si j’étais retourné chez-moi dompté,  en mettant un terme à la grève de la faim, sans me poser de questions ni vous poser les questions que j’ai posées durant ces longues années durant lesquels j’ai survécu dans la rue et vécu la terrible humiliation au quotidien, n’auriez-vous pas téléphoné au « Parquet de Liège » pour demander « un médecin » en vue de me faire examiner pour savoir si je ne souffrais pas d’une éventuelle perturbation mentale, et ce, par crainte de me voir me suicider chez-moi et de vous voir « inculpé ne fut-ce que pour non assistance à personne en danger » ?

     

     

    §       La deuxième question

     

     

    Dans la lettre du 22 mars 1999, que vous aviez envoyée au Ministre de la Justice, vous lui aviez posé cette question : « Monsieur Mustafa SARI a adressé une requête à votre prédécesseur en date du 4 février 1998. Le 9 avril, ce dernier lui envoyait un courrier dans lequel il précisait que la demande d'enquête a été transmise aux autorités compétentes. A quelle date la requête du 4 février a-t-elle été transmise et quelles sont précisément les autorités compétentes auxquelles il est fait allusion ? Avez-vous reçu une réponse de ces autorités compétentes ? Si oui, à quelle date ? »

     

    Quand et qui avait-il transmis cette question précise aux parlementaires fédéraux écolos en les priant de la poser au Ministre de la Justice ? Et pourriez-vous nous dire enfin ce que, selon vous, signifierait cette phrase magique : « il y a séparation des pouvoirs quant au fond » ?

     

     

    §       Le troisième fait 

     

     

    Celui-ci concerne la « protection judiciaire » dont j’ai eu l’honneur et le privilège d’être « bénéficiaire », à savoir ma mise en observation psychiatrique par ordonnance judiciaire.

     

    Je souhaite que vous reconnaissiez que la mise en scène de ce vieux projet cher à Madame Anne THILY, Procureur Général près la Cour d’Appel de Liège -, a été élaborée par vous, en Patriarche blessé dans son Orgueil, dès le mois de novembre 1998, et a été mis en œuvre le 19 mars 1999 afin de tenter de mettre un terme à la résistance que j’assumais en Hors-Château depuis plus de sept mois, et que, par la suite, j’ai assumée encore durant trois ans ;

     

    Et cela, en agissant par l’intermédiaire de Monsieur Louis Genet pour mieux dissimuler votre collaboration étroite avec les magistrats concernés du Parquet de Liège - dont notamment Monsieur le Premier Substitut Pierre Wilmart -, et du Parquet général - dont précisément Madame le Procureur Général Anne Thily et son Avocat Général Madame Andrée SPRIESTERBACH.

    §       Le quatrième fait

     

     

    Je souhaite également voir reconnu par vous le fait suivant qui concerne l’hypothèse selon laquelle j’aurais voulu me suicider le 19 mars 1999 devant « votre porte » : 

     

    A ma connaissance, vous aviez rendu publique cette « hypothèse » dès le 26 juillet 1998 pour instiller la peur parmi les gens. Et, durant les huit mois suivants, vous aviez tout fait pour la distiller dans l’inconscient de tout venant et de tout passant avant de tenter de la transformer en « Vérité » en la soumettant au contrôle de l’expérience, c’est-à-dire à l’examen du « médecin du Parquet de Liège » afin d’adapter la réalité à vos aspirations communes avec les Magistrats concernés dudit Parquet.

     

     

    §         Les preuves

     

     

    Si vous estimez qu’il vous manque des preuves matérielles irréfutables devant appuyer la reconnaissance de la « réalité objective » de chacun de ces trois faits, je reste à votre entière disposition jusqu’au 12 mars prochain pour vous les fournir sans aucune réserve.

     

    Passé ce délai, aucun échange ni dialogue ne sera plus possible entre vous et moi. Et lorsque j’entamerai la grève de la faim, je ne laisserai pas non plus engager, sur place, des discussions de quelques ordres que ce soit.

     

    C’est pourquoi, j’exposerai longuement à la deuxième partie, page 13, l’historique des événements relatifs à chacun de ces faits, et vous trouverez,

     

    -   à la page 20, l’historique des événements relatifs au premier fait,

    -   à la page 30, celui qui est relatif au deuxième fait,

    -   et à la page 47, celui qui concerne le troisième fait.

     

    Et cela, la prudence oblige encore, après avoir soulevé les deux autres éléments de la vile propagande dont vous avez le secret quant à son élaboration et sa diffusion, comme vous en avez fait preuve dans le passé, et comme vous pourriez encore en être tenté demain ; le premier élément étant l’alibi de forme dont je vous ai entretenu dans l’introduction.

     

     

    §        La stratégie de manipulation

     

     

    a.  Concernant les prétendues victimes

     

     

    « José DARAS, actuel ministre wallon des Transports, se montre excessivement agressif lorsqu’on évoque Mustafa Sari. Après avoir  estimé que « Le journal du mardi » n’a rien trouvé d’autre pour casser Ecolo, le ministre d’Etat affirme : « Je ne suis pas concerné, je suis victime !  Si j’avais pu lui apporter une réponse, je l’aurais fait. Mais ces réponses ne dépendent pas de nous. Plus aucun journaliste ne relaie cette affaire parce qu’ils se rendent compte que nous sommes victimes d’un type pour lequel on ne peut rien ! »

     

    Vous disiez, donc, que vous n’étiez pas concerné, mais vous ne disiez pas par quoi et pourquoi vous ne l’étiez pas. Vous disiez que vous l’auriez fait si vous aviez pu apporter une réponse, mais vous ne disiez pas à quelle question ou à quelle demande il fallait apporter réponse. En authentique pervers, vous disiez sans dire, vous montriez pour cacher. Vous donniez l’impression de préciser alors que vous jouiez avec les mots pour mieux laisser la signification dans le vague, en tentant, une fois encore, de prendre l’ascendance sur tout ce qui bouge en exprimant, en bon joueur de rôle, votre prétendue « colère » légendaire.

     

    Alors, après avoir lu, le 29 février 2000, vos propos suscités dans la presse, je vous avais adressé une lettre que j’avais entamée par « Pauvre type, … », et j’avais joint à celle-ci les copies de certains études et travaux d’ordre psychiatrique pour vous expliquer comment et pourquoi un manipulateur patenté joue à fond, et avec jubilation, son « rôle » de victime dans les dangereuses dérives de la perversion.

     

    La perversion à laquelle on a affaire ici, est celle du sens et de la moralité, comme le définit le psychiatre Jean-Pierre Winter qui, parlant de Jean-Marie Le Pen, néo-fasciste français, écrit : « Il joue tout le temps sur les limites des mots et leur sens, il est toujours en train de faire dériver les mots vers un sens approximatif, vague, ou au contraire il reprécise ou donne l’impression de le faire, mais à un endroit où il y a une convention tacite de laisser cette signification dans le vague. Constamment il remet en question le sens commun, joue avec les « détails ». En torturant la langue, il témoigne précisément du rapport qu’il a à la réalité pour qu’elle corresponde à ses aspirations, ou en tout cas à ses désirs. »

     

    Précisément, la « sagesse » du pervers est d’éluder quand une question directe lui est posée. Sa « grandeur » est de semer la confusion et la suspicion par le mensonge, la manipulation, la propagande pour la satisfaction de son abjection, et de vouloir réduire l’autre à l’impuissance par la mainmise sur l’information réelle, et de tenter ainsi de disqualifier l’autre notamment par abus de pouvoir, de fonction, de réputation et de confiance : vous en avez fait toutes les preuves durant ces longues années en Hors-Château, comme nous le constaterons tout au long des pages suivantes. Ici, je me contente d’en rester là.

     

     

    b.  L’une de vos méthodes de  communication 

     

     

    Il s’agit d’une redoutable méthode de manipulation, la vôtre, que j’ai combattue au quotidien devant la porte de votre parti durant trois ans et demi, et qui se résume en une formule « qui dit, mais qui ne dit pas ce qu’il dit » : « Quand nous répondons à ses questions, Mustafa Sari en pose d’autres et il met en cause notre honnêteté. »

    Dans un livre, dont je viens d’achever la rédaction, j’ai tenté, à la fois, d’expliquer comment vous pratiquez cette méthode et de montrer comment je lui ai fait face :

     

    « Lorsque vous posez une question à ces personnes, elles vous donnent « une » réponse qui est nécessairement, et non seulement, à côté de la question, mais en plus cette prétendue réponse en suscite d’autres. Alors, au lieu d’avoir une question, vous en avez quelques-unes sur les bras. Que faire alors ?

     

    C’est très simple. Vous leur reposer la question initiale et vous lui joignez les nouvelles. Ainsi de suite.

     

    Puis, ils se parent de l’oripeau de victimes et vous disent : « Quand nous répondons à vos questions, vous en posez d’autres. Voulez-vous une réponse ou la réponse attendue ? Vous semblez être atteint d’une maladie que nous imaginons être proche de la paranoïa. »

     

    Vous leur rappelez alors les propos du prélat Bossuet : « Dieu se rit des créatures qui déplorent les effets dont elles chérissent les causes. »

     

    Peu importe donc ce qu’il vous dise pour vous intimider, vous continuez à leur poser vos questions sans vous laisser impressionner par leurs agissements, ni vous résigner par la lassitude et par l’usure du temps.

     

    Mais, ne leur posez jamais deux questions à la fois car la prétendue réponse à l’une d’elles, qui fait diversion, n’aura pour but que de noyer l’autre dans la confusion. Il faut les leur poser une à une avec patience et persévérance.

     

    N’oubliez pas que, dans le temps, la réalité, qui n’a pas d’équivalent, vient confondre le menteur. Quelle que soit l’ampleur de la trame mensongère que peut présenter le menteur expérimenté, elle ne parviendra jamais à recouvrir la texture entière du réel.

     

     

    Exemple :

     

     

    Au mois d’octobre 2000, un groupe de citoyens avait engagé une grève de la faim collective. En cours de cette action de solidarité, Monsieur Jean-Paul Brilmaker était intervenu comme médiateur et il avait pour interlocuteur écolo Madame Gerkens qui lui écrivait le 20 décembre 2000 : 

     

    « Le rôle de médiateur ne correspond pas selon nous à être intermédiaire entre un interlocuteur qui interroge et un autre qui répond. Ceci d’autant plus que l’important ne semble pas être d’avoir une réponse mais bien d’avoir la réponse attendue. »

     

    Pour elle, l’important, pour moi, ne devrait donc pas être d’avoir « la » réponse à la question posée mais bien de réceptionner - en pantin - « une » réponse qu’ils construisaient pendant des semaines afin d’adapter la réalité à leur désir.

     

    -                     A quelle heure avez- vous mangé hier soir ?

    -                     Nous avons mangé des cervelas.

     

    -                     A quelle heure avez- vous mangé hier soir ?

    -                     Nous avons mangé des cervelas avec des frites.

     

    -                     A quelle heure avez- vous mangé hier soir ?

    -                     Nous avons mangé des cervelas avec des frites à la mayonnaise.

     

    -                     A quelle heure avez- vous mangé hier soir ?

    -       Mais enfin ! « Il est paranoïaque, veut-il une réponse ou la réponse attendue? »  (C’est le raisonnement-type de ces gens-là, Monsieur !)

     

    Avez-vous compris à quelle heure ils avaient mangé ? Non. Peu importe pour eux ; vous avez la première « une » réponse, la deuxième « une » réponse  et la troisième « une » réponse. In fine, vous avez la question et des « unes » réponses mais jamais la réponse à la question posée.

     

    Lorsque j’ai vu et lu comment ils construisaient leur « une » réponse, j’avoue que j’ai été secoué : Detienne rédige un récit de base intitulé « un premier jet de commentaires ». Ensuite, il communique son premier « jet » à Madame Gerkens qui le lit et qui rédige, à son tour, ses commentaires du genre : si on disait ceci comme ça, si on ajoutait cela à telle phrase, si on mettait tel paragraphe sous cette forme, si on réunissait les paragraphes comme ceci ou comme cela. Etcetera . Puis, elle les communique à DARAS, ainsi de suite. Au bout de quelques mois, ils finissent par construire un récit imaginaire afin d’adapter les faits et la réalité à leurs aspirations ; récit qu’ils nomment précisément « une » réponse. Ils espèrent ainsi obtenir la résignation de l’autre par la lassitude et par usure du temps.

     

    Prenons un exemple précis parmi tant d’autres : les citoyens en grève de la faim, avaient remis au médiateur une liste de faits que nous souhaitions voir reconnus par les mandataires écolos. L’un de ces faits était formulé comme suit : « Le principe de séparation des pouvoirs, dont Detienne fait état dans sa lettre du 15 juillet 1998, était irrelevant et ne pouvait être invoqué au stade d'information sur l'état d’introduction d’une procédure. »

     

    Voici un petit extrait du récit de base suggestif qui a été construit par la psychologue Gerkens : « Concernant, écrit-elle à Detienne, la séparation des pouvoirs, j’ai dit - au médiateur – que je t’en parlerai car, lui suggère-t-elle, si les choses s’étaient passées sereinement, Sari et toi, vous auriez pu élaborer une suite au courrier du 15 juillet en vous expliquant vos perceptions différentes et on pourrait se dire que l’interaction entre le fond de la requête, suivi de la requête et la forme judiciaire de l’acte politique du Ministre, a abouti au constat de séparation des pouvoirs ». Alors, n’hésitez surtout  pas, en temps voulu, à leur demander s’ils comprennent ce que vous n’avez pas compris et à leur demander, par exemple, ce qui peut bien signifier « la forme judiciaire de l’acte politique du Ministre ». »

     

    Dans les semaines à venir, Monsieur José DARAS, je ne vous poserai plus, mais vraiment pas, la même question, deux fois.

      

     

     

     

    La DeuxiÈme partie

     

    Diverses considérations et

    l’historique des événements

     

     

     

    §        L’introduction

     

     Personnellement, je n’ai nullement besoin, Monsieur le Ministre, de votre reconnaissance d’un quelconque fait, ni de votre réponse à une question quelconque pour établir la « vérité objective » et la dire. De fait, tous les faits sont établis et chaque question a sa réponse, à présent.

     

    Mais, la vérité dite par moi seul, donc d’une façon unilatérale, ainsi que les faits établis et les réponses obtenues, ne peuvent être considérés, en droit, que comme des éléments de preuve et ne peuvent être reconnus que par moi seul. Ils n’ont donc aucune valeur juridique et ne peuvent être transformés en preuves – infirmées ou confirmées - que par une enquête menée par qui de droit et conformément aux normes (lois) et aux règles et principes du droit.

     

    Dès lors, il incombe aux autorités judiciaires de chercher la vérité, notamment, à la lumière de ces faits et réponses, et de dire le droit ; exposer le comment et le pourquoi de ce qui s’est passé en Hors-Château, devant la porte de votre parti, durant trois ans et demi, du 9 juillet 1998 au 7 janvier 2002.

     

    Mais dans ce dossier - et comme vous ne l’ignorez point -, lesdites autorités, vos complices, juges et parties à la fois, ont fini par substituer la loi du plus fort et l’abus du pouvoir au droit ; elles ont transmué l’Etat de droit en Etat de contrainte, et la justice en un moyen d’oppression, d’intimidation et de menace, dont disposeraient les puissants à l’encontre des faibles considérés comme de la poussière dans les rouages.

     

    Alors, que faire ici et maintenant, là où, comme l'écrivait Mirabeau, « La ligne rouge est franchie par l'autorité qui devient arbitraire et oppressive, qui attente aux propriétés pour la protection desquelles elle fut instituée, et rompt le contrat qui lui assura des droits, et la limita » ? Comment faire ou que faire encore pour continuer à croire que l’on peut substituer la justice à la violence, et pour tenter de convaincre les dieux de la vengeance, de la supériorité intrinsèque du droit sur le rapport de force et sur l’arbitraire et l’abus de pouvoir ?

    Dit autrement, que puis-je ou que dois-je faire encore pour que la vérité soit dite et la justice rendue si ce n’est de vous demander de reconnaître la réalité des faits déjà établie, et partant, d’obtenir de vous la confirmation de la supériorité intrinsèque du droit sur le « rapport de force » - rapport de force  dont vous avez la gorge pleine -, et sur l’arbitraire et l’abus de pouvoir - l’arbitraire et l’abus que vous voudrez acquis.

     

    Comme je vous l’ai déjà fait savoir dans ma lettre du 9 février courant, ce que vous avez fait hier était une erreur, votre volonté de ne pas la reconnaître, et donc de la nier aujourd’hui pour mieux assurer la règne sans partage de l’arbitraire et de l’impunité, est une faute grave. Et, il ne peut être question, pour moi, de vous la pardonner pour deux raisons principales :

     

    Cela reviendra, d’abord, à prendre le risque inconsidéré de banaliser l’intolérable, et de faire des concessions inconsidérées sur des valeurs et principes fondamentaux auxquels, quoi qu’on en dise, je reste très attaché. Sans nul doute, vous conviendrez avec moi que « Tout compromis repose sur des concessions. Mais il ne peut y avoir de concession lorsqu’il s’agit des principes fondamentaux », comme le disait jadis le Mahatma Gandhi.

     

    Et ensuite, cela reviendra à laisser planer l’incertitude effroyable quant au futur. De fait, « Qu'un homme excuse et pardonne à celui qui lui a fait mal, contre son repentir et des garanties pour le futur », remarque Thomas Hobbes.  « En effet, dit-il, le pardon est la paix octroyée à celui qui demande la paix. » Mais, « C'est la crainte, lorsqu'un homme donne la paix à celui qui ne se repent pas, ni ne donne des garanties en faveur de la conservation de cette paix pour le temps à venir. Car celui qui ne se repent pas demeure avec l'affection d'un ennemi, tout comme également celui qui refuse de donner des garanties, est présumé ne pas chercher la paix, mais l'avantage. »

     

    Et, par conséquent, « il n'est pas commandé d'excuser de tels hommes. La loi de nature commande le pardon là où le temps futur est rendu sûr. »

     

    Pour rendre sûr le temps futur, qui est celui de nos enfants et des enfants du monde, il vous faut avouer, car avouer ses fautes et les assumer, c’est s’ouvrir à l’autre, demander le pardon et le recevoir, et donner ainsi des garanties pour le futur.

     

    Pour prolonger ces réflexions, je vous suggère, une dernière fois, de lire attentivement la requête que j’ai déposée, le 19 janvier dernier, entre les mains de Madame la Ministre de la Justice, et dont j’ai communiqué copie à Monsieur Olivier KINNEN, secrétaire local de votre parti ; j’y écrivais notamment ce qui suit concernant le fond de ce qui m’anime :

     

     

    « Je me vois dans l’obligation, Madame la Ministre, d’ouvrir ici cette parenthèse concernant ce que l’on pourrait appeler un malentendu au cas où vous considéreriez menaçants mes propos. Cet ultime appel que je me permets de vous adresser, me rappelle la figure mise en avant par Hannah Arendt dans les termes suivants :

     

    « Le meilleur critère pour juger si quelqu’un se trouve dépourvu de toute protection juridique, c’est de se demander s’il n’a pas intérêt à commettre un crime. Si un petit larcin a des chances d’améliorer sa situation juridique, même momentanément, on peut être sûr que cet individu a été déchu de ses droits de l’homme. Car un acte criminel devient alors la meilleure occasion de retrouver quelque égalité humaine, même si ce doit être en tant qu’exception reconnue à la norme. »

     

    Marie-France Hirigoyen la rejoint et écrit : « Dans la mesure où la victime s'est jusqu'alors montrée trop conciliante, il lui faut changer de stratégie et agir fermement sans craindre le conflit. En se plaçant à l'origine de la crise ouverte, elle peut paraître être l'agresseur, mais c'est un choix qu'il faut assumer car de lui seul peut venir un changement. La crise permet à la vie de renaître. Plus la crise est retardée, plus elle sera violente. »

     

     

    J’ai tenu à vous faire part de ces propos dans l’espoir, aussi, d’être bien compris quant aux probables événements qui pourraient avoir lieu durant l’action que j’engagerai devant votre porte, et en un premier temps, par une grève de la faim pour dire, une fois encore, « Non » à la violence, mais sans aucune certitude pour la suite. Car, rien ni aucune contrainte ne m’obligera à assumer la lâcheté que je méprise.

