Lettre ouverte à José Daras

 

Lettre ouverte

 

à

 

Monsieur José DARAS

 

Ministre d’Etat, ex-Sénateur,

actuel Ministre régional « ECOLO »,

 

l’une des briques, la première,

que j’enlèverai du mur devenu passage.

 

 

 

 

« Tourner la page » !

 

 

Mais après l’avoir bien lue et bien comprise.

 

 

 

 

Mustafa Üner SARI.

 

 

 

 

 

 

Monsieur José DARAS

Ministre d’Etat, ex-Sénateur,

actuel Ministre régional « ECOLO ».

Hors-Château, 48

4000                  LIEGE

 

 

Liège, le 09 février 2004

 

 

Monsieur le Ministre,

 

 

Objet: Vos agissements incessants en tant que Maître incontestable des cérémonies de coulisses.

 

Me permettriez-vous d’entamer la présente en citant les propos ci-dessous, que le Docteur Roger PASCAL tenait dans son rapport adressé au Parquet de Liège qui l’avait dépêché en Hors-Château le 19 mars 1999, et à votre demande, afin de m’examiner pour savoir si je ne souffrais pas d’une éventuelle perturbation mentale ;

 

« MISSION :

 

Je me suis rendu ce 19/03/1999 rue Hors-Château pour y examiner Monsieur Sari Mustafa. En fait, le patient est bien connu dans la mesure où voilà déjà plusieurs mois qu’il poursuit une grève de la faim en face des bureaux d’un sénateur. Aujourd’hui, Monsieur Sari a décidé de mettre un terme aux litiges qui l’oppose à ce sénateur. Il a pour se (sic) faire envoyer (sic) une lettre au Sénateur. Cette lettre laisse entendre que Monsieur Sari souhaite passer à l’action dès lundi mais il n’y a pas de précision. L’inquiétude est que le patient pourrait éventuellement se suicider. »

 

Je crois que ces propos purement imaginaires ayant pour seul but de proclamer le « vérité efficace » mise en avant jadis par Machiavel, sont de nature à vous faire bien comprendre la raison pour laquelle je vous interpelle personnellement aujourd’hui : il vous faut quitter les coulisses, votre base arrière, où vous vous dissimulez pour mieux vous agiter en Maître incontestable des cérémonies, et faire preuve courageusement de votre morale machiavélique qui s’opposerait, selon vous, à la morale chrétienne.

 

A ce sujet justement, me permettriez-vous aussi de citer, ici, la réponse que vous donniez, dans un entretien, à la question de savoir « quelle est la personnalité historique qui vous a le plus marqué » : 

 

« Je vais faire dans la provocation en disant Machiavel, et ce qui est passionnant chez Machiavel, c’est qu’on a donné une image totalement fausse de quelqu’un de machiavélique, qui n’aurait pas eu de morale, il a été un des artisans de la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Pour lui, le pouvoir du Prince ne devait pas être soumis à l’enseignement de l’Eglise, mais devait se faire en fonction de l’intérêt du pays et de ses habitants. Le conseil du Prince, ce n’était pas le pape, c’était son pays. Ce qui gommait la dimension morale chrétienne de la vie politique. On a fait de Machiavel un être qui n’avait aucune morale. » [Le journal  « Publi-Hebdo », le 7 novembre 2001.]

 

Force m’est de constater que, hormis vous qui êtes la représentation machiavélique du pouvoir, nul n’a prétendu que Machiavel n’avait aucune morale car il avait la sienne propre comme tout être humain. Mais il prônait une politique a-morale, et on la qualifie précisément de machiavélique,  c’est-à-dire sans considérations d’ordre moral quant à l’élaboration et la mise en œuvre des décisions politiques. Pour s’en rendre compte, il suffit de se rappeler du caractère criminel des conseils que Machiavel adresse à son prince dans son œuvre « Le Prince » ; il y souligne que le Prince devrait, pour s’imposer, être lion ou renard, craint ou rusé ; il enseigne ouvertement qu’il n’y pas de pouvoir possible sans dissimulation ou que tout le pouvoir consiste en sa représentation. Telle est la « vérité efficace ».