     

    Je tends l’oreille à Gandhi, et je me dis que, en effet, « La non-violence est mieux que la violence », mais « la violence est mieux que la lâcheté. » Je comprends donc que l’on ne puisse pas répondre par le droit à ceux qui ne le respectent pas, et qu’il faut alors leur répondre par l’intransigeance.

     

    Quant à la raison pour laquelle je vous interpelle personnellement aujourd’hui , j’avoue qu’il s’agit, là, de la tenue d’une promesse que j’avais faite, le 19 mars 1999, à « la jeune fille en pleur », qui, selon vous, « vous aurait supplié, ce jour-là, de faire quelque chose  ». Elle vous aurait supplié donc de faire quelque chose , mais de quoi s’agissait-il ? Mais d’une « chose » parmi les « choses », diriez-vous, simplement, n’est-ce pas ?

     

    Des « choses » que vous vous absteniez volontiers d’identifier à l’époque pour mieux couvrir et dissimuler vos mensonges avérés sur place, et les transformer, en coulisse, en vérités incontestables, et à votre meilleure convenance, et par tous les moyens, comme nous le verrons par la suite.

     

    « Patience et calme, disais-je, à « la jeune fille en pleur », José DARAS aussi vomira un jour la « chose » qu’il bouffe dans les coulisses depuis des mois, et qu’il croit pouvoir digérer impunément. »

     

    Je lui avais fait cette promesse à sa sortie de « chez-vous », en pleur, où elle était allée trouver non pas vous, car sa démarche ne vous concernait en rien, mais bien Monsieur Thierry DETIENNE pour lui demander de répondre aux questions que je lui posais depuis le 17 juillet 1998 date à laquelle j’ai eu avec lui un dernier entretien, et pour lui dire que « ça allait mal  tourner », or elle savait que la seule consolation que l’on peut avoir avec les pervers, c’est se dire « cela va mal tourner », comme le disait Freud.

     

    Ce jour-là, tout avait commencé par la lettre de provocation que Monsieur DETIENNE m’avait transmise à 15 h 45 en présence précisément, et non pas par hasard, de « la jeune fille en pleur » qui venait d’arriver sur place. Mais en réalité, c’était vous qui lui avez fait signer cette lettre ainsi qu’à Madame Muriel GERKENS, afin de mettre en œuvre la tristement célébre stratégie de tension que vous aviez élaborée durant six mois. Ainsi, vous croyiez atteindre, ce jour-là, le but que vous vous étiez proposé d’atteindre dès le mois de novembre 1998.

     

    De fait, vous croyiez agir en Maître de cérémonie dans les coulisses obscures, alors que je n’ignorais rien, mais vraiment rien, de vos agissements depuis le début. Je comptais bien ouvrir un jour les rideaux, et vous inviter sur la scène : ce qui fut fait aussi ce même jour à 20 h 30. 

     

    Mais « la jeune fille en pleur »  ne savait pas – ni ne comprenait – ce qu’est la « stratégie de tension », et manifestait à votre face sa révolte légitime en tant que personne douée de raison.

     

    Afin de lever le poids de l'ambiguïté des mots et des non-dits, et d’accéder ainsi à la liberté, je lui cède, ici, la parole pour qu’elle raconte le développement des événements qu’elle a vécus sur place, et ce, via son courrier adressé à Madame Muriel Gerkens ;

     

    Et je me permets de mettre en caractère gras une phrase dans ce courrier pour y attirer votre attention particulière eu égard à son importance quant à ma demande de reconnaissance des deux faits parmi les autres, à savoir les faits relatifs à ma mise en observation psychiatrique :

     

     

    « Le 29 novembre 2000.

     

    Madame  Gerkens,

     

    Monsieur Sari m’a communiqué un courrier daté du 28/11/00 que je suppose être le vôtre, dans le cadre de la médiation de Monsieur Brilmaker, et je tenais à réagir personnellement à celui-ci puisque j’y suis citée. Je pense donc être la mieux placée pour connaître la raison pour laquelle je suis montée en vos bureaux le 19 mars 1999.

     

    La mauvaise foi avec laquelle vous continuiez à répondre est tout simplement choquante, et révoltante quand les enjeux sont ceux d’un combat de 22 ans, désintéressé et sans relâche ; un combat pour une démocratie soucieuse du plus faible et non du plus fort ; pour le respect des droits de chacun à la dignité la plus élémentaire ; et donc contre ceux qui, investis d’une quelconque fonction à responsabilité publique, détournent les objectifs premiers de celle-ci à des fins personnelles ou encore dans l’intérêt d’une minorité à préserver et contre l’intérêt général.

     

    Plus particulièrement, comme vous n’êtes pas sans le savoir, c’est depuis 5 ans le combat d’un homme qui souhaite que toute la lumière soit faite sur une affaire soi-disant judiciaire. Sur son parcours, il a été amené à solliciter l’intervention des parlementaires fédéraux, dans le cadre de leur pouvoir et de leur devoir de contrôle sur l’exécutif dont le Ministre de la Justice, et son choix s’est porté sur les parlementaires ECOLO, alors dans l’opposition certes mais néanmoins parlementaires à part entière.

     

    Apparemment, bien mal lui en a pris…

     

    Ceux-ci ont accepté dans un premier temps de relayer sa demande auprès du Ministre de la Justice, et puis soudainement, ils ont « appris » que, comme ils le « redoutaient », il y avait en réalité séparation des pouvoirs, et que, de plus, le Ministre refusait de répondre à des questions relatives à un dossier personnel.

     

    Depuis, ils n’ont pas dévié ou si peu de la trajectoire qu’ils se sont fixée, et quand on leur demande (est-ce si difficile pour un parlementaire d’y répondre ?) par rapport à quelle demande il y avait séparation des pouvoirs, quand, ô suprême audace on insiste, quitte à résister plus de deux ans dans une voiture,

     

    Ils font la fine bouche et finissent, excédés, par faire savoir que dorénavant ils ne répondront plus à une question de plus, vous comprenez cette situation dure depuis trop longtemps et nous n’avons pas que cela à faire, il y a des combats plus importants à mener contre par exemple la nuisance sonore des aéroports ou l’ouverture des centres fermés.

     

    Je passerai le détail des différents courriers qui témoignent, par les contradictions incroyables dont vous avez fait montre, que cette affaire a pris des dimensions plus que troublantes.

     

    Ce qui m’amène, après ce petit intermède, à l’objet principal de la présente : pourquoi diable suis-je montée «en pleurs » dans vos bureaux le 19 mars 1999 ? Ma foi, je vais vous l’expliquer en détails puisque là encore, vous ne manquez pas d’imagination ou plutôt vous relatez les faits d’une manière telle, que ceux-ci sont tout à coup, méconnaissables pour ceux-là même qui les ont vécus –omettant ceci, accentuant cela- ce qui, vous le comprendrez aisément, ne peut être passé sous silence.

     

    C’est la révolte que j’éprouve à nouveau aujourd’hui face à tant de mauvaise foi, qui m’avait amenée à entreprendre cette démarche : il m’était, tout simplement, impossible de laisser passer une «chose » pareille. Quelle était cette chose ? Hé bien, VOUS AFFIRMIEZ DANS VOTRE COURRIER DU MEME JOUR (19 mars 1999 donc, pour mémoire) QUE VOUS AVIEZ DEJA REPONDU AUX QUESTIONS POSEES PAR M. SARI, et que par conséquent vous ne voyiez plus, en effet, l’intérêt de continuer un quelconque échange de courrier supplémentaire (nous y étions déjà).

     

    OR, TEL N’ETAIT PAS LE CAS, COMME VOUS NE POUVIEZ L’IGNORER, et c’est votre mensonge qui m’a révoltée, et lui seul, car j’en connaissais, en effet, les conséquences pour M. Sari qui attendait beaucoup de votre réponse, étant donné qu’elle permettrait enfin d’éclaircir une situation, que vous avez admirablement réussi à rendre confuse. En passant, je vous adresse d’ailleurs mes plus sincères félicitations pour cet art dans lequel vous semblez exceller. Ma foi, si j’étais mécène, je ne manquerais certainement pas de contribuer à ce que soit enfin reconnu votre génie qui n’est hélas pas encore jaugé à sa juste mesure.

     

    Et M. Sari vous avait en effet adressé un ultimatum : « J’attends votre réponse, jusqu’à ce vendredi 22 h. » Avoir attendu celle-ci plus de sept mois, il me semble que c’est avoir déjà fait preuve d’une grande patience. Elle avait atteint ses limites, probablement. Et vous aviez compris que ce jour là, M. Sari ne vous laisserait pas sortir sans répondre. Mais comment ? En faisant appel à la violence ? En portant atteinte à votre «intégrité » physique ? Cela, nul ne le savait, et sans doute pas même M. Sari. Mais tout pouvait en effet arriver. Et vous avez préféré écrire que vous aviez «déjà répondu », plutôt que de donner cette fameuse réponse.

     

    Revenons donc à nos moutons : vous aviez menti, une fois de plus mais, pour moi qui avais suivi l’affaire depuis longtemps, une fois de trop (ah ! les mystères de la psychologie), et je suis donc montée dans vos bureaux. Monsieur Detienne a tout d’abord refusé d’examiner avec moi la lettre dans laquelle  il «aurait répondu ». Toujours dans le même état d’esprit, je suis donc remontée une heure plus tard environ (vers 17h30), et Monsieur DETIENNE, après avoir dit : « Mais si je réponds à cette question, SARI VA REVENIR SUR LA LETTRE DU 15 JUILLET » (étonnant, n’est-ce pas, de la part de quelqu’un qui a bien fait son travail), Monsieur Detienne donc a accepté de reprendre le courrier et … force lui a été de constater qu’il n’avait pas répondu. Tonnerre de Brest, comme dirait ce cher Capitaine Haddock.

     

    D’où, d’ailleurs, le courrier qui suivra : « D’après la conversation que nous avons eue avec Mademoiselle Delphine ULLENS.» C’est vrai que les écrits de M. Sari, sont parfois rédigés dans un français trop précis que pour être bien compris.

     

    La tension est donc tout naturellement retombée, puisque les bases de la communication étaient enfin à peu près rétablies (objectives ? kèskesè ?). Ce n’était donc pas le fruit d’un miracle divin ou d’un «soudain » retournement de situation. Je suis alors remontée dans vos bureaux (j’ai heureusement une condition physique qui me permet ce genre d’exercice plusieurs fois par jour), cette fois à la demande de M. SARI, pour vous remercier d’avoir enfin répondu quelques sept mois plus tard, et pour vous dire que les négociations pourraient reprendre dès lundi.

     

    Monsieur Daras a alors explosé littéralement, s’est fâché tout rouge et s’est écrié : « Et maintenant, il doit partir, ET PAR TOUS LES MOYENS ! ».

     

    Propos repris aussitôt par Monsieur Detienne (« Non, non, pas par tous les moyens… ») La suite, nous la connaissons, n’est-ce pas ?

     

    Voyez-vous, je préfère les propos - qu’on qualifie facilement d’outranciers pour mieux en occulter le sens - d’un homme révolté et blessé dans ses convictions, quand ils dénoncent des faits précis et vérifiables, à des propos politiquement corrects et certes modérés, mais qui reflètent une mentalité plus que compromissoire : compromis. 

     

    Désolée et inquiète.

     

    Je vous présente mes plus sincères doléances pour l’incommodité que cette situation de siège a dû vous faire subir,

     

    En vous priant de me croire, Toujours à votre service, Madame la Députée,

     

     

    Delphine ULLENS, Citoyenne. »

     

     

    Monsieur Daras a alors explosé littéralement, s’est fâché tout rouge et s’est écrié : « Et maintenant, il doit partir, ET PAR TOUS LES MOYENS ! ».

    Et j’y ajoute les propos ci-dessous, que le Docteur Pascal Roger, médecin du Parquet de Liège, tenait dans son rapport adressé à un Magistrat imaginaire par souci de laisser dans l’ombre le Vrai qui l’avait dépêché en Hors-Château, le 19 mars 1999, et à votre demande, afin de m’examiner pour savoir si je ne souffrais pas d’une éventuelle perturbation mentale :

     

     

    « MISSION :

     

    Je me suis rendu ce 19/03/1999 rue Hors-Château pour y examiner Monsieur Sari Mustafa. En fait, le patient est bien connu dans la mesure où voilà déjà plusieurs mois qu’il poursuit une grève de la faim en face des bureaux d’un sénateur. Aujourd’hui, Monsieur Sari a décidé de mettre un terme aux litiges qui l’oppose à ce sénateur. Il a pour se (sic) faire envoyer (sic) une lettre au Sénateur. Cette lettre laisse entendre que Monsieur Sari souhaite passer à l’action dès lundi mais il n’y a pas de précision. L’inquiétude est que le patient pourrait éventuellement se suicider. »

     

     

    Je crois que ces propos purement imaginaires ayant pour seul but de proclamer la « vérité efficace » mise en avant jadis par Machiavel, ainsi que ce que j’ai raconté jusqu’ici, sont de nature à vous faire bien comprendre, en un premier temps, la raison pour laquelle je vous interpelle personnellement aujourd’hui ; à vous faire comprendre que, le 19 mars 1999, le vil stratège pyromane qui, après avoir allumé le feu,  avait prétendu téléphoné au Parquet de Liège pour - chose étrange - appeler les pompiers, c’était bien vous.

     

    A présent, Monsieur l’ex-Sénateur, il vous faudrait définitivement quitter les coulisses, votre base arrière, où vous vous êtes volontairement enfermé depuis des années dans ce que l’on pourrait appeler votre « Réalité », un champ de pouvoir où se sont accumulés, pendant ces années, des vils mensonges couverts par le silence ; silence qui, parfois, peut être le plus cruel des mensonges comme il peut être plus grave que ce qu’il couvre ou dissimule.

     

    J’estime que vous êtes bien placé pour savoir ce qui couvre ou dissimule le silence qui était agencé hier par vous, et qui, aujourd’hui, est organisé aussi par vous. Et c’est grave.

     

    Car, il arrive le moment – et nous y sommes -, où les premiers mensonges sont perdus dans le lointain, estompés par la distance, souvent oubliés, et où les derniers en date empruntent déjà à leur enchaînement « logique », seule une apparence de vérité purement artificielle, comme sur une scène de théâtre où les accessoires réels contribuent à renforcer l’illusion du décor habilement peint par des honorables, mais redoutables, délinquants au col blanc.

     

    In fine, comme proclama Emile Zola dans « J’accuse » ; « Quand on enferme la vérité sous terre, elle s’y amasse, elle y prend une force telle d’explosion que, le jour qu’elle éclate (sic), elle fait tout sauter avec elle ».

     

    Justement, pour déterrer la vérité avant qu’elle éclate et fasse tout sauter avec elle, je me permets de vous proposer, ici, l’historique des événements relatifs, cette fois, à chaque fait que j’ai exposé plus haut, et que je souhaite voir reconnu par vous, et par vous seul.

     

     

    §       Les événements relatifs au premier fait :

     

     

    Le 9 juillet 1998, j’ai entamé une grève de la faim devant la porte de votre parti afin de soutenir la démarche que je souhaitais voir entreprise par les parlementaires fédéraux écolos en vertu de leur pouvoir de contrôle sur les actes de l’exécutif, dont le Ministre de la Justice.

     

     Le 13 juillet 1998, soit au quatrième jour de ladite grève, j'ai  eu un entretien avec vous et Monsieur Thierry Detienne. Lors de cet entretien, vous étiez le premier à prendre la parole pour me dire : « Voilà Mustafa, nous ne sommes pas au pouvoir, nous n'avons d'amis ni juge ni procureur, nous ne sommes pas responsables de ta situation et tu viens faire une grève de la faim devant chez-nous. Que veux-tu que nous fassions ? »

     

    Lorsque je vous ai répondu que les arguments que vous avanciez étaient de nature à justifier ma démarche, que vous sembliez oublier que ma demande adressée, le 19 juin 1998, aux parlementaires écolos fédéraux avait été favorablement accueillie par Thierry Detienne, et que la grève de la faim que je venais d’engager était prévue depuis le 5 juin 1998, vous m'avez répondu : « En te connaissant, cela ne m'étonne pas. »

     

    Ensuite, vous avez commencé à m'entretenir, hors contexte, du « principe de séparation des pouvoirs ». Mais vous avez immédiatement mis fin à votre argumentation lorsque je vous ai dit que je ne voyais pas le rapport entre l'objet de la demande que j’avais adressée aux parlementaires écolos et ledit principe.

     

    Vous n’avez plus rien dit, et vous avez cédé la parole à Monsieur Thierry Detienne qui, à son tour, a commencé à m'entretenir, hors contexte, du caractère « individuel » de l’affaire originelle qui me préoccupe depuis le 21 juin 1995, et qui m’avait conduit devant « votre porte » en cours de la procédure. Il essayait de me faire comprendre que le Ministre de la Justice ne pouvait statuer sur un dossier à caractère individuel, personnel disait-il, c’est-à-dire sur un dossier dont le traitement est de la compétence exclusive du pouvoir judiciaire, à savoir des Cours et des Tribunaux.

     

    Il a également mis fin à l'exposé de son argumentation lorsque je lui ai répondu que je ne voyais pas non plus le rapport entre ma demande adressée aux parlementaires écolos par son intermédiaire, et le caractère « individuel » du dossier originel qui avait été traité par des juridictions compétentes, et qui avait définitivement été clôturé par l’arrêt de la Chambre des Mises en Accusation de Liège, rendu le 17 avril 1997, comme vous ne l’ignoriez point.

     

    Tout semblait enfin être clair comme de l'eau de roche. Il n'y avait plus donc ni confusion ni malentendu. Il ne restait plus que de poser « la question » au Ministre de la Justice et à en obtenir réponse. Monsieur Detienne m'a proposé alors de monter dans son bureau au premier étage - l’entretien s’étant déroulé au rez-de-chaussée - pour téléphoner au Cabinet du Ministre et lui poser la question précise – et laquelle ? - qui constituait l’objet de ma demande adressée aux parlementaires. Dans son bureau et en votre présence, Monsieur Detienne a eu le culot de simuler une communication téléphonique avec son interlocuteur imaginaire au Cabinet imaginé du Ministre fantôme de la Justice.

     

    Comme j’ai pu le comprendre lorsque j’ai lu, deux jours plus tard, votre lettre du 15 juillet citée plus haut, dans votre imagination, vous vous étiez déjà fait confirmer, vous-même et à vous-même, « ce que vous auriez redouté », à savoir que « le Ministre de la Justice ne peut arbitrer le travail des autorités judiciaires ni interférer dans les décisions de celles-ci. C’est la conséquence du principe de séparation des pouvoirs » ;

     

    Et ceci – et c’est fondamental -, pour mieux laisser sous-entendre, par la suite, qu’à défaut de ne pouvoir me le faire comprendre et de me le faire admettre, vous-même, vous auriez éprouvé le besoin de le faire confirmer, « et en ma présence ! », par un membre du Cabinet du Ministre : le crime parfait !

     

    J’ai quitté votre bureau en souriant, et j’ai regagné ma voiture, tout en observant que mon scepticisme apparent face à la mise en scène de votre pitoyable scénario, vous avait fort inquiété.

     

    En effet, force m’était constater que vous, Monsieur José DARAS, aviez une affinité singulière avec ce « principe de séparation des pouvoirs » vu la discussion que nous avons eue à ce propos, après l'entretien précité, à côté de ma voiture, sur le trottoir en face de « chez vous » et à votre demande ;

     

    En cours de cette discussion, j'ai même dû sortir de ma voiture le manuel de la procédure pénale – le vieux bouquin, comme vous le dites -, pour vous en lire quelques passages afin de contredire les propos pour le moins étonnants que vous teniez encore et toujours à propos de ce même principe et des règles de fonctionnement de nos institutions afin de me persuader du « bien-fondé » de votre désir jamais avoué, pour mieux adapter vos aspirations à la réalité.

     

    Je tiens également à vous faire part, ici, des informations importantes tirées des notes prises par des citoyens avec lesquels vous et Monsieur Detienne, aviez une réunion le 1er février 1999.

     

    1- Monsieur Detienne avait reconnu que ma demande adressée aux parlementaires écolos, ne heurtait en rien le principe de séparation des pouvoirs. Mais il était aussitôt rattrapé par vous, et vous lui avez dit : « Si, si Thierry, il y avait séparation des pouvoirs quant au fond ». J’avais compris que dans le futur, j’aurai droit à un récit délirant, qui sera construit cette fois sur base de cet argument de fond sans que je puisse appréhender ce que vous entendiez par là.

     

    Ce qui signifiait que vous aviez effectivement la paternité de l’argument de principe de séparation des pouvoirs, dont vous m’aviez entretenu aussi lors de l’entretien du 13 juillet 1998.

     

    Qui plus est, un mois et demi plus tard, le récit délirant du 16 mars 1999 qui était signé aussi par Monsieur Detienne seul, avait en effet été construit sur base de ce même argument, alibi de fond.

     

    Ceci prouvait ce que j’avais toujours pensé, à savoir que Monsieur Detienne signait et me communiquait les récits que vous élaboriez avec Monsieur Louis Genet notamment.

     

    Par la suite, je n’ai pas changé mon attitude, et pour obtenir réponse aux trois questions que je posais, je n’ai interpellé que Monsieur Detienne, lui seul, puisque lui seul signait les récits.

     

    2. Maître Louis Genet, le même, était venu, au cours de cette réunion, vous interpeller et vous avait dit quelques mots à l’oreille ; vous l’aviez repoussé en lui disant « Non, non, ce n’est pas opportun maintenant ».

     

    Ceci prouvait simplement que Louis Genet continuait à s’intéresser à l’affaire de très près.

     

    J’avais également compris que c’était vous et Maître Louis Genet, qui agissiez en collaboration étroite avec le Parquet Général de Liège, qui alimentiez la propagande axée sur l’hypothèse de maladie mentale, et qui aviez suggéré à Detienne de me transmettre en douceur, cet ordre qui m’intimait de retourner chez moi, dompté, et d’oublier cette affaire, celle du terrorisme d’Etat ; et que si je persistais dans mon « obstination » à vouloir obtenir réponse aux questions que je posais, je risquais d’être conduit dans un Goulag.

     

    L’histoire ne s’arrête pas là, car je publierai, en temps opportun, les innombrables récits que, par la suite, vous avez construits, et diffusés, sur base de cet alibi du « principe de séparation des pouvoirs » ; alibi dont vous vous êtes servi comme instrument de manipulation de l’ignorance et de la crédulité des gens, et dont, je le souligne, vous avez eu la paternité.

     

    Des récits délirants à un point tel que, deux ans et demi plus tard, Madame la députée « psychologue » Muriel Gerkens semblait être suffoquée dans la spirale de mensonges, de manipulations et de falsification que vous n’aviez cessé d’agencer dans l’obscurité des coulisses ; spirale dans laquelle elle cherchait Kafka.

     

    En effet, dans ses « notes » du 13 novembre 2000 concernant l’élaboration de l’un de vos célébres récits, elle vous écrivait : « Je ne vois pas comment argumenter autrement que ne l'a fait Thierry. Si seulement Kafka était encore parmi nous. » ….

     

     

    Louis GENET.

    Qui est-ce ce chien de garde, et que veut-il ?

     

    Le jour où j’ai été mis sous mandat d’arrêt pour motif de détournement de fond au préjudice de l’ASBL « La Maison des Turcs », j'ai d'abord reçu la visite de Maître Julien Pierre, avocat au Barreau de Liège.

     

    Après m’avoir salué, « Monsieur Sari, pour la première fois j'ai honte de mon pays », me disait-il. Connaissant l’individu et donnant donc le sens approprié à la honte qu’il ne peut éprouver, je lui ai posé une seule question : je lui ai demandé comment les magistrats et auxiliaires qui venaient d’exécuter leur sale besogne, allaient pouvoir faire pour s’en sortir. La réponse terrifiante était : « Ils trouveront toujours quelque chose pour vous faire condamner, Monsieur Sari. » Ce à quoi j’ai répondu : « Je leur souhaite bonne chance. »

     

    J'ai ensuite reçu la visite de Maître Louis Genet : étant membre du Conseil d'administration de ladite association depuis sa fondation, et à lire le motif du mandat d'arrêt, il a avalé de travers la chique qu'il suçait. Il n'y avait vraiment pas grand chose à se dire.

     

    J’ai demandé à chacun d’eux, de consulter le dossier du « terrorisme d’Etat » très mal dissimulé sous couvert d’une prétendue affaire judiciaire, et de revenir me voir pour savoir ce qu'on allait pouvoir faire par la suite. Je ne les ai revus que le 26 juin lors de l'audience de la Chambre du conseil.

     

    Juste après ma libération ce même jour, soit le 26 juin 1995, nous nous sommes réunis, J. Pierre, L. Genet et moi-même, dans le cabinet de ce dernier. Les deux avocats soutenaient et tentaient de me persuader, qu'il fallait oublier ce dossier, cette affaire, que le Parquet fera tout pour le faire traîner jusqu'à la prescription.  Par la suite, ils ont soutenu cette thèse jusqu'au bout et n’ont strictement rien fait si ce n'est de tenter de me décourager systématiquement à chaque occasion.

     

    Je ne leur demandais rien mais ils figuraient dans le dossier comme mes conseils ; ce qui était sécurisant pour le Parquet et moi je n’avais besoin d’eux que pour savoir ce que précisément le Parquet pensait et surtout pensait faire dans cette affaire. Dès ma libération, j’avais pris la décision de digérer durant des mois, le Code de la procédure  pénale pour n’avoir précisément pas besoin d’avocat dans une affaire «sensible ! » de ce genre.

     

    Après la première grève de la faim d’une semaine, que j’avais présentée comme grève d’avertissement, j’ai pris le temps d’une vaste recherche et d’une longue réflexion et d’étude. Au terme de six mois, j’ai adressé le 2 janvier 1996 une longue lettre au Juge d'instruction Fernand Brasseur qui a immédiatement demandé à être dessaisi du dossier et obtenu satisfaction sur-le-champ le 5 janvier pour des motifs dits personnels.

     

    A la veille de la deuxième grève de la faim que j'ai menée devant le palais de Justice à Liège, nous nous sommes réunis, les deux avocats et moi-même, et à ma demande, dans le cabinet de Genet également. Après avoir tenté une fois encore de me persuader de leur thèse, mais en vain, ils m'ont conseillé alors de demander par la grève de la faim, un procès public, immédiat et équitable.

     

    J'ai marqué mon accord sans toutefois relever ce qui se dissimulait derrière la proposition. En effet, n'étant pas juriste, il fallait non seulement savoir que pour obtenir un tel procès devant la juridiction concernée, il fallait être renvoyé devant celle-ci par la Chambre du Conseil ou par la Chambre des Mises en Accusation, mais il fallait savoir aussi les graves conséquence de ce renvoi.

     

    En effet, par le simple renvoi du dossier devant le tribunal correctionnel, le Juge d'instruction Brasseur, le grand ami de Genet, ainsi que les membres concernés du Parquet, magistrats et auxiliaires, allaient être blanchis puisque la Chambre du Conseil ne peut renvoyer le dossier devant ladite juridiction que s'il y a des indices de culpabilité. Tant le Juge d'instruction que le Parquet - magistrats et auxiliaires - auraient été ainsi blanchis puisqu'ils auraient eu raison de faire ce qu'ils avaient fait vu les indices de culpabilités qui auraient été confirmés par la Chambre du Conseil.

     

    Le trente huitième jour de la grève de la faim, Genet est venu, pour me dire qu'il était convoqué par le parquet et qu'il viendra, après son entretien, me voir afin de m'informer du contenu de celui ci.

     

    Une heure plus tard, il est revenu : « Voilà Mustafa, me disait-il, les nouvelles sont très bonnes. Le Parquet requiert le non-lieu pour le motif du mandat d'arrêt à savoir le détournement de subsides de plus d'un million et demi de francs, mais il demande ton renvoi devant le tribunal correctionnel pour une dépense non justifiée d'un montant d'un million cinquante mille francs. Si tu es d'accord, le Parquet s'engage à fixer l'audience devant la Chambre du Conseil, dans les quinze jours, avant d'ajouter que je serais, en tous cas, acquitté devant le tribunal correctionnel.

     

    Je négociais ainsi avec des marchands ambulants de tapis égarés dans les couloirs d’un palais de justice, la fixation d’une audience devant le tribunal.

     

    Si le Parquet requiert le non-lieu, me disais-je en écoutant le Maître, pour le motif du mandat d'arrêt à savoir le détournement de subsides de plus d'un million et demi de francs, c’est que la dépense de cette somme était parfaitement justifiée.

     

    Alors d’où provenait-elle cette somme d'un montant d'un million cinquante mille francs dont la dépense aurait été injustifiée ? De nulle part ! Mais le Parquet, et avec l’aide de mes avocats qui n’avaient jamais ouvert le dossier, voulait me faire dépenser la même somme deux fois comme je le constaterai plus tard car, je n’avais encore jamais vu le dossier en ce moment, et je n’avais le droit de le voir que quarante-huit heures avant ma comparution devant la Chambre du Conseil.

     

    J. Pierre ne m’avait-il pas prévenu : « Ils trouveront toujours quelque chose pour vous faire condamner, monsieur Sari ». Il fallait donc inventer n’importe quel argument pour renvoyer le dossier, et non pas moi, devant le tribunal correctionnel.

     

    J'ai marqué une fois encore mon accord parce que c’était la seule possibilité d’obtenir la fixation par le Parquet, de l’audience de la Chambre du conseil. J'ai mis un terme à la grève de la faim deux jours plus tard, soit au quarantième jour, lorsque les deux avocats m’ont confirmé par écrit et à ma demande, ce qui vient d’être dit.

     

    J'ai reçu, le 4 juin 1996, la convocation à comparaître devant la Chambre du Conseil avec la possibilité de consulter le dossier quarante-huit heures précisément avant l'audience, soit le 5 et le 6 juin. Le 5 juin, après avoir travaillé toute la journée au greffe du tribunal correctionnel sur le dossier que je n'avais jamais vu, et je ne suis pas juriste, je me suis rendu à 18 heures au cabinet de Genet en saisissant le prétexte d’accompagner un de ses clients, et à titre de traducteur.

     

    Au terme de l'entretien au sujet du dossier de son client, Genet étonné de ma discrétion, m'a fait savoir qu'il avait reçu la convocation à comparaître devant la Chambre du Conseil et qu'il y enverrait son assistant pour renvoi de l'affaire devant le tribunal correctionnel puisque j'avais accepté, me précisait-il, la condition d'être renvoyé devant ce dernier.

     

    Je lui ai dit alors, après avoir souligné le caractère inqualifiable de son comportement et de celui de son confrère Julien Pierre, qu'ils feraient mieux d'aller plaider en connivence avec le parquet, l'existence des indices de culpabilité et donc le renvoi de l’affaire devant le tribunal correctionnel, tandis que moi, j'allais plaider tout seul l'inexistence des indices de culpabilité, et donc le non-lieu.

     

     

    Je reproduis ici les passages suivants d’un article de presse pour souligner que tous ces faits étaient bien connus par le public : « Aujourd’hui après 20 ans de combat, et sept grève de la faim qui ont fait suite à un mandat d’arrêt de 4 jours pour un dossier d’escroquerie (..), et trois autres dossiers périphériques menés dans la foulée, la justice a rendu non seulement une ordonnance de non-lieu sur accusation de détournement de fonds portant sur une somme d’un peu plus d’un million de francs, mais aussi un arrêt de non-lieu. Pour arriver à ce résultat, Mustafa Sari avait renvoyé ses avocats et avait entrepris un travail « colossal » quand on n’est pas juriste, pour démonter le mécanisme qui en faisait un coupable (…). « Le journal « La Meuse », le 13 juin 1997.

     

     

    J’ai alors vu en face de moi un homme qui, brusquement mis à nu, semblait avoir tout compris et s’écroulait dans son fauteuil. Il a commencé par me dire dans un état second et en délire : «Tu ne comprends pas Mustafa, Monsieur Delwaide, Président de la Chambre du Conseil, est fou. On ne peut pas plaider le non-lieu devant lui. Il va nous renvoyer sur les bancs de la faculté de droit. On compromettrait même, par un tel comportement, l'acquittement devant le tribunal correctionnel ». Après l'avoir écouté calmement, je lui ai dit qu'il était viré et je suis parti.

     

     Mais il avait tenu à appeler au secours son confrère J. Pierre qui m’a téléphoné le matin du jour de l’audience devant la Chambre du Conseil. Sur son insistance j’ai accepté de le rencontrer une heure avant l’audience dans un café sur la place du marché à Liège. Je lui ai fait savoir que je ne souhaitais pas lui dire quoi que ce soit concernant ma défense parce qu’il n’était plus mon avocat et que j’allais assurer ma défense moi-même.

     

    Après avoir tenté de me persuader que je faisais fausse route, et en vain, il m’a demandé de lui permettre au moins d’être présent à l’audience, ce qui ne me dérangeait point à condition qu’il ne dise mot. Il me l’a promis et il y est venu.

     

    Le Président n’étant pas au courant de ce qui se passait, a interpellé J. Pierre en lui signalant qu’il avait la parole. Alors que je me suis levé pour interpeller le Président et lui dire que j’allais assurer ma défense moi-même, l’avocat s’est adressé à ce dernier pour lui dire : « Monsieur le Président, Monsieur Sari va assurer sa défense lui-même. Je tiens cependant à vous dire que Monsieur Sari est un idéaliste dangereux et vous verrez pour qui. »

     

    Après avoir jeté un coup d’œil sur l’avocat, j’ai pris la parole et assuré ma défense : vous connaissez la suite .

     

    Etant ainsi persuadé de ma détermination d'aller jusqu'au bout aussi dans cette affaire et donc par crainte justifiée de me voir dévoiler un jour publiquement ses agissements d’avocat-collabo à propos desquels je détiens toutes les preuves matérielles d’une gravité extrême et auxquelles je regrette sincèrement de ne pas pouvoir réserver place ici, Genet a continué à agir, comme il se devait, en collaboration étroite avec le parquet et sur le front stalinien cette fois, afin d'assurer sa défense en solidarité avec ce dernier dans la pure tradition bolchevique.

     

    Persuadé chaque fois de pouvoir assurer ses arrières, il pousse l’ignominie au-delà de ses frontières sans jamais adoucir sa fierté de pervers accompli. Par la manipulation dont il est convaincu de détenir le secret divin quant à la pratique de celle-ci au quotidien, il pervertit tout ce qui l’entoure.

     

    Il se dit aussi psychothérapeute, adepte de Lacan. Dans une plainte qu’il avait rédigée et dont nous parlerons abondamment sans tarder, il écrivait à mon sujet : « De l’avis de spécialistes, la construction d’un tel délire peut correspondre à une psychose qui, en l’occurrence, désocialise l’individu en lui faisant adopter des conduites aberrantes ». Je lui avais posé la question de savoir de quels spécialistes il s’agissait pour que je puise aller me faire soigner par eux. La réponse qu’il m’a transmise par fax le 26 janvier 2001, était : « J. Lacan. »

     

    Il est aussi maître en art de poser des diagnostiques psychiatriques à la carte pour adapter la réalité à son désir. Et il écrit et discourt comme tout maître en art de manipulation, qui vous prend dans son histoire en vous racontant que c’est la vôtre, et vous impose son désir en vous laissant penser qu’il n’en a aucun.

     

    C’est un personnage hors du commun ! Selon ce que je lis dans les publications du parti écolo, on l’apprécie  pour sa « créativité » et son « imagination » très dévouée. Et cela ne m’étonne guère.

     

     

    « Le 1er juillet 1997

     

     

    Cher Mustafa,

     

    Réf. : A. et consorts & M.P.

     

    J’ai bien reçu ta lettre du 29 juin. Je crois comprendre de ton courrier que le parquet est à la base de ton arrestation et de ce que tu nommes le terrorisme d’Etat. Je partage bien ton avis et je pense donc que la suggestion que je te faisais de rencontrer Monsieur GOUTHIER est opportune.

     

    S’il faut combattre le terrorisme d’Etat, autant s’attaquer à ses acteurs et si j’en étais un, tu admettrais que je ne suis pas le principal.

     

    Ceci étant si c’est une explication publique que tu attends de ma part, je suis à ta disposition pour la donner. Je suis en ce qui me concerne prêt à reconnaître toutes mes erreurs et je confirme que j’en commets fréquemment. Je me soigne cependant comme je peux.

     

    Je te demanderai dans ce cas de convoquer les journalistes que tu souhaites pour ne pas être suspect de «manipulation » ou pour ne pas commettre une nouvelle erreur

     

    Je te prie de me croire.

     

    Cordialement dévoué.

     

    Louis Genet. »

     

     

    J’ai organisé la conférence de presse souhaitée par lui et avec son accord quant à l’heure et au jour que nous avons fixés lors de notre communication téléphonique que j’avais établie à partir de la Maison de la Presse. Je n’ai évidemment pas manqué de joindre à l’invitation que j’ai envoyée aux journalistes, la copie de sa lettre.

     

    Il n’a pas participé à la conférence parce que le Bâtonnier l’avait menacé des gros ennuis professionnels s’il y participait sur base de la dite lettre et lui avait conseillé de démentir celle-ci par un quelconque moyen, comme me l’a expliqué le Directeur de la Maison de la presse, à mon arrivée le jour de la conférence, et qui m’a remis une copie du communiqué que Genet avait publié à mon insu.

     

    Il y écrivait notamment « qu’il n’avait jamais cru au terrorisme d’Etat, qu’il m’aurait écrit cela pour entrer dans ma logique et m’amener pas à pas à la réalité, comme il l’aurait fait depuis 20 ans ».

     

    Je l’ai interpellé le lendemain à propos de son communiqué, pour savoir s’il n’avait pas trouvé un autre moyen de défense pour satisfaire les injonctions de son Bâtonnier, que d’aller s’inspirer de la poubelle stalinienne. Il m’a répondu par son courrier du 16 juillet 1997 : 

     

    « Je n’ai jamais utilisé, disait-il, le terme de « psychiatrie » à ton endroit : par contre, je ne suis pas le premier à te dire par exemple que mener sa vie sans entreprendre un métier n’est pas la réalité de tout le monde. J’entends encore ton fils dire en voyant la publicité mettant en scène GANDHI, Martin LUTHER KING et je ne sais plus quel homme célèbre pour son destin altruiste : « La photo de mon père devrait figurer à côté… »

     

    Il faisait ainsi, et une fois de plus, la preuve de sa qualité de pervers accompli avant de m’écrire sans le moindre scrupule qu’il m’aurait dit que mener sa vie sans entreprendre un métier n’est pas la réalité de tout le monde ; ce que non seulement je n’avais jamais entendu, mais surtout ce qu’il n’aurait jamais osé dire, et de quel droit.

    Et dire « la photo de mon père devrait figurer à côté… », signifierait simplement « mon père n’a pas de métier » tout comme Gandhi, Luther King et Mandela ! Ce que j’avais aussi entendu pour la première fois. C’est ainsi que j’avais pu comprendre que ce bonhomme voyait « le délire de grandeur, de revendication altruiste » chez tous ceux qui, comme lui, ne consacraient pas sa vie à compter ses billets de banques et les briques de ses baraques.

     

    « Il est heureux, lui ai-je écrit la dernière fois le 10 septembre 2002, que tu n’aies pas été le conseiller de l’autorité coloniale britannique en Inde, des partisans de la discrimination raciale aux Etats-Unis, ni de l’autorité de l’Apartheid en Afrique du sud. Sinon, n’aurais-tu en effet pas voulu « ramener pas à pas à la réalité » dans les camps ou dans des goulags Gandhi, Luther King, et Mandela, qui, selon toi, auraient eu un destin altruiste, et qui auraient mené leur vie sans entreprendre un métier comme, toi, tu en avais entrepris un ».

     

    Aussi, en Hors-Château, ce chien de garde avait donc tout intérêt à me déclarer lui-même et à me voir répertorié officiellement comme un malade mental, pour simplement assurer ses arrières.

     

    N’est-ce pas Monsieur José DARAS ?

     

    Le 11 décembre 1998, il avait en effet rédigé, en collaboration avec ses amis écolos, une plainte « pénale » à ma charge, et la leur avait confiée pour transmission au Procureur du Roi, et ce, avec la précision importante mentionnée dans la lettre d’accompagnement  adressée à Monsieur B. Wesphael : « Comme je te l’indiquais verbalement, écrivait-il, je ne peux intervenir dans cette affaire puisque j’ai été conseil de l’intéressé ». Il avait également joint à cette plainte une facture diplomatique d’honoraires de 5000 francs afin de justifier son intervention sous couvert de conseil  donné à ses amis au cas où il serait pris en faute, ce qui fut le cas.