 

Il précise qu’un prince qui veut conserver le pouvoir et prétendre à l’honneur, la gloire et la renommée doit apprendre à n’être pas vertueux et apprendre l’art de le paraître. S’il se conduisait toujours selon la vertu, il se ruinerait lui-même. Le pouvoir est tel qu’il ne peut s’exercer que sur le mode de la division de l’être et du paraître. Il préconise donc un type d’Etat qui, non seulement ne saurait mettre un terme à la dissimulation, mais l’organisera selon un art qu’il invente : un art de simuler à bon escient, dont vous tenez le secret divin quant à sa pratique au quotidien.

 

Mais oui, à force de nous voir forcés de prendre des vessies pour des lanternes, nous avons appris à nous inciter à toujours plus de scepticisme et de vigilance notamment face aux manipulateurs patentés qui cultivent la provocation pour entretenir le malentendu, et qui croient qu’il leur suffit de se proclamer, par exemple, l’adepte de l’un des artisans de la séparation de l’Eglise et de l’Etat, pour avoir une morale, autre que la morale chrétienne, comme Hitler qui était l’un des artisans des premières lois écologiques concernant la protection de la nature, tout comme Mussolini était l’un des artisans du socialisme romantique pour ne rien dire de Staline, l’artisan du socialisme réel.

 

En effet, en renard rusé qui  excelle dans l’art de la manipulation, du paraître et de la simulation, la seule ligne ou la seule orientation politique que vous avez pu définir et affirmer publiquement depuis vingt-cinq ans, ne se résume-t-elle pas à ce slogan qui vous est cher : « Les socialistes doivent faire un peu plus de socialisme, les libéraux un peu plus de libéralisme, et les chrétiens n’ont qu’à fermer leurs gueules » ?

 

En disant cela, vous ne dites évidemment rien de ce que vous devriez faire un peu plus, ni de ce que vous faites autrement que ceux qui, selon vous, devraient fermer leurs gueules.

 

Ce qui m’amène à vous entretenir de l’objet principal de la présente, et de vous demander, une dernière fois, de faire ce qui vous devriez faire avant de fermer définitivement votre « bouche ».

 

Au mois de septembre dernier, j’ai adressé aux mandataires écolos concernés, dont vous, une demande de reconnaissance de certains faits précis par l’intermédiaire de Monsieur Bernard Wesphael qui m’a promis d’y réserver suite le 15 novembre au plus tard.

 

 

Je rappelle ces faits :

 

1. En ce qui concerne la nauséabonde et terrifiante lettre que vous m’aviez transmise le 15 juillet 1998 :

 

Je souhaitais, d'abord, lire « la » réponse à la question suivante : outre vous-même, Thierry Detienne, et Louis Genet, qui avait participé à la conception et à l'élaboration de cette lettre, et ce, avant que je n’engage la grève de la faim le 9 juillet 1998 ?

 

Je souhaitais, ensuite, que vous-même, Thierry Detienne, Louis Genet et les personnes qui seraient identifiées par la réponse de la question posée au point 1, reconnaissiez, par écrit, que cette lettre a été conçue par eux pour être diffusée dans le seul but de tromper l'opinion publique, de manipuler les médias et les autorités publiques, et de broyer ainsi dans la confusion la grève de la faim précitée que j'avais engagée six jours plus tôt.

 

2. En ce qui concerne l’ultime sursaut d’inspiration purement fasciste, à savoir ma mise en observation psychiatrique, le 19 mars 1999, par ordonnance judiciaire :

 

Je souhaitais que les mandataires écolos concernés, à savoir vous-même, Thierry Detienne, Jacky Morael, Louis Genet, Muriel Gerkens et Bernard Wesphael, reconnaissent par écrit, que le scénario de cet ultime manœuvre de diversion, a été élaboré par eux dès le mois de novembre 1998, et a été mis en œuvre le 19 mars 1999 afin de mettre un terme à la résistance que j’assumais en Hors-Château, et cela, en collaboration étroite avec notamment les magistrats concernés du Parquet de Liège - dont Monsieur le Premier Substitut Pierre Wilmart -, et du Parquet général - dont Madame le Procureur Général Anne Thily et son Avocat Général Madame Andrée SPRIESTERBACH.