     

    A son tour, Monsieur Wesphael avait communiqué la plainte à qui de droit avec l’indication mentionnée sur celle-ci : « Confidentiel, aux parlementaires et aux secrétaires régionaux. »

     

    Ayant fortuitement pris connaissance de cette plainte le 13 décembre, avant même qu’elle soit transmise au Parquet le 22, je savais que par celle-ci, vous transmettiez, Monsieur l’ex-Sénateur, au Procureur du Roi votre demande soit de mon internement, soit de ma mise en observation psychiatrique.

     

    Je savais aussi que cette demande écrite était requise pour la mise en œuvre de la loi du 9 avril 1930 relative à l'internement et de la loi du 26 juin 1990 relative à la protection des malades mentaux. Et en la rédigeant, Genet avait tenté de déterminer par tous les moyens, une base « pénale » à ma charge, car cette « base » est aussi requise pour la mise en œuvre de la loi relative à l’internement.

     

    Il est important de savoir, Monsieur l’ex-Sénateur, que, si je n’avais pas pris connaissance à temps de cette plainte, vous auriez peut-être pu atteindre votre but, et je me serais trouvé alors dans un hôpital psychiatrique durant un temps suffisamment long pour être déclaré malade mental pour le restant de mes jours.

    Surpris par ce qui, pour moi, était et reste hors imagination, je me serais peut-être mis dans l’embarras, et révolté,  j’aurais pu trébucher le 19 mars 1999, date à laquelle j’ai été mis sous observation psychiatrique sous contrôle judiciaire.

     

    Averti par la plainte, j’ai été attentif à tout et à tout moment. J’ai pu ainsi suivre quotidiennement et maîtriser dans le temps le déroulement des événements dans les coulisses. Ce que vous ignoriez, tout comme vos complices, autorités politiques et judiciaires et les membres concernés du corps médical.

     

    En 2001, il était temps d’en parler et dans votre lettre du 18 mai qui m’a été communiqué lors de mon occupation du bâtiment de votre parti, et par la médiation de Monsieur le Bourgmestre Willy Demeyer, vous m’aviez écrit quelques mots à ce propos :

     

    « Les éléments repris dans les pistes données par Louis Genet le 11 décembre 1998 étaient des éléments d’information sur les interventions théoriques possibles, sa mission s’arrêtant là. Nous avons opté pour une plainte en diffamation suite au contenu de propos que nous estimions inacceptables et nous n’avons jamais recouru à une réquisition pour internement. »

     

    Cette réponse m’était indispensable pour prouver que c’était bien Genet qui avait rédigé cette plainte étant donné que la version « genetoise » de celle-ci avait disparu de votre dossier dès que j’ai fait savoir à Genet, un an et demi plus tard, ce que je savais.

     

     

    Liège, le 11 décembre 1998

    ECOLO

    Rue Hors-Château, 48

    4000           LIEGE

     

    Référence du dossier : ECOLO consultation « occupation »

     

    ETAT D’HONORAIRES ET FRAIS

     

    Il est dû à Me Louis GENET, avocat à Liège,

    A titre de frais et honoraires

    Un montant de 5.000, - Frs. (cinq mille)

     

    Pour les prestations et les frais engagés dans le cadre du dossier ouvert au nom d’ECOLO consultation « occupation ».

     

    Cette somme peut être versée au crédit du compte honoraires 963/3139088/24 de Me Louis GENET.

    En indiquant les références qui figurent ci-dessus.

     

    Fait à Lège, le 11 décembre 1998.

    Louis GENET.

     

     

    « Référence du dossier: ECOLO consultation « occupation », nous lisons sur ce document. Il fallait savoir alors de quelle occupation il s’agissait.

    Réponse que Genet  m’a transmise par écrit le 21 janvier 2001: « Occupation de parking en face des locaux de mes amis ». Il ne me fallait plus rien, tout était parfait dans l’enfer de la rue Hors-Château. 

     

    Et nous lirons cette plainte toute suite ; un document historique !

     

     

    §       Les événements relatifs au deuxième fait :

     

     

    Ce fait concerne la terrifiante lettre signée par Monsieur Thierry DETIENNE seul, que vous m’aviez transmise le 15 juillet 1998 à 14 h15.

     

    Avant de présenter cette lettre, je tiens à vous rappeler, ici, que vous n’auriez pu construire ce récit qui se voulait surprenant comme l’aurait imaginé Machiavel, qu’en lui donnant l’éclairage qui la rend trompeuse, c’est-à-dire en poussant dans l’ombre la demande précise (?) que j’avais adressée aux parlementaires, et qui n’y était pas mentionnée.

     

    Mais le « bilan détaillé » que vous y exposiez, donnait l’illusion de la montrer pour mieux la cacher, et ainsi, les pervers accomplis paraissaient savants : ceux qui savent de quoi ils parlent !

     

    De quelle demande s’agissait-il ? Il s’agissait d’une « chose » comme vous la décriviez dans votre plainte déposée à mon encontre, le 22 décembre 1998, entre les mains de Madame le Procureur du Roi :

     

    « Nous ne pouvons évidemment satisfaire, écriviez-vous, la demande de ce Monsieur, puisqu’il souhaite une chose que le Ministre ne veut – et ne peut légalement – pas lui donner. »

     

    Je me permets de souligner ici, à nouveau, que c’est grâce à cette plainte que Monsieur Louis GENET avait transmise à Monsieur Bernard WESPHAEL le 11 décembre 1998, et dont j’avais fortuitement pris connaissance le 13, que j’ai pu être averti de l’élaboration de votre projet de ma mise en observation psychiatrique.

     

     Ce qui m’a permis de rester vigilant, d’être prudent, et le moment venu, de ne pas me laisser surprendre.  

     

    Et c’est encore elle, « la jeune fille en pleur », qui était allée trouver Monsieur Bernard WESPHAEL à son domicile privé, le 23 décembre de cette même année, pour lui dire qu’il vous fallait mettre un terme à vos agissements parce que « ça allait mal tourner ! ».

     

    Avant elle, je n ‘avais cessé de vous avertisse moi-même par mes différents courriers où je vous mettais en garde en des termes clairs sans cependant révéler les informations qui m’avaient été transmises : « Cela va mal se terminer ! », vous disais-je, comme vous le confirmiez dans votre plainte que voici :

     

     

    « Fait à Liège, le 11 décembre 1998

     

     

    Concerne : nous-mêmes / SARI Mustafa

     

    Madame le Procureur du Roi,

     

    Nous avons l’honneur de déférer à l’appréciation de votre Office les faits délictueux suivants commis par Monsieur Mustafa SARI pour lesquels nous sollicitons votre intervention.

     

    Depuis le 9 juillet 1998, ce sieur SARI fait ou «une grève de la faim » ou «une occupation de terrain » dans sa voiture devant le local de notre régionale rue Hors-Château, 48 à Liège .

     

    Nous nous permettons de faire l’historique de cette affaire :

     

    Mustafa SARI a en fait commencé son action devant le Palais de Justice de Liège sur les marches duquel il est resté pendant de longs mois.  Sa revendication était d’obtenir une déclaration de Madame le Procureur Général selon laquelle son arrestation et sa détention en 1995 était l’objet de ce qu’il appelle un «terrorisme d’état », terme qu’il faut selon nous traduire par « un complot contre lui ».

     

    Nous pensons que le sieur SARI a arrêté cette action devant le Palais lorsqu’il a obtenu de Madame le Procureur Général une lettre indiquant « qu’aucun élément ne me permet de penser qu’un acte quelconque que vous qualifiez de terrorisme d’état puisse être à la base de cette affaire » : voir lettre du 27 janvier 1998 de Madame le Procureur Général en annexe.

     

    Mû par ce que nous pensons être une maladie que nous imaginons être proches d’une paranoïa, le sieur SARI ne pouvant plus harceler le parquet général qui lui avait donné une réponse, il s’est alors tourné vers son «supérieur », le Ministre de la Justice qu’il a interpellé par une lettre du 3 février 1998 dont vous trouverez copie en annexe.

     

    Il a alors interpellé notre mouvement et, compte tenu de son insistance, nous avons écrit différents courriers que vous trouverez en copie sous ce pli : comme il fallait s’y attendre, le Ministre de la Justice a considéré que, s’agissant d’un dossier individuel, il ne pouvait s’immiscer dans la mission judiciaire.

     

    C’est alors que le sieur SARI a reporté sur notre mouvement sa pression qui s’est progressivement muée en lettres d’insultes, puis en calomnies, passant par des allégations qui nous semblent proches de la loi sanctionnant les actes de racisme et de xénophobie.

     

    Nous ne pouvons évidemment satisfaire la demande de ce Monsieur – puisqu’il souhaite une chose que le Ministre ne veut – et ne peut légalement – pas lui donner et nous ne voyons dès lors pas d’issue à la pression qu’il exerce sur nous.

     

    Le problème est non seulement que l’énergie qu’il faut consacrer à recevoir les personnes qui nous interpellent – après avoir vu son véhicule bardé de message – ou les personnes qui nous écrivent, est considérable mais ceci ne serait qu’un demi mal.

    Les relations deviennent tendues, l’agressivité monte de la part de certains – heureusement peu nombreux – de ses partisans et la littérature qu’il répand aux quatre coins du pays deviennent difficile à gérer. Elle nous paraît par ailleurs constituer la base d’une incrimination pénale.  Nous en extrayons quelques extraits :

     

    - « A quand l’ouverture de «goulags » écologiques qui seraient gérés et administrés par des minables fascistes qui inspirent pitié ? » : Lettre annexe du 14 décembre 98.

     

    - « Lorsque j’ai entrepris la démarche qui consistait à interpeller les «parlementaires écolos », je ne croyais pas que j’interpellais tous les résidus fascistes- injures ? - mal déguisés, et les apôtres et adeptes de la triste secte écolo » : lettre du 24 novembre 1998.

     

    - « Et vous avez en effet cru, le parti écolo total a cru, qu’un seul homme, un homme tout seul, coincé dans une voiture, proclamant la Résistance par une grève de la faim, dans le silence organisé, orchestré et soutenu, dans un coin de la rue Hors-Château, ne pouvait résister à l’ouragan irrésistible et retentissant de la propagande fascisante que vous n’avez cessé d’élaborer et de diffuser depuis des mois » : Lettre du 18 novembre 1998.

     

    - « Je vous remercie vivement donc d’avoir fourni l’irréfutable preuve supplémentaire de la pratique «utilitaire » de «propagandastaffel » par les authentiques résidus fascistes très mal déguisés et très mal dissimulés derrière l’appellation d’origine «ECOLO » :lettre du 17 novembre 1998.

     

    De l’avis de spécialistes, la construction d’un tel délire peut correspondre à une psychose qui, en l’occurrence, désocialise l’individu en lui faisant adopter des conduites aberrantes.

     

    Les points d’accrochage de son délire avec la réalité sont nombreux.

     

    Permettez-nous d’attirer votre attention sur cette dernière citation – mais le dossier joint en annexe en recèle bien plus :

     

    « Et un fasciste se dit aussi de quelqu’un qui se crée des réalités et, à force d’en faire la publicité, fini par croire à ses propres mensonges : les exemples ne manquent vraiment pas même dans la presse quotidienne, simplement » (lettre du 18 novembre 1998)

     

    De plus, nous pensons que le comportement de Mustafa SARI laisse entrevoir des difficultés futures.  Dans la phrase qui précède la signature de son dernier courrier (du 21 décembre 1998) nous notons les termes «en attendant les événements qui s’inscriront dans un processus sans retour engagé il y a vingt et un an ».  Des propos tenus oralement nous inquiètent également : « Cela va mal se terminer ». Nous ignorons ce qu’ils peuvent dissimuler mais nous avons jugé utile de vous informer de cet aspect du problème.

     

    Tout récemment, une lettre ouverte (donc publique) a été adressée à Monsieur José Daras. Le ton de cette lettre et l’utilisation directe du terme «fasciste » pour qualifier des mandataires ECOLO ne peut nous laisser indifférents.

     

    Nous pensons que ces propos constituent une base suffisante pour des poursuites pénales et nous vous saurions gré de prendre les dispositions utiles pour que ces infractions cessent

    - soit sur base d’incriminations relatives à la diffamation et à la calomnie.

     

    - soit – mais ceci requiert les poursuites ci-dessus, des réquisitions en vue de l’internement,

     

    - soit enfin des réquisitions sur base de la loi du 26 juin 1990 relative à la protection des malades mentaux.

     

    Nous vous remercions pour l’attention que vous porterez à la présente plainte et, dans l’attente de vos nouvelles, nous vous prions d’agréer, Madame le Procureur du Roi, l’expression de nos sentiments distingués.

     

    José DARAS, Sénateur et Ministre d’Etat, Jacky MORAEL Secrétaire fédéral. Thierry DETIENNE Député. Bernard WESPHAEL Conseiller provincial. Luc CREMER Assistant parlementaire.

     

     

    Comme je viens de le dire, cette plainte a été effectivement déposée entre les mains du Procureur du Roi le 22 décembre 1998, mais avec certaines modifications qui se seraient manifestement imposées à vous par crainte de trop de transparence dans vos agissements. Vous ne saviez en effet pas ce que le passé pouvait vous réserver, comme on se le disait sous le régime stalinien : les passages mis en caractères italiques dans la plainte que nous venons de lire, indiquent ce qui a été supprimé dans sa version déposée en main du Procureur du Roi. 

     

    Donc, j’avais en main deux versions d’une même plainte : celle qui était déposée - une plainte en diffamation  concernant mes propos qui constitueraient une base suffisante pour des poursuites pénales -, tandis que l’autre est une demande d’internement sur base des même faits. Dans le futur, vous espériez vous servir de la plainte déposée comme couverture pour clamer votre « innocence » lorsque vous auriez atteint, en complicité avec les Magistrats concernés du Parquet de Liège, le but mentionné dans celle qui n’est pas déposée, à savoir mon internement.

     

    Ce qui vous faisait dire dans votre courrier suscité du 18 mai 2001, que « Les éléments repris dans les pistes données par Louis Genet le 11 décembre 1998 étaient des éléments d’information sur les interventions théoriques possibles, et que vous aviez opté, quant à vous, pour une plainte en diffamation. »

     

    Vous oubliez évidemment de dire quelle était l’« intervention » rapide que vous auriez voulu susciter par une plainte en diffamation si ce n’est assurer l’ouverture d’un dossier au Parquet, dossier devant servir de base à vos agissements futurs, et que vous aviez préféré être un peu plus subtil que Genet, et agir dans les coulisses à visage couvert par intermédiaire de ce dernier, étant persuadés de ne jamais être découverts.

     

    Tenez, j’allais presque l’oublier ; savez-vous pourquoi Louis GENET n’avait pas voulu que vous soyez des  signataires de ladite  plainte ? Connaissez-vous la personne qui a déposé la plainte entre les mains de Madame le Procureur du Roi, et le Magistrat qui avait surligné votre identité sur celle-ci, et pourquoi ? 

     

    Ce qui importe ici, c’est de savoir, comme je me le demande encore aujourd’hui, comment vous auriez pu construire, sans vous référer à la « chose », tant le récit de votre plainte que tous vos innombrables  récits, dont le tristement célébre « bilan détaillé », ô combien séduisant, que voilà :

     

     

     

    « Le 15 juillet 1998.

     

    Mustafa,

     

    Le 9 juillet, tu as entamé une grève de la faim devant les locaux régionaux d’ECOLO et tu nous as transmis une lettre, que tu as rendue publique, par laquelle tu nous demandes d’interpeller le Ministre de la Justice en soutien à la requête que tu lui as adressée le 4 février de cette année.

     

    Le mardi 14 avril, nous nous sommes rencontrés ; tu m’as remis une copie de ta requête et tu t’es indigné de n’avoir reçu aucune réponse.

     

    En date du 4 mai, j’ai envoyé un courrier au Ministre de la Justice pour lui dire que j’avais connaissance de ta démarche et que je m’étonnais de ce que celle-ci n’avait reçu aucune réponse. J’attirais son attention sur des questions précises que tu y formulais et qui me paraissent toujours constituer le centre de tes interrogations.

     

    N’ayant pas reçu moi-même de retour à ce courrier, j’ai envoyé un rappel au Ministre en date du 8 juin.

     

    Le vendredi 19 juin, nous avons eu un nouvel entretien au cours duquel tu m’as fait part de ton intention d’entamer une grève de la faim devant nos locaux. Je me souviens de t’avoir dit alors que je trouvais cette idée étonnante. En effet, tes récriminations visent les autorités judiciaires et maintenant le Ministre de la Justice et non les écologistes que nous sommes.

     

    Le lundi 13 juillet, José DARAS et moi-même t’avons à nouveau reçu. En ta présence, j’ai pris un contact téléphonique avec le Cabinet de la Justice.Toujours, avec le même souci qu’une réponse circonstanciée te soit donnée. Mon interlocuteur m’a demandé un délai pour pouvoir rassembler des informations. J’ai enfin pu entrer en contact avec lui ce mardi en fin d’après-midi.

     

    Il me confirme ce que je redoutais. Le Ministre de la Justice ne peut arbitrer le travail des autorités judiciaires ni interférer dans les décisions de celles-ci. C’est la conséquence du principe de séparation des pouvoirs dont nous revendiquons par ailleurs le respect strict dans notre travail politique quotidien.

     

    J’ai pris conseil hier auprès d’Eddy BOUTMANS, avocat et sénateur AGALEV, qui me confirme que le Ministre ne déroge pas à la règle et qu’il refuse catégoriquement de répondre à des questions relatives à un dossier personnel.  La mise en place future du Conseil Supérieur de la Justice devrait pouvoir répondre au vide actuel tout en respectant ce principe, la proposition de loi sur cette matière sera déposée jeudi à la Chambre.

     

    Tu souhaitais que j’interpelle le Ministre de la Justice, mais tu dois savoir que la session parlementaire se termine cette semaine. Et matériellement, la date de début de ton action ne me laissait pas le temps d’introduire une demande de mise à l’ordre du jour, les derniers travaux étant consacrés par ailleurs au travail législatif.  Sans doute est-ce un élément que tu as sous-estimé au moment où tu as entamé ta grève de la faim.  Mais, je le répète, une demande d’interpellation publique du Ministre de la Justice aurait essuyé un refus pour les raisons que je rappelle plus haut.

     

    Par mes différentes démarches, qui, tu en conviendras, dépassent le stade d’une lettre vague envoyée à un Ministre, je pense avoir épuisé les différentes voies d’action à la disposition du parlementaire.

     

    J’ai jugé bon de t’en faire le bilan détaillé pour que ces informations puissent éclairer ta décision quant à la poursuite de ton action.

     

    Il est évident que je reste à ton entière disposition et je te prie de croire à l’expression de mes sentiments les meilleurs.

     

     

    Thierry DETIENNE, Député. »

     

     

    Eh bien voilà, comme prévu d’avance, l’évidence qui n’est que l’énoncé incontestable d’une des règles la plus élémentaire du droit, est confirmée : Le Ministre de la Justice ne peut arbitrer le travail des autorités judiciaires ni interférer dans les décisions de celles-ci. C’est la conséquence du principe de séparation des pouvoirs. Rien à dire !

     

    Qui plus est, comme ce fut également prévu d’avance, voici un témoin « crédible », Eddy BOUTMANS, avocat et sénateur AGALEV, qui confirme une autre règle incontestable du droit: Le Ministre de la Justice ne peut pas répondre à des questions relatives à un dossier individuel (personnel). C’est aussi la conséquence du principe de séparation des pouvoirs. Rien à dire non plus !

     

     

    - Mais, quelle était la question à laquelle le Ministre aurait opposé son refus de répondre ?

     

    - C’est vrai, la question est inutile, vous lui aviez déjà donné réponse : il s’agissait d’une « chose » !

     

    - A quel sujet et quel illuminé aurait demandé que le Ministre de la Justice arbitre le travail des autorités judiciaires, et qu’il interfère dans les décisions de celles-ci ?

     

    - Au sujet d’une « chose » que l’illuminé présumé inculte, et donc innocent, parce que prénommé « Mustafa » -, ne pouvait qu’ignorer. N’est-ce pas ?

     

     

    C’est comme si vous écriviez que vous auriez téléphoné à votre interlocuteur au Ministère des Transports, et que ce dernier vous aurait confirmé ce que « vous auriez redouté ! », à savoir que le train ne peut quitter les rails et parcourir les autoroutes.

     

    Il est vrai que c’était la meilleure façon de tenter, d’une part, de me faire douter de ce que je savais et faisais au sixième jour d’une grève de la faim, et d’autre part, d’adapter la réalité à vos aspirations en faisant déduire par des sous-entendus, aux personnes auxquelles vous alliez distribuer votre récit à des fins de propagande, que j’aurais contesté que le train ne pouvait quitter les rails et parcourir les autoroutes, et que j’aurais voulu voir celui-ci « se promener » sur les pavés et pourquoi en rue Hors-Château à Liège, et ce, en authentique « illuminé, fou, givré, paranoïaque », comme je fus proclamé par « les écolos unis en Un », et via la presse.

     

    Je n’avais – ni n’aurais pu – comprendre pendant l’entretien du 13 juillet, ce que j’ai compris plus tard, à savoir que pour adapter à la réalité le contenu imaginaire d’une lettre écrite d’avance, vous aviez besoin, avant de me la transmettre, de la simulation d’un entretien avec moi et d’un coup de téléphone avec un interlocuteur imaginaire au Cabinet du Ministre de la Justice. En effet, il ne m’avait pas fallu plus d’une semaine pour comprendre la stratégie préalablement élaborée et mise en œuvre par vous et vos collaborateurs autoproclamés « honnêtes, de bonne foi, démocrates et fiers de l’être ».

     

    Après avoir lu ce récit, la première question que je me suis posée, et à laquelle j’ai cherché réponse durant trois ans et demi, était celle-ci : qui et pourquoi avait suggéré à Detienne de me transmettre en douceur cet ordre qui m’intimait - une dernière fois ! - d’écouter l’enseignement, de retourner chez moi et d’oublier tout – y compris l’affaire du terrorisme d’Etat - par une brusque rupture entre le passé et le présent pour laisser sombrer le futur dans la folie comme le veut et l’impose la terreur depuis des décennies ?

     

    C’était la seule question qu’il fallait vous poser, mais c’était aussi la seule que je ne pouvais pas poser au risque sinon de me faire passer pour un « fou ». C’est la seule question que je me suis posée, et je lui ai cherché réponse sans jamais la soulever pendant trois ans et demi.

     

    Dans sa conception, votre récit infâme obéissait à un des prérogatives d’une « bonne » propagande totalitaire que Hannah Arendt définit en ses termes : « Il est cependant une chose qui, plus que les menaces directes et les crimes contre les individus, est spécifique de la propagande totalitaire : c’est l’usage de suggestions indirectes, voilées et lourdes de menace, contre tous ceux qui n’écoutent pas son enseignement. »

     

    De fait, ce courrier était porteur d’un ordre : « Ecrase-toi et va t’en, au risque sinon …… ! », me disait-il. En ce moment, j’ai été le seul au monde à pouvoir capter et à comprendre ce message qui se voulait intimidant, menaçant par le défi qu’il lançait. J’ai donc été enfermé  dans l’impossibilité de l’expliquer ou de le faire comprendre à qui que ce soit. Car, je ne pouvais pas, comme vous le saviez, expliquer dans la rue les tenants et les aboutissants de l’histoire complexe d’un combat de plus de vingt-cinq ans auquel était liée ma présence devant votre porte. C’était, il est vrai, terrifiant.

     

    Ce n’était pas le seul défi car ce courrier n’était pas un courrier ordinaire. Il avait pour mission de me forcer à comprendre le message qui m’a été transmis par les non-dits, des sous-entendus, des mensonges avérés et des mensonges par omissions. Dans son analyse des comportements des pervers, « Les messages incomplets, paradoxaux, correspondent à la peur de la réaction de l’autre, remarque Marie France Hirigoyen. On dit sans dire, souligne-t-elle, espérant que l’autre aura compris le message sans que les choses aient besoin d'être nommées. Ces messages ne peuvent être décodés la plupart du temps qu’à posteriori. « Dire sans dire » est une façon habile de faire face à toute situation. » Effectivement, il m’a fallu trois ans et demi pour décoder le message.

     

    Ce récit « surprenant » était effectivement imaginé et construit par des redoutables pervers narcissiques. « La caractéristique principale de cette perversion, remarque Bernard Robinet, est d’être faite avant tout d’action et de conduite. Pour sa jouissance, il faut que les fins soient déguisées et leurs buts dissimulés. Le pervers accompli n’agit jamais en face, mais toujours dans l’ombre et dans les coulisses. Plus le montage pervers est affiné, moins il transparaît et plus il nuit, plus il démonte le moi et les émois de l’autre. Il faut aussi de la rapidité dans l’action : savoir fondre sur la proie afin de la surprendre. »

     

    Il avait été conçu afin de « me surprendre », espérant me faire douter de ce que je savais, de ce que je faisais, du bien-fondé de l’action que j’avais engagée six jours plus tôt. « Dans une agression perverse, remarque encore Marie-France Hirigoyen, on assiste à une tentative d’ébranler l’autre, de le faire douter de ses pensées, altérer sa confiance, de le placer dans l’impossibilité de fournir des réponses, en rendant incompréhensible la situation. Ce qui compte pour le pervers, c’est d’embarrasser l’autre. On perçoit l’hostilité qu’il manifeste, mais on n’est pas sûr qu’il ne s’agit pas d’une plaisanterie. »

     

    Quant à fond de votre stratégie, pour des raisons de défense de vos vils intérêts privés, dont nous parlerons en temps voulu, vous aviez estimé, en effet, qu’il fallait me laisser entamer la grève de la faim, et puis, me transmettre, six jours plus tard, votre lettre infâme écrite bien avant que j’engage la grève. Dès la réception de cette lettre, j’aurais été, selon vous, acculé à « choisir » entre, soit partir, soit résister mais pas très longtemps. Pendant que vous distrayez l'opinion publique dans la confusion créée par votre récit, j’aurais continué à mener la grève jusqu'à ce que Thierry Detienne proclamé seul titulaire du dossier, parte en vacances. Par la suite, je n’aurais évidemment pas continué à la mener face aux murs durant plus d’un mois encore, et je serais parti aussi.

     

    De fait, j’ai eu, le 17 juillet 1998, un entretien avec Monsieur Detienne et à sa demande. Il me demandait d’emblée ce que « je souhaitais que l’on fasse », avec une aisance et un naturel déconcertants. Comme si ce n’était pas lui qui m’avait envoyé votre récit l’infâme. Je m’attendais à ce qu’il m’entretienne des malentendus, des confusions, des erreurs, ou qu’il me confirme au moins que ma demande heurtait le principe de séparation des pouvoirs, que sais-je. Rien de tout cela, il semblait avoir tout oublié et me demandait simplement « ce que je voulais que l’on fasse ! ».

     

    Il n’y avait plus rien à faire. J’étais en face d’un joueur qui avait joué et perdu mais qui cherchait par la séduction, un moyen pour récupérer sa mise. En lui montrant l’infâme dont il était le seul signataire, je lui ai demandé de me dire le but que vous poursuiviez, vous et lui, et de m'expliquer si votre récit était le produit de votre éthique politique, dont vous avez les gorges pleines. Je lui ai posé la question de savoir pourquoi vous aviez voulu transformer cette grève en un piège, au lieu de me dire dès le départ que vous ne souhaitiez pas relayer ma demande auprès du Ministre, et que vous n'aviez aucune obligation de le faire ni de justification à me fournir à ce sujet.

     

    Il se leva et commença à hurler en me disant que je mettais tout le monde dans le même sac, et que je mettais en doute votre bonne foi, votre honnêteté et votre éthique, et que je portais des suspicions sur vos démarches. En le regardant, j’entendais  Marie-France Hirigoyen me dire : « Le pervers essaie de pousser sa victime à agir cotre lui pour ensuite la dénoncer comme « mauvaise ». Celui qui réagit à la provocation apparaît comme responsable de la crise. Coupable pour le pervers, il semble l’agresseur pour les observateurs extérieurs. »

     

    La cause était entendue. Je me suis levé à mon tour, j'ai pris mon dossier et je suis parti en lui disant : « Ecoute Thierry, tu n'auras pas ce que tu souhaites par la provocation ». « Ce que je souhaite ? » me demandait-il.  Oui, lui dis-je , « mon coup de poing dans ta figure afin de te permettre de sortir dans la rue la figure ensanglantée pour que tu puisses te proclamer victime d'un fou violent.  N'est-ce pas cela que tu cherches par la provocation ? ». Il était figé.

     

    Il m'a suivi à l'extérieur et m'a interpellé sur le trottoir, devant votre porte, pour dévoiler le fond de sa pensée : « Ecoute Mustafa, me disait-il, de toute façon, tu vas t'abîmer la santé pour rien jusqu’à la fin du mois ». « Pourquoi ? », lui demandais-je. Il me répondit : « Parce que nous serons en vacances à partir du 20 juillet, et le ministre de la Justice aussi ». Lorsque je lui ai demandé si les vacances étaient  éternelles, s’ils pensaient ne plus revenir, il m'a répondu : « Oui mais tu ne seras plus là. » Autrement dit, tu te seras résigné par la faim, par la lassitude, par le chaud, par le froid, bref par l’usure du temps. Cette phrase banale - « tu ne seras plus là ! » - prononcée avec une légèreté involontaire peut-être, me rappela ce qu’il ne fallait plus jamais me rappeler.

     

    Le 14 août 1986, pendant la grève que j’avais menée devant le siège central du Parti social démocrate à Ankara, j’ai eu une conversation avec un membre de la sûreté de l’Etat dite police politique, qui était fort accompagné, et qui se laissait volontiers identifier par la forme soignée de ses moustaches, comme un fasciste patenté, « loup gris ».

     

     

    -       Que fais-tu ici ?

    -       Je mène une grève de la faim.

    -       Ne sais-tu pas que les manifestations publiques sont interdites en Turquie ?

    -       Si.

    -       Qu’attends-tu alors pour rentrer chez toi ?

    -       J’attends que vous fassiez ce que vous faites d’habitude à celui qui mène une action publique illégale.

    -       Oh ! Tu ne crois tout de même pas que l’on va se salir les mains. Une grève de la faim sous la chaleur de 40° et sur une  chaise, tu ne seras plus là au plus tard dans 15 jours.

     

     

    Tu ne seras plus là ! La grève dura 36 jours avec les conséquences que l’on devine. Quinze jours plus tard,  je n’étais effectivement plus là. En 1998 en Belgique, dans la rue Hors-Château, comme en 1986 en Turquie, c’était la même logique totalitaire qui se dressait en adversaire, et qui se voulait intimidante et persuasive.

     

    Au mois de juillet 1998, mettre en doute votre bonne foi, celle du corps constitué, de ce que vous appelez comme un seul homme « Nous, Ecolo », revenait à prendre publiquement le risque de voir trembler le ciel sous la colère divine ; mettre en doute votre honnêteté et votre éthique, porter des suspicions sur vos démarches revenait à prendre  le risque de voir trembler le Royaume sous la colère stalinienne. Parce que l’oripeau mythique qui était adoré par « le peuple vert » et dont le parti écolo se parait, était précisément celui de la bonne foi, de l’honnêteté, de l’éthique, et donc de « faire la politique autrement ». vous exploitiez alors à outrance, ce crédit de sympathie dont vous bénéficiez à l'époque.

     

    Quant à moi, comme je ne pouvais assumer ce que je ne comprenais pas, j’ai pris la décision d’y rester sans la moindre intention de vous décevoir, ni décevoir les dieux du pouvoir et de la gloire, même si notre éducation nous apprend uniquement à « aimer », à profiter de la vie, à accepter, à chercher des issues par des voies détournées, et à éviter ainsi le conflit pour mieux laisser le champ libre au règne de la perversion qui nous gouverne en maître absolu.

     

    Au bout de trois ans et demi, les questions avaient leurs réponses. Et je suis parti. Je suis parti quand j’ai estimé devoir partir et non quand vous auriez voulu que je parte. J’ai fait ce que j’ai estimé devoir faire, ce que j’ai estimé juste de faire sans le moindre souci de plaire à qui que ce soit, pour quoi que ce soit. J’ai pris la décision d’y rester, et en y restant, j’ai engagé, à mes risques et périls, la résistance que je savais irréversible.

     

    En effet, je n’étais pas assez naïf ni suffisamment inculte pour ne pas savoir qu’il était évident que, comme le remarque Hannah Arendt, dès l'instant où « vous aviez posé A », c’est-à-dire dès l'instant où vous m’aviez transmis votre récit infâme, vous ne pouviez pas, en cas de résistance de ma part, « ne pas poser B, C, D et ainsi de suite, jusqu'à la fin de l'alphabet du meurtre » par peur précisément de vous contredire vous-mêmes et d’être amenés à avouer et à reconnaître votre faute, à en dévoiler le motif qui n’avait pour but que de cacher la vérité.

     

    Par la suite, vous ne pouviez pas faire marche arrière par crainte de voir ruiner toute l’édifice, comme l’explique encore Hannah Arendt : « L’entêtement, dit-elle, avec lequel les dictateurs totalitaires ont absurdement maintenu leurs premiers mensonges ne s’explique pas seulement par superstition gratuite, pour « un truc qui a marché ». Une fois que les slogans de la propagande sont intégrés dans une « organisation vivante », ils ne peuvent être éliminés sans risquer de ruiner tout l’édifice. »

     

    Durant trois ans et demi, Ministres, Parlementaires, Procureurs généraux, Juges d’instructions, Magistrats, Bourgmestre, Policiers, Médecins, de plus humble au plus haut niveau, tous, vous vous êtes appropriés vos actes en tentant d’effacer les traces de vos crimes par tous les moyens. Vous n’avez cessé de répudier la « morale » et de mépriser toute considération pour la vie et pour la dignité humaine.

    Exemple :

     

    Lors de la réunion que j’ai eue, le 17 mai 2000, avec vous, Messieurs Detienne et Madame Gerkens, et où étaient présents également Mademoiselle Delphine Ullens et Monsieur Vincent Robeyns, Maître Genet déclarait : « Oh ! vous savez, il ne faut pas gonfler les choses. J’ai déjà fait interner une vingtaine de personnes sur un simple coup de téléphone au Bourgmestre ! ». Nous étions…, je ne trouve plus le mot ! Dans les notes prises par Delphine Ullens lors de cette réunion, je lis : « Mustafa n’a plus de voix…. !».

     

    Ce que GENET ignorait en ce moment, c’est que j’avais appris, le 27 décembre 1998, deux ans plus tôt donc, qu’une enquête avait été ouverte par Jean-Maurice Dehousse,  Bourgmestre de Liège à l’époque, à la demande de Jacky Morael, alors Secrétaire fédéral écolo. 

     

     

    « Liège, le 11 janvier 1999.

     

    Mon cher Jacky,

     

    Réf. :B/D19925/1b.

     

    Tu trouveras en annexe, à titre exceptionnel, copie de la note que je viens d'adresser au Secrétaire Communal au sujet de l'affaire dont nous avons parlé.

     

    Bien évidemment, le rapport en question peut être consulté par toi à mon Bureau, pour autant que tu le souhaites et que tu en fasses la demande par téléphone auprès de Mme GREISCH (04/221.80.92).

     

    Au plaisir de te revoir, je te prie de croire, mon cher Jacky, en l'assurance de mes sentiments cordiaux.

     

    Le Bourgmestre, Jean-Maurice DEHOUSSE. »

     

     

    -    Copie de la note.

     

    « Liège, le 6 janvier 1999,

     

     

    Note à M. Philippe ROUSSELLE, Secrétaire communal

     

    Objet: dossier Mustafa SARI

    Réf. :B/NVSC/9904/aa/7052.

     

    1. En date du 16 décembre, j'interrogeais M. le Commissaire de Police en chef sur les conditions d'occupation de la voie publique par le sieur Mustafa SARI (BNVP/98224, copie en annexe I)

     

    2. Ce dernier vient de me transmettre un dossier daté du 29 décembre et qui provient des inspecteurs DECHARNEUX et DEMARTEAU (rapport non codé, copie en annexe II).

    3. Ce rapport ne manque ni de charme ni de piquant, pour ne rien dire de sa poésie, mais il me paraît tenir peu compte des préoccupations juridiques.

     

    4. Je vous prie donc de vouloir bien faire étudier la situation sous l'angle juridique, et en particulier sous celui de la nouvelle loi sur le harcèlement.

     

    5. Indépendamment du bien ou du mal fondé de ses reproches aux parlementaires Ecolo, je trouve en effet qu'il n'est pas normal qu'une situation de ce genre persiste, en particulier puisqu'il s'agit d'un citoyen qui n'est du reste pas liégeois.

     

    6. S'ils étaient cent ou mille, que ferait-on ?

     

    7. Je souhaite une réponse avant la fin du mois.

     

    D'avance, je vous remercie de votre collaboration.

     

    Le Bourgmestre, Jean-Maurice DEHOUSSE. »

     

     

    Indépendamment du bien ou du mal fondé de mes reproches aux parlementaires écolos, il ne me restait plus qu’à attendre pour voir ce qui allait se passer à la fin du mois !

     

    Quant à vous, par manque d’éthique soutenu par le mensonge que vous avez fait courir par la propagande, vous avez agit d’une façon jubilatoire qui témoignait du sentiment d’impunité que vous procure la sensation perverse de puissance. Mais vous avez fini par vous enfermer vous-mêmes dans la spirale de vos propres mensonges dans laquelle vous aviez cru pouvoir m’enfermer et broyer ainsi tout ce qui vous gênait et qui vous gêne encore.

     

    Qui plus est, comme la perversion, la véritable, veut que le vrai et le faux soient indiscernables et transforme les questions relatives à la recherche de la vérité en problèmes de pouvoir et de rapports de force, alors, quelle que soit l'énormité de vos mensonges et la gravité de vos actes, vous vous y accrochiez et finissiez par convaincre « les autres », et vous espériez ainsi obtenir ma résignation par la lassitude et l'usure du temps, notamment.

     

    Dans ses notes qu’elle vous avait  adressées en janvier 2001, Madame Gerkens vous posait ces questions :  « Faut-il préciser par écrit la position orale expliquée à Mustafa et de ce fait affirmer clairement que «tout est fini entre nous » ? Faut-il plutôt poursuivre le rien actuel et laisser passer le temps ? Faut-il faire une communication publique ? Votre avis ? »

     

    A mon avis, Madame la Députée psychologue, il faut laisser passer le temps me disais-je, car je n’ai pas l’habitude de me faire des soucis, même dans la rue, concernant les problèmes auxquels seul le temps peut apporter des solutions. Et je lisais le livre de Edouard Delruelle, « L’Humanisme, inutile et incertain », qu’un ami venait de m’offrir : « Prenez votre temps, y écrivait-il, ne craignez surtout pas de devoir rendre compte de vos actes. »

     

    Par pur souci d’être concret, permettez-moi de vous livrer également l’exemple suivant, qui démontre l’efficacité de l’utilisation de votre lettre infâme comme instrument de manipulation et de propagande.

     

    Je crois que je ne ferai du tord à personne en priant M. Benesayag de dédier ces quelques mots à tous les messagers de couloirs qui se veulent journalistes : « Je trouve, dit-il, drôle que, face au merveilleux, on ait tendance à donner une explication aussi peu merveilleuse que celle de l'imbécillité tirant les ficelles en coulisse. »

     

    Le 24 juillet 1998, soit au quinzième jour de la grève de la faim, j’ai lu la reproduction intégrale de votre infâme récit sous couvert d’un article qui était publié dans le journal « le Matin ». A lire cet article, nul ne pouvait s’empêcher de se dire que « Vous devriez nécessairement avoir raison. Vous aviez l'air de savoir de quoi vous parliez puisqu’on l'avait même lu dans le journal. » Si je reproduis ici cet article intégralement, c’est pour vous donner un exemple, parmi tant d’autres, de «l’imbécillité tirant les ficelles en coulisse» de ses marionnettes dont les agissements peuvent être très nuisibles à la santé et à l’hygiène mentale démocratique des citoyens.

     

     

    « Sari ou l'entêtement.

     

    Detienne répond au gréviste de la faim à Liège.