 

 

Puis, le processus légendaire de laisser passer le temps et de tenter ainsi de me faire résigner par la lassitude et l’usure du temps, s’est mis en marche comme ce fut le cas lors de mon long séjour - du 9 juillet 1998 au 7 janvier 2001 - devant la porte de votre parti ; ce terrifiant processus est suivi à présent par celui de l’élaboration des « récits » sous formes de réponses à ma demande avec le seul souci d’adapter la réalité des faits à vos aspirations par l’adaptation des mots aux actes au lieu de décrire les actes par les mots, comme ce fut également le cas durant ces longues années devant « votre porte ». 

 

Ce qui m’empêche évidemment de « tourner la page » et de me tourner vers l’avenir comme vous me le conseilliez en bon père de famille au mois de mai 2003 lors de la réunion électorale qui avait lieu à Liège. Car, je ne pourrai ni ne voudrai tourner cette page sans l’avoir bien lue et bien comprise pour mieux tourner les pages restantes de l’histoire du « terrorisme d’Etat » qui me préoccupe depuis neuf ans.

 

C’est pourquoi, et une fois encore, je me vois dans l’obligation non pas de vous demander la reconnaissance desdits faits mais de vous soumettre « la » question dont « la » réponse que vous voudrez lui réserver, nous permettra, sans nul doute, de mieux comprendre la nature du conflit qui nous oppose depuis tant d’années et d’y mettre enfin un terme. Avant de formuler cette question, je souhaite vous rappeler les faits suivants :

 

 

Il était une fois ;

 

Le 9 juillet 1998, j'ai entamé une grève de la faim devant les locaux de la régionale liégeoise de votre parti.

 

Au sixième jour de cette grève, soit le 15 juillet 1998, m'a été transmis le courrier ci-dessous, dont Monsieur Thierry Detienne, alors Député fédéral, était le seul signataire, et dans lequel vous racontiez une histoire que je ne comprenais pas ; histoire purement imaginaire que vous aviez construite en cachant, simplement !, la demande que j’avais adressée aux parlementaires écolos, et qui avait donné lieu à l’engagement de ladite grève ;

 

Ce qui vous avait permis de dissimuler la vérité en dessous des mensonges qui, à leur tour, ont été couverts par des non-dits et des sous-entendus, et d’inventer de cette façon un récit imaginaire qui pourrait être intitulé par le psychiatre Michel Schneider : « Moi, la vérité, je mens ; il n’est pas plus habile mensonge que de masquer la vérité en lui donnant l’éclairage qui la rend trompeuse. »

 

 

« Mustafa,

 

Le 9 juillet, tu as entamé une grève de la faim devant les locaux régionaux d’ECOLO et tu nous as transmis une lettre, que tu as rendue publique, par laquelle tu nous demandes d’interpeller le Ministre de la Justice en soutien à la requête que tu lui as adressée le 4 février de cette année.

 

Le mardi 14 avril, nous nous sommes rencontrés ; tu m’as remis une copie de ta requête et tu t’es indigné de n’avoir reçu aucune réponse. En date du 4 mai, j’ai envoyé un courrier au Ministre de la Justice pour lui dire que j’avais connaissance de ta démarche et que je m’étonnais de ce que celle-ci n’avait reçu aucune réponse. J’attirais son attention sur des questions précises que tu y formulais et qui me paraissent toujours constituer le centre de tes interrogations.

 

N’ayant pas reçu moi-même de retour à ce courrier, j’ai envoyé un rappel au Ministre en date du 8 juin.

 

Le vendredi 19 juin, nous avons eu un nouvel entretien au cours duquel tu m’as fait part de ton intention d’entamer une grève de la faim devant nos locaux. Je me souviens de t’avoir dit alors que je trouvais cette idée étonnante. En effet, tes récriminations visent les autorités judiciaires et maintenant le Ministre de la Justice et non les écologistes que nous sommes.

 

Le lundi 13 juillet, José DARAS et moi-même t’avons à nouveau reçu. En ta présence, j’ai pris un contact téléphonique avec le Cabinet de la Justice.Toujours, avec le même souci qu’une réponse circonstanciée te soit donnée. Mon interlocuteur m’a demandé un délai pour pouvoir rassembler des informations. J’ai enfin pu entrer en contact avec lui ce mardi en fin d’après-midi.