     

     

    Il est toujours au poste depuis le 9 juillet dernier. Mustafa Sari, ancien responsable de la Maison des Turcs, poursuit sa grève de la faim devant le siège d'Ecolo, au 48 de la rue Hors-Château à Liège. « Je n'ai pas besoin d'un secrétaire », avait-il articulé à l'intention du député Ecolo Thierry Detienne.  Une petite phrase mal digérée par ce dernier.  Explications.

     

    Le gréviste pose une seule et même question au fil de ses actions (notre édition du 10 juillet 1998) : « Le mandat d'arrêt qui m'a été délivré le 22 juin 1995 concerne-t-il une affaire judiciaire ou le dit mandat était-il conçu comme l'instrument d'exécution par voie judiciaire du «terrorisme d'Etat » par lequel ont été effectivement visés un combat, une association et un homme ? »  Le député Ecolo Thierry Detienne avait transmis par écrit cette question à la fois terrible et surprenante au ministre de la Justice.  Ecrire au ministre ?  Lorsque nous l'avions rencontré, Mustafa Sari avait expliqué qu'il était parfaitement capable de faire ça tout seul.  Sans député, fut-il de bonne volonté.  D'où l'allusion au secrétaire inutile.

     

    De bonne volonté, Thierry Detienne estime précisément qu'il fait de son mieux son devoir d'élu.  Il le rappelle à Mustafa Sari dans une lettre qu'il lui a transmise.  Une sorte de mise au point en douceur de la part de quelqu'un qui, depuis son bureau au premier étage du siège d'Ecolo, voit tous les jours depuis ce 9 juillet l'homme assis dans sa voiture au pied de l'immeuble.  La bagarre de Sari, Thierry Detienne ne la découvre pas subitement.  Dans sa lettre, il rappelle leur rencontre en avril dernier, le courrier du 4 mai au ministre de la Justice, le rappel transmis le 8 juin, cet autre entretien un peu plus tard, le 19 juin, alors que Sari annonce son intention d'entamer une action devant les locaux des verts liégeois.

     

    « Je me souviens de t'avoir dit alors que je trouvais cette idée étonnante.  En effet, tes récriminations visent les autorités judiciaires et maintenant le ministre de la Justice et non les écologistes que nous sommes », souligne Thierry Detienne.  Mustafa Sari insiste à son tour : «Interpeller les représentants de la Nation, fussent-ils écologistes, en leur demandant d'assumer la responsabilité démocratique de leur fonction (publique ?) de représentants de la Nation, revient-il à les incriminer ? »

     

    Le député poursuit la liste des ses démarches : Sari reçu le 13 juillet chez Ecolo, coup de fil au cabinet de la Justice, nouveau contact avec le même cabinet dans le courant de la semaine dernière, avec cette réponse qui paraît définitive : le ministre ne se prononcera pas sur un dossier personnel.

     

    Quant à une interpellation orale au Parlement, Thierry Detienne rappelle que c'est trop tard.  Vacances.  Session bouclée. Et de toute façon, la réponse serait identique : dossier personnel, no comment. "Par mes différentes démarches qui, tu en conviendras, dépassent le stade d'une vague lettre envoyée à un ministre, je pense avoir épuisé les différentes voies d'action à la disposition du parlementaire", conclut le député.

     

    Mais Mustafa Sari n'a pas l'intention de rentrer chez lui.  Vacances parlementaires ?  Pas son problème. « J'irai jusqu'au bout de l'action que j'ai entamée en attendant que le ministre de la Justice «vous » donne la réponse dûment motivée à la question suivante : le mandat d'arrêt qui m'a été délivré le 22 juin 1995 concerne-t-il une affaire judiciaire ou le dit mandat était-il conçu comme l'instrument…etc.

     

    L'entêtement personnifié, on l'a dit. 

     

    Pascale Serret. »

     

     

    Le 3 septembre 1998, le matin, j’ai vu en face de moi, sur la fenêtre du parti, une énorme affiche de propagande, qui m’a « surpris » :

     

     

    MUSTAFA SARI.

    Quelle réaction d’ECOLO. Dossier d’information.

    (Disponible chez ECOLO et gratuit.)

     

     

    Vous aviez effectivement publié un dossier d'information tout vert, composé de votre récit l’infâme suivi de l’article « crédible » du journal « Le Matin », et de vos différentes lettres jetées les unes après les autres, sans aucun commentaire explicatif quant au contenu de celles-ci truffées de mensonges, de falsifications et de manipulations.

     

    Ce « tract »  était tenu alors à la disposition des personnes vous interpellant au sujet de la résistance que j’assumais devant votre porte. Vous aviez tablé, en corps, le succès espéré sur l'exploitation de l'ignorance, de la méconnaissance et de l'incrédulité tant des citoyens que des autorités publiques et des médias. Le 18 septembre 1998, Detienne, la marionnette, avait adressé une demande diplomatique à ses collègues parlementaires non liégeois.

     

    TELECOPIE

     

    Destinataire: Aux parlementaires fédéraux ECOLO

     

    Objet: Mustafa SARI

    Date: 18 septembre 1998. Pages: 2

    Bonjour,

     

    Début du mois, vous avez reçu une lettre de Mustafa SARI qui vous demandait de reprendre le flambeau des parlementaires liégeois dans le suivi de son dossier.

     

    Par ailleurs, Luc CREMER vous a transmis le « dossier » d'information  qui reprend l'ensemble des courriers échangés avec Mustafa ou avec le Ministre de la Justice. Il me semble utile que vous répondiez à Mustafa SARI.

     

    Vous pourriez reprendre les éléments qui figurent dans le courrier du 26 août (voir copie en annexe) en signalant qu'il n'y a pas de raison de retirer votre confiance aux parlementaires liégeois et dans la façon dont ils ont géré cette affaire.

     

    Pouvez-vous m'envoyer une copie de votre réponse ?

     

    Pour rappel, il siège devant la Maison de l'écologie de Liège.

     

    Thierry Detienne, Député Ecolo. »

     

     

    Vous écriviez, le 18 septembre 1998 donc, que « Luc CREMER avaient transmis aux parlementaires, le « dossier d'information » qui reprendrait l'ensemble des courriers échangés avec moi ou avec le Ministre de la Justice. »

     

    Deux mois plus tard, dans sa lettre que je viens de reproduire et  qui était adressée à Delphine Ullens, la jeune fille en pleur, Monsieur votre élève Jacky Morael se référait à ce même dossier en précisant qu’un dossier précis était à la disposition de la citoyenne, mais il n’avait pas estimé utile d’en  envoyer un exemplaire.

     

    Et enfin, deux ans plus tard, soit le 8 novembre 2000, le même homme, Thierry Detienne, écrivait qu’il n’y a jamais eu diffusion d’un dossier d’information. Quant à la demande que Detienne avait envoyée à ses collègues, et qui était relayée par Morael, était satisfaite par le courrier suivant qui m’a été communiqué après avoir été soumis à l'approbation du demandeur.

     

     

    « Le 1er octobre 1998.

     

    Monsieur,

     

    Nos réf. :SF/FD/98.414                     

    Votre lettre du 17.09.98 et votre lettre du 28.09.98.

     

    Le Secrétariat fédéral d’ECOLO a bien reçu vos lettres précitées. Nous avons pris le temps de nous informer sur votre dossier et avons pris connaissance des échanges de courriers entre Thierry DETIENNE et vous-même.

    Nous sommes convaincus qu’ECOLO a bien suivi votre dossier et nous ne voyons aucune raison de remettre en question la manière dont ce suivi a été assuré. Les parlementaires fédéraux d’ECOLO, à qui vous avez également transmis un courrier, partagent totalement l’avis du Secrétariat fédéral.

     

    Vous souhaitant bonne réception de la présente, nous vous prions d’agréer, Monsieur, nos salutations distinguées.

     

    Isabelle DURANT   -   Jacky MORAEL   -   Jean-Luc ROLAND.

     

    Secrétaires fédéraux et porte-parole

     

    Copie pour information aux parlementaires fédéraux. »              

     

     

    En réponse à ce courrier et par référence au mot « total », j’avais écrit, le 3 octobre, aux secrétaires la lettre suivante :

     

     

    « Le 3 octobre 1998.

     

     

    Madame, Messieurs les secrétaires fédéraux,

     

     

    Objet : Pinochet est vivant, Staline est mort, longue vie à Pinochet et vive Staline.

     

    Puis-je me permettre de vous communiquer la copie ci-jointe de votre courrier du 1er octobre 1998 et de vous inviter à prendre connaissance de son contenu, ainsi que des contenus de mes courriers qui y sont liés.

     

    La résistance jusqu’au bout ! Je vous souhaite bonne réception de la présente et vous prie d’agréer, Madame, Messieurs, mes salutations.

     

    Mustafa Sari. »

     

     

    Ils me faisaient alors savoir que « S’agissant d’ECOLO, aucun esprit sérieux et de bonne foi ne peut même envisager d’en discuter ».

     

    C’est bien ce que j’ai fait. Sérieusement et de bonne foi, j’en ai discuté avant que les démagogues se cloîtrent  dans les « centres fermés ».

     

     

    « Namur, le 6 octobre  1998

     

    Nos réf. : SF/FD/98.425

    Votre lettre du 03.10.98

     

    Monsieur,

     

    Le Secrétariat fédéral d’ECOLO a bien reçu votre lettre du 3 octobre dernier.

    Nous ne commenterons pas vos allusions à Pinochet et à Staline. S’agissant d’ECOLO, aucun esprit sérieux et de bonne foi ne peut même envisager d’en discuter.

     

    Pour ce qui nous concerne, nous croyons plus utile de consacrer nos énergies à des luttes comme celle qui a réuni les mandataires et membres d’ECOLO dimanche dernier à Vottem pour la suppression des Centres fermés et pour une politique d’asile digne des droits de l’homme.

     

    Attristés par ce que votre esprit impose à votre corps, nous formons le vœu de vous voir rester en bonne santé. Démocrates et fier de l’être, nous vous prions d’agréer, Monsieur, nos salutations distinguées.

     

    Isabelle DURANT – Jacky MORAEL – Jean-Luc ROLAND,

     

    Secrétaires fédéraux et porte-parole

     

    Copie pour information à Thierry DETIENNE, Député fédéral.

     

     

    J’ai été ainsi avisé de ce que le trio avait pris le temps pour s’informer, et qu’ils étaient convaincus qu’ECOLO avait bien suivi mon dossier et qu’ils ne voyaient aucune raison de remettre en question la manière dont ce suivi a été assuré. De surcroît, tous les parlementaires fédéraux, dont le nom commun serait ECOLO, auxquels j’avais transmis un courrier, partageaient donc totalement l’avis du secrétariat fédéral.

     

    A nouveau, faute de pouvoir prendre contact avec cet étrange individu nommé « ECOLO » qui aurait bien suivi mon dossier, je n’ai évidemment pas pu vérifier immédiatement l’exactitude de l’information qui m’a été transmise. Deux ans plus tard, le 23 mars 2000, j’ai adressé une lettre aux Secrétaires pour leur poser les questions suivantes :

     

    1. Selon vous, je m’estimerais victime  d’un vaste complot, et par mon obstination à me chercher des ennemis, j’aurais fini par compter écolo  au nombre de ceux-là. De quel « complot » et de quels « ennemis » s’agirait-il ?

     

    2. Il était une fois, dans votre missive du 6 octobre 1998, vous aviez la gentillesse d’exprimer votre tristesse pour ce que, selon vous, mon esprit imposerait à mon corps, et ce, avant de formuler votre vœu fraternel de me voir rester en bonne santé. De quoi souhaitiez-vous m’entretenir au juste ? Ne voudriez-vous pas m’aider aujourd’hui à me ramener à la réalité ? 

     

    Le même jour, Jacky Morael, seul, a donné sa réponse qui se dispensait de tout commentaire : « Bien reçu, mais n'ai pas tout compris. Comme souvent dans ce dossier, malheureusement. » C’est dommage ! Au regard de la propagande qu’il diffusait en 1998, il semblait avoir tout compris et bien compris.

     

    J’ai pu enfin vérifier que si Morael n’avait pas tout compris, les autres n’avaient alors rien compris ; ceux-là mêmes qui signaient les lettres que le Chef écrivait, et qui partageaient totalement avec lui un avis que le Chef, lui-même, n’avait pas compris.

     

    Il m’a fallu encore du temps pour comprendre que Morael ne parlait pas, deux ans plus tôt, des personnes qui auraient bien suivi mon dossier, mais il disait « être convaincu qu’ECOLO l’avait bien suivi ». C’est donc ECOLO qui l’avait mal informé à l’époque ! Ils « communiquent » vraiment bien !

     

     

    §       Les événements relatifs au troisième fait :

     

     

    Ce fait concerne, en effet, la « protection judiciaire » dont j’ai eu l’honneur et le privilège d’être « bénéficiaire », à savoir ma mise en observation psychiatrique par ordonnance judiciaire, dont je viens de vous entretenir longuement.

     

    Ici, je souhaite exposer, d’abord, le vieux projet cher à Madame le Procureur Général Anne THILY, après avoir cité les propos suivants du psychiatre Marie-France Hirigoyen : « La prise du pouvoir des paranoïaques, remarque-t-elle, se fait par la force tandis que celle des pervers se fait par la séduction, mais quand la séduction ne marche plus, ils peuvent recourir à la force. La phase de violence est en elle-même un processus de décompensation paranoïaque : l’autre doit être détruit parce qu’il est dangereux. Il faut attaquer avant d’être attaqué soi-même. »

     

    De fait, lors de l’action que je menais devant le palais de Justice à Liège depuis le 17 septembre 1997, comme vous l’évoquiez dans votre plainte, la police de Herstal avait reçu, le 7 octobre, une apostille du Parquet de Liège en lui demandant de vérifier si l’individu, soit moi-même, qui dormait devant le palais de justice, était toujours en possession de toutes ses facultés mentales.

     

    Se considérant incompétente territorialement et professionnellement, la police de Herstal avait renvoyé l’apostille à son destinataire le 17 octobre avec ces  considérations : « Il n’y a, à notre connaissance, rien de particulier à signaler sur la conduite de l’intéressé depuis qu’il se trouve dans notre localité : il ne s’est jamais signalé défavorablement à l’intention de nos services  qui ne sont jamais intervenus dans sa famille. SARI Mustafa est un individu intelligent (formation d’économiste) au comportement normal. Il est sensé, calme et paraît posséder toutes ses facultés mentales. Il semble toutefois prêt à utiliser tous les moyens légaux pour prouver sa bonne foi et son honnêteté. »

     

    Et cependant, des actes de provocation ne cessaient plus sur place. La mise à feu de la cabane dans laquelle je vivais, pendant une nuit. La démolition de celle-ci pendant une autre nuit par des hommes de main. Des agissements orientés et guidés, via la police, par Monsieur Keyser, alors Substitut du Procureur du Roi. Etc.  Averti de l'objectif poursuivi par ses provocations, j'ai gardé le calme et le silence. Je n'en ai jamais fait part à qui que ce soit, ni répondu à celles-ci de quelque façon que ce soit.

     

    J'étais alors convoqué, le 12 janvier 1997, à la première division de la police de Liège, où j’ai eu un entretien avec Monsieur Jamart accompagné de Monsieur Mohr, tous deux commissaires adjoints à ladite division. Lors de notre entretien, Monsieur Jamart m'a fait part de son souci de m’éviter un internement psychiatrique, et m'a conseillé de quitter les lieux sans délai.

    Je lui ai promis un courrier pour le lendemain matin, et je le lui ai remis comme convenu en mains propres, courrier qui exprimait  ma détermination quant à mon souhait d’obtenir la réponse de Madame Anne Thily. Trois jours plus tard, Messieurs Jamart et Decolle, ce dernier étant commissaire en chef, m’ont apporté le courrier de madame le Procureur Général, que je souhaitais obtenir par l’action en cours. Et dès ma réception de celui-ci, j'ai mis un terme à l'action, soit le 27 janvier 1998. Le 21 février 1998, j’ai interpellé par courrier, le Procureur du Roi dont j’ignorais l’identité, afin de solliciter l'autorisation de consulter le dossier ouvert à ma charge à la section des aliénés dudit Parquet.

     

    Le 10 avril 1998, Monsieur Pierre Wilmart, Procureur du Roi, m'écrivait que «s’agissant d’un dossier interne au Parquet, il ne donne pas lieu à consultation ». Un dossier interne au parquet ! En quelque sorte, une enquête proactive au sujet de la santé mentale d'un citoyen !

     

    Quatre ans plus tard, soit le 10 septembre 2001, et …. dans la rue Hors-Château, j'ai enfin pu avoir accès à ce dossier aussi pour y découvrir ce qui suit.

     

     

    « Liège, le 22 octobre 1997

     

    Madame le Procureur Général de et à LIEGE.

    __________________________________

     

    A l’attention de Madame l’Avocat général

    A.SPRIESTERBACH.

    _________________________________

     

    Madame le Procureur général,

     

    Concerne : SARI Mustafa (20.03.1946)

    _______________________________

    Faisant suite à l’entretien téléphonique de Madame l’Avocat général A. SPRIESTERBACH concernant le dossier repris sous rubrique, j’ai l’honneur de porter à votre connaissance que mon Office a fait procéder par la police d’Herstal à une enquête relativement à l’éventuel comportement perturbé du sieur SARI Mustafa.

     

    Il ressort de celle-ci que l’intéressé est une personne intelligente, au comportement normal. Il est sensé, calme et paraît jouir de toutes ses facultés mentales, étant prêt toutefois à utiliser tous les moyens légaux pour prouver sa bonne foi et son honnêteté.

     

    Ainsi, apparaît-il à mon Office inopportun de le faire examiner par un médecin en vue d’une éventuelle application de la loi relative à la protection de la personne des malades mentaux, l’obstination ou l’entêtement dans certaines idées ne révélant pas nécessairement un trouble mental.

     

    A moins que votre Haute Office n’appréhende le problème de façon différente et ainsi d’instructions contraires, je me permettrai de classer le dossier.

     

    Je vous prie d’agréer, Madame le Procureur général, l’assurance de ma considération la plus distinguée.

     

    Le Procureur du Roi,

    Pierre WILMART »

     

    Saurons-nous un jour de quelles idées fixes il s’agirait ?

     

     

    « Le 29 octobre 1997.

     

     

    A l'attention de Monsieur le Premier Substitut WILMART

     

    Réf. : D : 1431/A.S.H./md

     

     

    J'ai l'honneur d'accuser réception de votre rapport du 22 octobre 1997 relatif à l'objet sous rubrique. Je me rallie à votre avis. Avec ma considération distinguée,

     

     

    Pour le Procureur Général,

    Avocat Général,

    A. Spriesterbach . »

     

     

    Madame le Procureur général se ralliait, le 22 octobre 1997, à l’avis de son Procureur, mais elle n’hésitait pas à continuer à me menacer jusqu’au 12 janvier 1998, date à laquelle j’ai été convoqué  au commissariat de la première division de Police de Liège par Monsieur Jamart.

     

    Ce dernier accompagné de monsieur Mohr, tous deux commissaires adjoints donc à la première division de la police de Liège, m’entretenait de leur « souci » de m’éviter un internement psychiatrique, et me conseillait de quitter les lieux sans délai sous les ordres du « Parquet ».

     

    Vu le contenu du courrier que j’avais adressé à Monsieur JAMART, Madame le Procureur général aurait constaté donc l’impossibilité de m’intimider et de me faire résigner, elle m’avait transmis le courrier que je souhaitais avoir.

     

     

    « Liège, le 2 mars 1998. 

     

     

    Madame le Procureur Général,

     

    Réf. : 329 AL 97

     

    Revenons à ce dossier, que mon Office avait classé suite à votre dépêche du 29 octobre 1997, je vous prie de trouver ci-joint copie d'une lettre reçue à mon Office.

     

    Vous vous souviendrez que faisant suite à mon entretien téléphonique avec Madame l'Avocat Général A.Spriesterbach, mon Office avait fait procéder par la police d'Herstal à une enquête concernant un éventuel comportement perturbé du Sieur SARI Mustafa. Je joins à la présente copie de ce procès verbal.

     

    Aux fins de répondre à la demande introduite, et pour laquelle je ne vois pas d'objection, je vous demande de marquer votre aval quant à ce, vu la personnalité du requérant.

     

    Je vous prie d'agréer, Madame le Procureur Général, l'assurance de ma considération très distinguée.

     

    Le Procureur du Roi,

     

    P.WILMART.»

     

     

    « Vu la personnalité du requérant », écrit le Procureur du Roi ; de quelle personnalité s’agirait-il ? Autant vous leur parlez en terme du droit, autant ils vous parlent en terme de « personnalité ».