 

Il me confirme ce que je redoutais. Le Ministre de la Justice ne peut arbitrer le travail des autorités judiciaires ni interférer dans les décisions de celles-ci. C’est la conséquence du principe de séparation des pouvoirs dont nous revendiquons par ailleurs le respect strict dans notre travail politique quotidien.

 

J’ai pris conseil hier auprès d’Eddy BOUTMANS, avocat et sénateur AGALEV, qui me confirme que le Ministre ne déroge pas à la règle et qu’il refuse catégoriquement de répondre à des questions relatives à un dossier personnel.  La mise en place future du Conseil Supérieur de la Justice devrait pouvoir répondre au vide actuel tout en respectant ce principe, la proposition de loi sur cette matière sera déposée jeudi à la Chambre.

 

Tu souhaitais que j’interpelle le Ministre de la Justice, mais tu dois savoir que la session parlementaire se termine cette semaine. Et matériellement, la date de début de ton action ne me laissait pas le temps d’introduire une demande de mise à l’ordre du jour, les derniers travaux étant consacrés par ailleurs au travail législatif.

 

Sans doute est-ce un élément que tu as sous-estimé au moment où tu as entamé ta grève de la faim.  Mais, je le répète, une demande d’interpellation publique du Ministre de la Justice aurait essuyé un refus pour les raisons que je rappelle plus haut.

 

Par mes différentes démarches, qui, tu en conviendras, dépassent le stade d’une lettre vague envoyée à un Ministre, je pense avoir épuisé les différentes voies d’action à la disposition du parlementaire.

 

J’ai jugé bon de t’en faire le bilan détaillé pour que ces informations puissent éclairer ta décision quant à la poursuite de ton action.

 

Il est évident que je reste à ton entière disposition et je te prie de croire à l’expression de mes sentiments les meilleurs.

 

 

Thierry DETIENNE

Député. »

 

 

On ne saura trouver, écrit Machiavel, des mots lorsque l’incertitude règne autour de ce que veulent faire les autres ; mais sitôt qu’on a arrêté son esprit et qu’on a décidé de ce qu’il faut exécuter, on trouve sans mal les mots pour l’action. Il faut adapter les mots aux actes, non ceux-ci à ceux-là, ce que l’on fait en commençant par agir de manière à mettre les autres devant une situation nouvelle et on crée ainsi la nécessité pour les autres.

 

De fait, c’était bien le but poursuivi par ce courrier qui, en Hors-Château, avait donné lieu à l’engagement du combat dans le combat face à la « situation nouvelle » qu’il avait créée, combat qui a duré trois ans et demi ; trois ans et demie pour obtenir réponse aux trois questions, réponses qui étaient « nécessaires » pour comprendre l’histoire imaginaire que vous me racontiez dans ce même courrier, et partant, pour tenter de découvrir la vraie motivation de vos agissements :

 

 

1.            Quel a été l’objet précis de la demande que je vous avais adressée le 15 avril 1998 sur base de la lettre qui m'a été adressée par le Ministre de la Justice le 09 avril de cette même année, et que vous aviez accueillie favorablement ?

 

2.            Après l'entretien que nous avons eu, le 13 juillet 1998, vous avez prétendu avoir donné un coup de téléphone au cabinet du Ministre de la Justice. Quel a été l'objet de ce coup de téléphone ?

 

3.         D'après les réponses que vous fournirez à ces questions, l'objet de ma demande précitée, ainsi que l'objet du votre prétendu coup de téléphone au cabinet du ministre de la Justice, pouvaient-ils heurter le principe de séparation des pouvoirs, et rencontrer le refus du ministre de la Justice de statuer sur une affaire individuelle, c’est-à-dire une affaire dont le traitement est de la seule compétence des cours et tribunaux ?