     

    A force de ne vouloir que l’application de la loi, on finit par comprendre que ce mot, la loi, soit celui qui a le moins de sens pour ces agitateurs ayant précisément la charge de veiller à l’application des lois.

     

    Ceux-là même qui ne cessent de vouloir que le vrai et le faux soient indiscernables, et de vouloir transformer les questions relatives à la recherche de la vérité en problèmes de pouvoir et de rapport de force.

     

    Quant à la lettre que Monsieur Wilmart dit avoir reçue, et dont il dit communiquer copie au Procureur Général, il s'agit de ma lettre par laquelle j'avais sollicité, comme de droit, l'autorisation de consulter le dossier ouvert à ma charge comme je viens de l'exposer.

     

     

    « Le 5 mars 1998

     

    À Madame le Procureur du Roi.

     

    Concerne SARI Mustafa.

     

    Madame le Procureur du Roi,

     

    J'ai l'honneur d'accuser la réception de votre rapport du 2 mars dernier relatif à l'objet repris sous rubrique. Je n'aperçois pas pour quelle raison vous feriez droit à la demande de Monsieur SARI.

     

    Si j'ai bien compris, il s'agit en effet de pièces d'un dossier interne à votre Office couvert à ce titre par la plus stricte confidentialité.  Il n'y a donc pas lieu d'en autoriser la consultation à qui que ce soit. 

     

    Par contre, il y a lieu de vous enquérir des circonstances dans lesquelles l'intéressé a été informé de l'existence de ce PV.

     

    Avec ma considération distinguée.

     

    Pour le Procureur Général,

    Avocat Général,

    A.Spriesterbach. »

     

    A propos d'un dossier ouvert à sa demande, dossier qu'elle avait elle-même voulu couvert par la plus stricte confidentialité, le procureur général écrit : « Si j'ai bien compris… », comme si elle se plaignait auprès de madame le procureur du Roi du fait de se voir dévoilée, et de voir dévoilés ses agissements par la lettre versée dans le dossier par le substitut.

     

     

    « Le 10 avril 1998. 

     

     

    À Madame le Procureur Général près la Cour d'Appel de Liège

     

    Concerne: SARI Mustafa. 

     

    Madame le Procureur Général,

     

    Faisant suite à votre dépêche du 5 mars 1998, j'ai l'honneur de porter à votre connaissance que mon Office a diligenté une enquête aux fins de connaître les circonstances dans lesquelles le Sieur SARI a été informé de l'existence du procès verbal relatif à un éventuel comportement perturbé.

     

    Il ressort de l'enquête que, suite au devoir sollicité par mon Office, un agent de la police d'Herstal s'est rendu chez l'épouse de l'intéressé, et c'est sans doute par cette dernière que SARI a été mis au courant de la demande de renseignement.

     

    Il y a lieu de préciser que ledit agent n'a pas dévoilé la teneur de l'apostille de mon office. Quelques jours après avoir quitté son campement sous les fenêtres du Palais de Justice, SARI s'est présenté à la police d'Herstal pour connaître le numéro de référence du devoir et il lui a été simplement donné le numéro du procès verbal rédigé.

     

    Je vous prie d'agréer Madame le Procureur Général, l'assurance de ma très haute considération.

     

    Le Procureur du Roi,

    Pierre WILMART.»

     

     

    Comme nous le verrons par la suite, Madame Anne Thily a enfin pu réaliser, le 19 mars 1999, ce vieux projet qui était le sien, avec la collaboration des mêmes serviteurs cités jusqu’ici ;

     

     

    ·       Madame A. Spriesterbach, Premier avocat général.

     

    ·       Monsieur P. Wilmart, Premier substitut du procureur du Roi.

     

    ·       Messieurs Jamart et Mohr, commissaires adjoints.

    Et ce, avec votre étroite complicité et collaboration : en effet, dans son ordonnance de soit communiqué datée du 4 septembre 2002, Madame le Juge d’Instruction REYNDERS constate qu’à ce stade de l’enquête, le dossier n° des notices 52.99.99/01, « concerne des magistrats : Madame A. THILY, Madame A. SPRIESTERBACH, Monsieur P. WILMART, Monsieur SCHOLTES, Madame SCHAAPS, un sieur DETAILLE à mieux identifier et des mandataires politiques : Messieurs JAMART et MOHR, Monsieur José DARAS, Monsieur Thierry DETIENNE, Madame Muriel GERKENS, Monsieur Bernard WESPHAEL »;

     

    Après avoir relevé que les premiers bénéficient d’un privilège de juridiction et les seconds d’une immunité, Madame le Juge d’Instruction en conclut que ces faits échappent dès lors à sa compétence ;

     

    Et elle communique enfin les pièces de la procédure à charge de Messieurs GENET Louis, DUTILLEUX Philippe et PINTO Emmanuel à Madame le Procureur du Roi, pour être par elle requis ce qu’il appartiendra 

     

    A ce sujet, permettez-moi de vous faire part des réflexions que j’ai recueillies lors de l’entretien que j’ai eu, le 16 juillet 2002, avec Madame la Juge d’instruction Danièle Reynders, qui, en bonne mère de famille, me conseillait de « tourner les pages » concernant les agissements de la corporation politico-judiciaire, comme vous me le conseilliez, en bon père de famille, de « tourner la page » concernant vos agissements.

     

    La justification judiciaire de ma mise en observation lui paraissait simple : « Vous étiez d’abord devant le palais de justice, puis devant les écolos, vous les dérangiez, me disait-elle. Alors, ils ont profité d’une occasion et ils ont tenté de vous faire partir de là. Et ça n’a pas marché, vous êtes revenu sur place. Il y en a d’autres qui ont été soumis à une analyse psychiatrique plus approfondie. Vous étiez reconnu sain d’esprit par un psychiatre compétent. Avant cela, vous étiez mis sous mandat d’arrêt, et vous êtes resté en prison quatre jours. Puis, vous étiez blanchi par deux décisions judiciaires.

     

    Pourquoi ne tournez-vous pas ces pages ? »

     

    En l’écoutant, j’avais l’impression d’entendre siffler dans mes oreilles le psychiatre Robin Munro : 

     

    « Vous savez, disait-il, plus récemment, Cao Maobing, un autre syndicaliste chinois, a été interné  par la police dans un hôpital psychiatrique de la province du Jiangsu. Il a été arrêté après s’être plaint auprès de journalistes étrangers. Selon le directeur de l’hôpital, une coterie d’experts a diagnostiqué une « psychose paranoïaque ». »

     

    Et il me demandait si je savais « Pourquoi recourir à ces mesures sophistiquées et coûteuses à l’encontre des opposants politiques alors que les dictateurs disposent de méthodes bien plus simples pour les neutraliser, comme l’exécution ou l’emprisonnement ? » Puis il donnait la réponse : « L’une des raisons, remarquait-il, tient à ce que dans la Chine de l’après-Mao, comme en Union Soviétique après la mort de Staline, les leaders réformistes souhaitent limiter les « excès » passés et ont donc mis fin à la liquidation physique de leurs opposants. » Avant d’ajouter, « Il fallait donc inventer des méthodes plus élaborées pour instiller la peur parmi les dissidents potentiels. Et quoi de plus dissuasif que la menace d’enfermement dans un hôpital psychiatrique. »

     

    Comprenez-vous, Monsieur le Ministre, ce que vous lisez ? Puis-je me permettre, à mon tour, de vous « supplier » de faire quelque « chose », de me dire, par exemple, si vous voulez que je tourne la page avant de l’avoir bien lue et bien comprise, et pour vous plaire ….

     

     

    §       Les événements relatifs au quatrième fait :

     

     

    Ce dernier fait que je souhaite également voir reconnu par vous, concerne une « hypothèse », une tendance.

     

    Elle me rappelle les propos suivants de Hitler : le premier compara une propagande à une avalanche, «eine Lawine » : « Une mince boule de neige fait dans le silence de la montagne, un départ ouaté et presque inaperçu. Glissant sur le plan incliné de toutes les victoires, elle grossit, se nourri de tout ce qu’elle rencontre, finit, au bout de la pente, en ouragan irrésistible et retentissant. »

     

     En effet, écrit Quintin, « Lorsqu’on fait une hypothèse on la fait comme telle. Mais plus on y pense, plus on construit sur elle, et plus l’esprit s’y habitue. Si bien qu’il finit par la prendre d’abord pratiquement, puis intellectuellement, pour une réalité.

     

    Renversons cette remarque, et regardons le parti que l’on peut en tirer en matière de propagande. Proposons une hypothèse ; répétons-la. Bâtissons là-dessus notre théorie. Elle finit par prendre des allures d’évidence. Or, une idée à laquelle on est habitué, une opinion familière, n’étonne plus, quelle que soit la méfiance qu’elle devra logiquement éveiller.

     

    La loi de répétition est une règle que Napoléon a mise en lumière, avec force par sa formule : « Je ne connais qu’une rhétorique : la répétition. » M.Goebbels est revenu sur ce point, en exprimant qu’une simple tendance répétée un million de fois, se transforme en foi. »

     

    C’est comme dans le courrier machiavélique du 23 mars 1999, que vous aviez adressé à mon ex-épouse, et donc à mes enfants pour mieux les inquiéter du sort de leur père « suicidaire » vivant dans la rue ; vous y écriviez en parlant de ma mise en observation psychiatrique :

     

    « Nous connaissons trop bien votre mari pour savoir qu’une telle stratégie ne l’empêcherait pas de poursuivre son action d’une manière ou d’une autre. Même si nous sommes en conflit avec lui, nous reconnaissons la sincérité de son engagement de longue date et des valeurs qui l’animent ».

     

    Vous leur aviez adressé ce courrier après avoir constaté l’échec cuisant de votre stratégie ; en effet, le seul souci que vous aviez après l’échec de votre ultime sursaut que vous aviez préparé durant des mois, était de tenter de justifier ma séquestration dans le « Goulag » bien situé sur les hauteurs de Liège, et partant, de nier toute responsabilité dans l’élaboration et la mise en œuvre de cette stratégie d’action que même j’estime indigne des fascistes de pure souche, que j’ai combattus durant trente ans.

     

    S’agissant de la stratégie, je souhaite vous faire part ici de « la Vérité », une de plus, présentée sous forme d’hypothèse, que vous révéliez dans ce même courrier qui provoqua mon dégoût :

     

    « Par ailleurs, écriviez-vous, vous comprendrez aussi que l’hypothèse d’un suicide de votre mari ne pouvait nous laisser indifférent d’autant qu’il focalise ses exigences insatisfaites sur ECOLO depuis de longs mois. Si l’irréparable avait dû se produire, vous auriez pu penser que notre responsabilité pourrait être engagée, ne fut-ce que pour non-assistance à personne en danger. »

     

    « L’hypothèse d’un suicide », qui semblait être d’inspiration divine alors que, par définition, une hypothèse est une proposition humaine relative à l’explication humaine de phénomènes naturels, admise par les humains provisoirement avant d’être soumise au contrôle de leur expérience.

     

    A force de répéter votre « hypothèse » un million de fois, vous aviez effectivement fini par la transformer en foi. Une mince boule de neige que vous avez lancée au sommet de la montagne ;  elle s’est nourrie durant des mois, de tout ce qu’elle a rencontré. Mais elle a fini, le 19 mars 1999,  au bout de la pente en soufflet, alors que vous et vos complices, autorités politiques et judiciaires, espériez la voir, au bout de la pente, se présenter en ouragan retentissant mais aussi irrésistible.

     

    Vous souvenez-vous ? Le 26 juillet 1998, Monsieur Detienne était parti en vacances en exprimant, lui aussi, dans son entourage son « inquiétude » de me voir me suicider un jour dans ma voiture. Monsieur Jean-Louis Dehousse, faisant fonction de concierge au parti, était venu à l'époque m'interroger pour savoir « s'il était vrai que je voulais me suicider comme on le disait chez écolo ». Je lui avais demandé de me confirmer cela par écrit parce que cette imagination me semblait être délirante mais pas innocente, ce qui fut fait.

     

    « Par un procédé insidieux de disqualification, remarque Marie-France Hirigoyen, la victime perd la confiance en elle. En bloquant la communication par des messages paradoxaux, le pervers narcissique place le sujet dans l’impossibilité de fournir des réponses appropriées, puisqu’il ne comprend pas la situation. Il s’épuise à trouver des solutions, lesquelles sont de toute façon inadaptées et, quelle que soit la résistance, il ne peut éviter l’émergence de l’angoisse ou de la dépression qui peut conduire au suicide. »

     

    Je me disais alors qu’il ne serait pas étonnant que vous soyez parfaitement conscient des dégâts psychologiques que vous espériez causer par vos agissements.

     

    Par la suite, vous n’avez effectivement pas cessé d'exprimer, Monsieur l’ex-Sénateur, votre prétendue inquiétude, de me voir un jour ou me suicider ou me faire assassiner pendant la nuit dans ma voiture, et que vous soyez inculpés, par conséquent, de non-assistance à personne en danger. Vous preniez en effet votre temps pour construire des récits devant servir de justificatifs à vos agissements futurs : ce qui me permet de confirmer avec force que la perversion est au fascisme, ce que le parfum est à la rose.

     

    Comme nous le verrons par la suite, huit mois plus tard, les docteurs Roger Pascal et Emmanuel Pinto, mentionnaient l’argument comme un seul homme, dans leur rapport respectif : « L’inquiétude est que le patient pourrait éventuellement se suicider. »

     

    Force m’était alors de constater que chez vous, comme vous le dites, vous n'avez de commun avec les fascistes, que les méthodes et les pratiques : je tiens effectivement à vous dire, Monsieur le Ministre, que, ce jour-là, vous vous étiez fortement trompé dans votre choix d’hypothèse « efficace », car il ne pouvait être question, pour moi, de me suicider, et j’avais des idées très claires.

     

    Je vous offre, ici, l’exemple d’une autre hypothèse que vous auriez pu choisir si vous aviez consulté vos amis bruxellois, et qui me semble être bien plus pertinente que l’hypothèse de suicide : « Ma mise en observation psychiatrique était volontaire ». « J’avais organisé mon internement avec le médecin du Parquet de Liège » parce que  je trouvais « rassurant d'être pris en charge en milieu thérapeutique pour encaisser un coup dur. » J’avais estimé qu’il me fallait « saisir l'occasion qui m’a été offerte pour donner un tour plus dramatique à mon opposition ».

     

    Quant à vous, « vous aviez tenté de limiter les conséquences à ce que j’avais convenu avec le médecin », à savoir « mon internement volontaire », pour « me venir en aide », comme me le faisait savoir par son courrier du 18 décembre 2001, un minable résidu fasciste, Monsieur Fabien Moreau, secrétaire du groupe écolo au Sénat, autoproclamé libre penseur. Ce qui m’a semblé époustouflant dans ce récit, c’était la prétendue attente de l’ambulance fantôme auquel faisait allusion cette personne comme s’il voulait faire preuve du caractère imaginaire de l’histoire qu’il racontait.

     

    Je vous le livre pour la première fois, et sans aucun autre commentaire :

     

     

    « Bonjour,

     

    J'avais, dans mon mail, demandé à Muriel de me donner une réponse « à l'occasion », ce qu'elle a fait hier. J'ai reçu une réponse détaillée sur ces événements, réponse qui confirme largement ce que je savais déjà, mais qui me permet de me faire ma propre opinion, maintenant que j'ai pu mettre ceci en balance avec les réponses que vous m'avez vous-même apportées.

     

    Voici ce que j'en comprends : c'est une nouvelle dégradation des relations qui a provoqué une réaction de votre part, mais surtout c'est l'inquiétude exprimée par un policier, puis par une jeune fille qui vous soutient, puis par un courrier disant que vous iriez jusqu'au bout et que les cadres de la régionale en assumeraient toutes les conséquences, qui a amené J. Daras à craindre une issue dramatique et à prendre contact avec le magistrat de garde pour lui exprimer ses craintes.

     

    Je lis que c'est avec vous que le médecin s'est entretenu et que c'est avec vous que le transfert vers l'hôpital du petit Bourgogne a été convenu.  Dans votre situation (pour autant que je la comprenne bien), j'aurais peut-être aussi trouvé rassurant d'être pris en charge en milieu thérapeutique pour encaisser un coup dur.  Je lis aussi que vous avez été reçu en attendant l'ambulance et que J. Daras a tenté sans succès de décommander l'ambulance.

     

    Vous vous souvenez que mon mail à M. Gerkens était motivé par le fait qu'elle m'avait d'abord présenté votre mise en observation comme volontaire.  Il se fait que le recours à un magistrat en faisait bel et bien une collocation, en tous cas sur le plan formel, ce qui, comme je l'écrivais, fait mauvais ménage avec un débat d'ordre politique. Je crois pouvoir dire que j'ai eu réponse à mes questions :

     

    - quant à savoir si vous étiez consentant ou non pour les actes médicaux posés ou votre placement en milieu thérapeutique, ma question visait à savoir s'il s'agissait oui ou non d'une collocation : Muriel me le confirme, avec la précision importante qu'elle a perçue que le placement s'est fait en colloque entre vous et le médecin.  En réalité, vous seul savez dire si vous étiez ou non consentant.

     

    -   quant à savoir si des mandataires Ecolo, en nom propre ou pour compte de la régionale, ont joué un rôle dans la saisine du procureur du roi, j'ai également ma réponse: c'est oui, pour ce qui concerne J. Daras, mais il apparaît que tant lui que M. Gerkens et T. Detienne ont tenté d'en limiter les conséquences à ce que vous aviez convenu avec le médecin dans un premier temps.

     

    Pour ma part, mais c'est un sentiment personnel, j'aurais préféré être présent moi-même en permanence avec vous si j'avais eu des craintes quant à vos actes.  On ne peut cependant attendre la même attitude de tous les intervenants, compte-tenu de tout ce qu'ils avaient déjà eu comme échanges avec vous et l'historique de ce qui se profilait de plus en plus comme un conflit.

     

    S'il y a eu un usage malheureux de « l'usage légitime de la force », il ne me semble pas avoir été instrumentalisé dans le but de vous nuire, mais bien de vous venir en aide. Il n'y a, en tous cas, rien, me semble-t-il qui justifie le recours aux vocables injurieux que vous utilisez.  Je dis ceci avec autant de soulagement, que j'ai le sentiment d'avoir creusé au fond des faits relatés par les deux parties et que j'ai là le sentiment d'avoir rempli mon devoir de militant Ecolo, mais aussi et surtout, de libre-exaministe.

     

    Je comprends toujours votre message comme celui d'un individu dont on a apparemment mis la santé mentale en doute et qui se bat pour sa réhabilitation.  Cependant, je ne crois pas pouvoir imputer la responsabilité de cette mise en doute à des mandataires Ecolo, mais tout au plus, en partie, à vous-même, lorsque vous avez saisi l'occasion offerte pour donner un tour plus dramatique à votre opposition.

     

    Je continue certainement à penser qu'il n'est pas permis de laisser un homme s'empoisonner la vie s'il existe un moyen de lui rendre ce à quoi il aurait droit.  Dans le cas qui vous occupe, mon sentiment est cependant que vous êtes vous-même en mesure de vous le rendre:

     

    1° recentrez-vous sur le point essentiel de votre « combat » : la détention préventive inopérante dont vous avez fait l'objet, plus, semble-t-il la "collocation";

     

    2° cessez d'insulter les gens par centaines pour la seule raison qu'ils ont pris le parti de "déjeuner en paix", ce qui est peut-être navrant mais certainement un droit pour chacun;

     

    3° orientez ce conflit vers une issue viable pour vous et commencez à consacrer votre énergie et vos sacrifices au service d'une cause peut-être plus utile au bien commun.

     

    J'espère, avec une certaine appréhension, que cette réponse vous éclairera, et je vous souhaite tout le meilleur pour les fêtes.

     

    Fabien Moreau »

     

     

    Le 19 mars 1999 à 18h, je converse avec le médecin dans la voiture, les portières fermées et à la lumière d’une bougie. Il neige, on ne voit rien dans la voiture et je ne vois rien à l’extérieur. Madame Gerkens est avec vous, au premier étage du bâtiment en face. Alors, relisons cette phrase de Moreau : « Muriel me le confirme, avec la précision importante qu'elle a perçu que le placement s'est fait en colloque entre vous et le médecin. »

     

    Voyons alors, avec précision importante, ce qui s’est passé entre moi et le médecin.