 

 

Lorsque je lis encore aujourd’hui les innombrables récits imaginaires que vous m’aviez transmis en réponse à ces questions, je me rappelle de la réponse que Thierry DETIENNE donnait, aussi dans un entretien, à la question de savoir « quel était son plus lointain souvenir » :

 

« Je me souviens des histoires que me racontait mon grand-père maternel. Il avait une grande facilité à construire des fictions. Il me racontait des histoires à rebondissements. La suite au prochaine numéro. Comme il habitait près de chez nous, nous avions droit à la suite rapprochée.» [Le journal  « Publi-Hebdo », le 31 octobre 2001.]

 

En effet, vous avez eu une grande facilité à construire des fictions et à les faire signer, avant de me les transmettre, par Detienne chrétien en mémoire de son enfance ; vous m’y racontiez des histoires à rebondissements. La suite au prochaine numéro. Comme j’habitais devant votre porte, j’avais droit aux suites très éloignées les unes des autres.

 

Le sophiste Protagaros fut le premier à exprimer ce à quoi je faisais face devant votre porte : il déclara que « sur toute chose on pouvait faire deux discours exactement contraires. » C’est la méthode de la substitution d’une problématique du pouvoir à celle de la vérité. A la recherche et à la publication de la vérité (la notion de vérité objective devenant vide de sens) est substituée la recherche du succès, fondé sur l’art de convaincre, de persuader, de séduire ; ce que vous avez recherché avec succès et sans relâche durant trois et demi.

 

Affirmer l’identique vérité de propositions contradictoires, c’est renoncer au langage. Si dire « ceci est blanc » n’est plus ni plus ni moins vrai que dire « ceci n’est pas blanc », alors « blanc » ne signifie rien de déterminé comme ce fut le cas dans vos récits.

 

Vous vous posiez en négateur du principe de contradiction qui semble parler, mais qui, en fait, « ne dit pas ce qu’il dit » et de ce fait vous ruiniez tout échange de pensée entre les hommes, et, en vérité, avec vous-mêmes au point de déclarer qu’en Hors-Château, « s’affrontaient deux histoires, l’une aussi vrai que l’autre » ; vous parliez d’une chose blanche et vous prétendiez dire la vérité, et moi je  parlais de la même chose et je disais qu’elle était noire, mais selon vous, je ne mentais pas ; dire « ceci est blanc » n’était plus ni plus ni moins vrai que dire « ceci n’est pas blanc » ; donc l’un était aussi vrai que l’autre.  

 

En niant ce principe, vous niiez sa propre négation ; vous rendiez identique non pas seulement les opposés, mais toutes choses, et même les sons que vous émettiez, n’ayant plus de sens définis, n’étaient que des bruits. Vous étiez dès lors semblable à des végétaux. Par la négation du principe de contradiction, qui ruine la possibilité de tout communication par le langage, vous tentiez de détruire la stabilité des choses, des êtres singuliers.

 

Quant à  moi, j’étais devenu un instrument de rue en Hors-Château, objet d’une violence morale inouïe. La résistance qu’il me fallait livrer consistait avant tout, à ne pas me détruire et à ne pas me laisser détruire moralement. Faire abstraction de tout et tenter d’être au quotidien, espérant pénétrer un jour dans les coulisses en enfonçant les portes de celles-ci par la force tranquille, ce qui fut fait.

 

Je tiens à vous dire ici, avec force et conviction, que ce qui a été fait en Hors-Château durant ces longues années, ne pouvait être fait que par une résistance à propos de laquelle Macbeth dirait : « Si c’était fait, lorsque c’est fait, il faudrait le faire tout de suite. »

 

La preuve en est que c’est ce qui était fait qui me permet aujourd’hui de vous poser la question suivante tout en précisant que celle-ci ne peut vraiment être comprise que par vous et par moi, et par certaines personnes qui connaissent vraiment le dossier :

 

 

La Question 

 

 

Le 15 juillet 1998 à 14.15 h., après avoir lu votre courrier suscité, ce récit conçu, élaboré et couché sur papier par des manipulateurs accomplis à l’imagination débordante, si j’avais mis un terme à la grève de la faim sans me poser ni vous poser les questions précitées et j’étais retourné chez-moi dompté, n’auriez-vous pas téléphoné au « Parquet » de Liège pour demander un médecin en vue de me faire examiner pour savoir si je ne souffrais pas d’une éventuelle perturbation mentale, et ce, par crainte de me voir me suicider chez-moi et de vous voir inculpé de non assistance à personne en danger ?

 

En d’autres termes, comment aviez-vous pu croire avant de me transmettre ce récit, qu’un homme doué de raison, pouvait quitter les lieux et rentrer chez-lui en se disant, au point de s’en persuader, que sa demande aurait heurté le principe de séparation des pouvoirs, et rencontré le refus du ministre de la Justice de statuer sur une affaire individuelle comme vous le souhaitiez ?

 

Je laisse couvrir le reste par le silence car je ne vois pas à quoi bon répéter ce qui était dit et redit à mainte reprises depuis des années, et je me contente de vous suggérer de lire attentivement la requête que j’ai adressée le 19 janvier dernier à Madame la Ministre de la Justice, et dont j’ai communiqué copie à Monsieur Olivier Kinnen ;

 

La lire pour comprendre enfin que vous êtes la première brique que je tenterai d’enlever du mur devenu passage.

 

Je vous suggère également de relire, une dernière fois, le passage suivant de votre courrier suscité ; passage par lequel vous manipuliez la nécessité et faisiez appel au peuple pour faire valoir la « vérité efficace » grâce à laquelle on parvient à ses fins par n’importe quels moyens, sans considération des subtilités juridiques, constitutionnelles, morales ou autres en niant toute responsabilité comme le conseillait jadis Machiavel à son Prince qui est votre miroir fétiche :

 

« Le lundi 13 juillet, José DARAS et moi-même t’avons à nouveau reçu. En ta présence, j’ai pris un contact téléphonique avec le Cabinet de la Justice.Toujours, avec le même souci qu’une réponse circonstanciée te soit donnée. Mon interlocuteur m’a demandé un délai pour pouvoir rassembler des informations.

 

J’ai enfin pu entrer en contact avec lui ce mardi en fin d’après-midi. Il me confirme ce que je redoutais. Le Ministre de la Justice ne peut arbitrer le travail des autorités judiciaires ni interférer dans les décisions de celles-ci. C’est la conséquence du principe de séparation des pouvoirs dont nous revendiquons par ailleurs le respect strict dans notre travail politique quotidien. »

 

C’est par ce passage que vous faisiez preuve de l’exercice de votre art ; art de manipulation et de persuasion dans lequel vous excellez d’un façon jubilatoire à l’image des pervers accomplis.

 

En effet, le peuple vous aurait mieux compris et aurait compris tant le contenu que le champ d’application du « principe de séparation des pouvoirs » si vous vous aviez appuyé votre explication par un exemple comme ceci : pour mieux vous faire comprendre par le peuple, vous pouviez effectivement écrire que vous auriez téléphoné à votre interlocuteur au Ministère des Transports, et que ce dernier vous aurait confirmé ce que « vous auriez redouté ! », à savoir que le train ne peut quitter les rails et parcourir les autoroutes, en laissant sous-entendre que j’aurais demandé aux parlementaires fédéraux écolos qu’ils exigent du Ministre que le train quitte les rails et parcourt les autoroutes ;

 

Et cela, afin d’adapter la réalité à vos aspirations, c’est-à-dire avec l’intention de faire déduire aux personnes auxquelles vous alliez distribuer votre récit à des fins de propagande, que j’aurais - comme « un illuminé, un fou, un givré, un paranoïaque » -, contesté que le train ne pouvait quitter les rails et parcourir les autoroutes, et que j’aurais voulu voir celui-ci parcourir les autoroutes et pourquoi pas la rue « Hors-Château » à Liège.

 

En conclusion, je tiens à vous dire que ce que vous avez fait durant ces longues années en Hors-Château, était une erreur ; votre volonté de ne pas la reconnaître, et donc de la nier, est une faute grave.

 

Il m’incombe désormais de vous faire preuve de ma volonté de vous aider à surmonter tant la crainte de vous contredire vous-même, que la peur d’assumer la responsabilité de vos actes ;

 

Et ce, par tous les moyens que j’estimerai légitimes.

 

Dans l’attente, je vous prie de recevoir, Monsieur le Ministre, l’expression de mes sentiments pour le moins confus.

 

 

Mustafa Üner SARI.

 

 


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