     

    Il est donc 18 heures ; nous attendons les réponses de Thierry Detienne comme il les avait promises à Delphine ULLENS. Un médecin du Parquet, Pascal Roger, habitué des couloirs du palais de justice de Liège, se présente et exprime son souhait de s'entretenir avec moi. Je demande alors aux personnes sur place, de nous laisser seuls et je l'accueille dans ma voiture « calme, jovial et collaborant durant l’entretien » comme il m’avait décrit dans son rapport : en effet, je répondais à la médiocrité par l’ironie (calme), je tournais en dérision la provocation (jovial), je tentais de lui faire comprendre l’essentiel avec fermeté (collaborant).

     

    Après avoir rempli le formulaire relatif à mon identité, adresse, profession - formulaire « que vous connaissez fort bien, et dont ils ont fait si souvent et perfidement usage sans laisser aucune place à la finesse tant et si grande est leur impudence », comme le dit La Boétie -, je lui demande par quel magistrat il avait été dépêché sur place. Par le Parquet, dit-il. Après lui avoir posé la même question à trois reprises et obtenu la même réponse, je lui demande s’il souhaite que j'identifie moi-même ce Magistrat. Dérouté, il plonge dans le silence en me regardant avec étonnement. Je lui dis que, selon moi, il était requis et dépêché sur place par Monsieur Pierre Wilmart, Premier Substitut du Procureur du Roi.

     

    Figé, il me regarde, et me dit : « Vous imaginez bien des choses et les affirmez avec une certitude étonnante ». Je lui réponds que j'en ai l'habitude avant de lui préciser que je n'ignore rien de la préparation du scénario dont il est un des metteurs en scène. Comment ? dit-il. Oui, affirmes-je, Il était effectivement élaboré par des membres du Parquet, par certains mandataires écolos et membres de la police de Liège ; tels sont mes propos qu’il avait qualifiés de pensées délirantes dans son « rapport médical ».

     

    Il me demande ensuite ce qui se passe. Je lui résume la situation en quelques minutes et lui montre la lettre que j'avais adressé, ce jour-là, à Thierry Detienne. A mon plus grand étonnement, il ne la lit pas. Il a l’air de savoir ce qu’il doit faire. Puis, il me demande si j'ai déjà consulté un psychiatre. Pour quoi faire, je lui demande. Pour faire taire les ouï-dire au sujet de votre santé mentale, me répond-il.

     

    Je l’interroge pour savoir depuis quand on se promène en Belgique avec un certificat de normalité dans la poche et si lui-même en a un. Non, me dit-il, mais cela peut être utile dans votre cas pour mettre fin aux suppositions. Je lui suggère alors de ne pas avancer trop sur ce terrain glissant et lui fais part de mon refus de participer à ce jeu d'inspiration stalinienne.

     

    Ensuite, il me fait part de l'inquiétude de certains qui penseraient que je me suiciderais, mais il ne répond pas lorsque je lui demande de qui il s’agit. Je lui dis qu'il semble être bien informé par la propagande. Pourquoi ?  me dit-il. Je lui réponds que j'entends parler depuis des mois de suicide et d'assassinat, et qu’il ne m’apprend rien de nouveau.

     

    Il souhaite enfin savoir ce que je ferais si on ne me répondait pas à ma demande avant 22 h 00. Je lui réponds que je ne sais pas.

     

    Il me demande à nouveau si je souhaite consulter un psychiatre, et je lui réponds que je serais d'accord avec la démarche si le Magistrat qui  l'avait dépêché sur place, m'accompagnait pour un examen comparatif.

     

    Il sourit, me souhaite bon combat et s'en va.

     

     

    « Liège, le 19/03/99

     

    Parquet du Procureur du Roi

    A l'attention de Madame SOMER, Premier Substitut du Procureur du Roi.

     

    Concerne SARI Mustafa

     

    Je vous prie de trouver ci-joint le rapport rédigé dans l'affaire en rubrique ainsi que mon état d'honoraires. Je reste à votre entière disposition au cas où vous souhaiteriez des informations complémentaires, je vous prie d'agréer l'expression de mes sentiments les meilleurs.

     

    Docteur Pascal ROGER

    Etat d'Honoraires. N. Réf.: E90/99.Adressé le 19/03/99.

     

    Réquisitoire du Parquet de Liège

     

    Magistrat requérant : Madame Somer, Premier Substitut du Procureur du Roi.

     

    Date de réquisition : 19/03/99

     

    Nature de la mission : examen mental sommaire. Rapport déposé le 19/03/1999.

     

    Honoraire de 3685FB. »

     

     

    Lors de notre entretien, comme j’avais identifié tout haut le Magistrat que j’imaginais être le Magistrat requérant, le Docteur avait adressé son rapport à Madame Sommer, comme nous venons de le constater, pour prouver que j’aurai eu des idées délirantes puisque le Magistrat ne serait pas Monsieur WILMART que j’avais deviné ou imaginé.

     

    Trois mois plus tard, il s’était vu rattrapé par la réalité, car Madame Sommer n’étant pas Magistrat requérant, il lui a fallu évidemment s’adresser - pour être taxé, c’est-à-dire payé -, au Magistrat qui avait voulu rester derrière les rideaux :

     

     

    « A Docteur Roger Pascal

     

    Le 15.06.1999

     

    Objet: l'examen mental de SARI Mustafa (20/03/46)

     

    Par la présente j'ai l'honneur de vous confirmer mes réquisitions verbales du 19/03/99 en vous priant de vous rendre rue Hors-Château, 48 à 4000 Liège pour y examiner SARI Mustafa.

     

    Procureur du Roi.

     

    Pierre WILMART

     

     

    Par quel magistrat était réquisitionné le Docteur, et par un coup de téléphone ? Ne s’agissait-il pas bel et bien du Magistrat Pierre Wilmart, que j’avais imaginé dans mon délire imaginatif ? Qui était l’homme de contact si ce n’était pas vous, Monsieur Daras ?

     

    N’est-ce pas vrai, Monsieur le Ministre, que « La vérité n’existe pas, il n’y a que le vécu », comme vous le dites ? « Peu importe la vérité, n’est-ce pas ?, elle n’existe pas ou elle est multiple. Vous êtes à l’aise avec votre subjectivité ». Mais le problème chez vous, de plus humble au plus haut niveau, c’est que la prétendue perception des choses, les prétendues vérités, devient très vite la réalité. Et il est difficile, c’est vrai, de combattre vos perceptions, car ce sont des interprétations hautement intéressées, et elles sont de nature, comme nous venons de le constater, à faire crever de jalousie les plus zélés propagandistes.

     

    Comme je vous le disais dans ma lettre du 9 février courant, le sophiste Protagaros fut le premier à exprimer ce à quoi je faisais face devant votre porte : il déclara que « sur toute chose on pouvait faire deux discours exactement contraires. » C’est la méthode de la substitution d’une problématique du pouvoir à celle de la vérité. A la recherche et à la publication de la vérité (la notion de vérité objective devenant vide de sens) est substituée la recherche du succès, fondé sur l’art de convaincre, de persuader, de séduire ; ce que vous avez recherché avec succès et sans relâche durant trois et demi.

     

    Affirmer l’identique vérité de propositions contradictoires, c’est renoncer au langage. Si dire « ceci est blanc » n’est plus ni plus ni moins vrai que dire « ceci n’est pas blanc », alors « blanc » ne signifie rien de déterminé comme ce fut le cas dans vos récits.

     

    Vous vous posiez en négateur du principe de contradiction qui semble parler, mais qui, en fait, « ne dit pas ce qu’il dit » et de ce fait vous ruiniez tout échange de pensée entre les hommes, et, en vérité, avec vous-mêmes au point de déclarer qu’en Hors-Château, « s’affrontaient deux histoires, l’une aussi vrai que l’autre » ; vous parliez d’une chose blanche et vous prétendiez dire la vérité, et moi je  parlais de la même chose et je disais qu’elle était noire, mais selon vous, je ne mentais pas ; dire « ceci est blanc » n’était plus ni plus ni moins vrai que dire « ceci n’est pas blanc » ; donc l’un était aussi vrai que l’autre.

     

    En niant ce principe, vous niiez sa propre négation ; vous rendiez identique non pas seulement les opposés, mais toutes choses, et même les sons que vous émettiez, n’ayant plus de sens définis, n’étaient que des bruits. Vous étiez dès lors semblable à des végétaux. Par la négation du principe de contradiction, qui ruine la possibilité de toute communication par le langage, vous tentiez de détruire la stabilité des choses, des êtres singuliers.

     

    Quant à  moi, j’étais devenu un instrument de rue en Hors-Château, objet d’une violence morale inouïe. La résistance qu’il me fallait livrer consistait avant tout, à ne pas me détruire et à ne pas me laisser détruire moralement. Faire abstraction de tout et tenter d’être au quotidien, espérant pénétrer un jour dans les coulisses en enfonçant les portes de celles-ci par la force tranquille, ce qui fut fait.

     

    Trouvez-vous excessifs mes propos ? Alors, je vous donne un autre exemple du « fascisme ordinaire », avant de conclure : le 03 janvier 2001, j’avais écrit une lettre ouverte où j’expliquais les circonstances de ma mise en observation psychiatrique.

     

    Monsieur Vincent Robeyns qui est venu rejoindre le combat engagé devant votre porte, à l’occasion précisément de ma mise en observation, avait communiqué la copie de ma lettre aussi aux mandataires et membres du votre parti, dont il était sympathisant.

     

    Le 12 janvier 2001, il avait reçu la réaction par courriel, d’un membre du parti, Philippe Dutilleux ; je vous la livre ici tout en précisant que je n’ai jamais ni vu ni rencontré cette personne. Je lui avais néanmoins écrit à l’époque en réponse à sa réaction, pour lui dire qu’il semblait surgir du bas fond putride du siècle qui venait de s’achever avant de soumettre son message à l’examen du Juge d’instruction :

     

     

    « Bonjour,

     

    Je ne sais comment ce courriel m'a été adressé. Je suis conseiller communal écolo à malmedy et médecin généraliste depuis 1977. Par solidarité pour écolo, je me permets de vous livrer mon sentiment par rapport aux écrits de mr sari : pour moi, il s'agit d'un cas flagrant de délire paranoïaque tel que décrit dans tous les livres de psychiatrie et tel que j'ai eu l'occasion d'en observer dans ma pratique.

     

    Ces cas sont les plus dangereux car sous couvert d'une logique implacable, ils développent une interprétation de leur perception des choses complètement rigide et imperméable à toute critique : tous ceux qui mettraient en doute son point de vue sont automatiquement mis dans le lot des comploteurs. Il est très difficile voir impossible de les ramener à la raison et effectivement ce genre de personne est susceptible de passer à l'acte, suicide théâtral ou agression physique.

     

    Un psychiatre ou un médecin peut se rendre compte de la situation en quelques secondes et en quelques questions. Il n'y a pas d'alternative, si on veut être efficace et protéger le malade contre lui-même que de l'hospitaliser quasi de force et de lui imposer un traitement neuroleptique qui casse son système de raisonnement.

     

    Cela peut paraître barbare mais c'est la seule méthode qui ait une chance d'être efficace car il ne prendra pas les médicaments prescrits, perçus comme des tentatives d'empoisonnement, et ne voudra rien entendre de personne car tout avis divergeant du sien le confortera dans l'idée d'un grand complot contre lui.

     

    Ne donnez aucune eau à son moulin, cela aggravera son état. SVP ne lui transmettez pas ce courrier car je risquerais de subir son agressivité.

     

    Philippe Dutilleux. »

     

     

    En lisant ces propos insolents, j’avais l’impression d’entendre hurler dans la rue où je vivais, l’acolyte de Staline, Béria, dans les couloirs d’un Goulag quelque part en Sibérie : « Il n'y a pas d'alternative, si on veut être efficace et protéger le malade contre lui-même que de l'hospitaliser quasi de force et de lui imposer un traitement neuroleptique qui « casse » son système de raisonnement. »

     

    Comment est-il possible, me dis-je encore aujourd’hui, de vivre dans une société où on ne pourrait obtenir réponse à la question de savoir combien de fois ce bonhomme avait déjà « cassé » des raisonnements à l’aide d’un traitement neuroleptique. Et de savoir combien il en a  « cassé » depuis.  

     

    Onze mois plus tard, lors de son audition par le Juge d’instruction, ce médecin déclarait au sujet de sa réaction : « Je n’ai jamais rencontré monsieur SARI. Ce courrier du 12 janvier 2001 était adressé personnellement à monsieur ROBEYNS avec la demande explicite de ne pas transmettre ce courrier à monsieur SARI. Ce courrier du 12 janvier 2001 était une tentative d’utilisation de ma fonction de mandataire ECOLO pour soutenir monsieur SARI dans son combat pour défendre ce qu’il estime être ses droits. »

     

    Heureux d’être soutenu et défendu, dois-je dire ; de fait, il est vrai que le Führer aussi liquidait les « aliénés » par compassion pour eux-mêmes et leurs familles « saines », et, surtout sélectionnés par des médecins politiques appartenant à la S.S. Faut-il aussi dire que le rabattement du génocide perpétré par les nazis, sur le seul racisme se révèle insuffisant car, la seule « race » vraiment prise en compte n’était pas celle qu’on exterminait mais celle qu’on purifiait. En vertu de quoi les malades mentaux d’origine aryenne étaient à éliminer comme les autres, et ce, soulignons-le, par compassion pour les « aliénés » eux-mêmes.

     

    D’où, l’aliénation ne dit jamais si bien son nom que lorsque la victime, elle-même, proclame le bien-fondé de l’humiliation qu’elle subit : ce à quoi j’ai été forcé en Hors-Château durant ces longues années.

    Voulez-vous encore un exemple de la pratique du « fascisme ordinaire » ? D’accord, mais c’est la dernière sinon je vais vomir. J’ai fait aussi la connaissance par l’intermédiaire d’un ami souhaitant me faire une surprise, d’un trimestriel progressiste très proche du parti écolo et ayant pour titre « Vache Folle » [septembre 1998, no : 15].

     

    A la page 27 de celui-ci, j’ai lu un article signé par Pierre Heldenbergh que je ne connaissais pas, et qui serait l’animateur du Centre culturel « Barricade ». Il y dénonçait la nature de l’idéologie fasciste dans les termes suivants : « L’idéologie fasciste est une idéologie qui nie tout respect des droits et de la liberté de l’individu, aussi bien de l’adulte, que de l’adolescent et de l’enfant. » Le respect ? Et de quoi ?

     

    Arrivé à la page 43, j’ai découvert – par surprise ! - un autre article qui était signé par la même personne que je n’avais jamais rencontrée, et qui présentait quelqu’un, soit moi-même, qui mènerait depuis plus de trois mois une grève de la faim, alors que j’avais entamé cette grève le 9 juillet 1998, et je l’avais cessée le 28 août 1998, soit au quarante septième jour.

     

     

    « Méthode foireuse 

     

     

    Top modèle en sur poids après des vacances trop copieusement arrosées, ne vous laissez pas gruger par les vendeurs de régimes miracles !

     

    Le dernier en date s’appelle Mustafa Sari. Sa méthode : la grève de la faim…le voilà devant le siège d’Ecolo (pour une grève de la faim végétarienne ?).

     

    Depuis le 9 juillet, il glande comme un pignouf devant le restaurant Le Danielli, et nous abreuve de messages incompréhensibles.

     

    Ce type est une imposture : après plus de trois mois de grève de la faim, il n’est toujours pas mort ! Pire, il n’a pas perdu un gramme… !

     

    Les monomaniaques du style Sari, feraient mieux de donner leurs grèves de la faim à des causes qui en valent la peine. 

     

    P.H. comme Ponne Happétit, Mustapha. »

     

     

    J’ai eu ainsi le privilège de découvrir un autre « résidu » qui prétend dénoncer par ce qu’il écrit avec sa main droite à la page 27, ce qu’il pratique, avec jubilation,  par ce qu’il écrit avec sa main gauche à la page 43, et dans le même tract de propagande. Autrement dit, il s’agit du comportement réflexe d’un « résidu » pervers, dont la main gauche ignore ce que fait la main droite.

     

    Plus tard, la « loyauté » de ce Monsieur Ponne Happétit fut largement récompensé par Monsieur Thierry Detienne devenu Ministre Régional des Affaires Sociales .…

     

     

     

    Conclusion.

     

     

    « Ça ne se fait pas ! »

     

     

    Comprendriez-vous, un jour, le sens profond de cette phrase ?

     

     

    Durant cette grève, j’espère effectivement vous aider à retrouver la « mémoire collective » tout en confirmant, une fois de plus mais une fois de trop, « la sincérité de mon engagement de long date » que vous auriez découverte, et « des valeurs qui m’animeraient », selon vous. Ensuite, il appartiendra à vous-même ainsi qu’à Messieurs Thierry Detienne, Louis GEnet, Bernard Wesphael, et à Madame Muriel Gerkens, de juger si vous deviez définitivement quitter la scène politique pour une autre cause que « l’amnésie fiscale ».

     

    Vous concernant, il s’agit de « l’amnésie» que l’on pourrait qualifier de « l’amnésie politico-historique » qui vous empêcha à l’époque, et qui vous empêche encore aujourd’hui, de vous rappeler, par exemple, que la politique, le judiciaire et la psychiatrie n’ont fait bon ménage que sous le règne des sinistres régimes totalitaires, dictatoriaux, autoritaires ou fascistes, qui ont marqué le siècle achevé pendant mon long séjour – du 9 juillet 1998 au 7 janvier 2002 - devant « votre porte » : et cela, ça ne se fait pas, Monsieur !

     

    Vous êtes inquiétants, et je suis inquiet. C’est bien cette inquiétude qui m’est intolérable aujourd’hui. Parfois, je ne me sens pas libre en marchant dans la rue ; il est vrai, c’est terrifiant. Je ne pardonnerai rien à personne sans que la vérité soit dite par qui de droit, et qu’elle soit assumée par ceux qui ont le devoir de l’assumer. Et j’irai jusqu’au but, à tout prix et à n’importe quel prix, pour faire face au règne de « l’arbitraire » et de « l’impunité ».

     

    Dans l’attente, je vous prie de recevoir, Monsieur le Ministre, l’expression de ma profonde indignation et de mes sentiments pour le moins confus.

     

     

     

    Mustafa Üner SARI.

     

     

    Rue du Bouxthay, 188

    4041 Vottem (Herstal)

     

    Tél. : 0494 68 84 10.

     

    C.C. : Madame la Ministre de la Justice,

    Monsieur le Bourgmestre de la Ville de Liège,

    Madame la présidente du Conseil Supérieur de la Justice,

    Mesdames et Messieurs les Secrétaires fédéraux du parti Ecolo,

    La Presse,

    Et à qui de droit


  • Paul Valéry

    La faiblesse de la force est de ne croire qu’à la force.


  • Réponse du Conseil supérieur de la Justice

    Bruxelles, le 23 février 2004
     
    Monsieur,
     
    Concerne: votre lettre du 5 février 2004
     
    Votre lettre du 5 février 2004 a retenu toute notre attention.
     
    Elle a été transmise à la Commission d'Avis et d'Enquête pour examen et porte désormais le numéro de référence suivant: F/04/XXXX.
     
    Comme vous le constaterez dans la brochure ci-jointe, la procédure de traitement des plaintes comporte trois étapes:
     
    - examen de la recevabilité,
    - examen de la compétence du CSJ,
    - et enfin, traitement proprement dit de la plainte.
     
    Vous serez bien entendu informé des décisions qui interviendront dans votre dossier.
     
    Nous vous prions de croire, Monsieur, à l'assurrance de nos sentiments distingués.
     
    Pour le Conseil supérieur de la Justice,
     
    Karin GERARD,
    Présidente de la Commission d'Avis et d'Enquête francophone.
     

  • Réponse de la Ministre de la Justice

    Bruxelles, le 23 février 2004
     
    Monsieur,
     
    Votre courrier par lequel vous introduisez une requête sur base des articles 485 et suivants du Code d'Instruction Criminelle m'est bien parvenu et a retenu ma meilleure attention.
     
    Votre requête est actuellement examinée et je reprendrai spontanément contact avec vous dès cet examen terminé.
     
    Je vous prie d'agréer, Monsieur, l'expression de mes sentiments les meilleurs.
     
    Laurette ONKELINX