Requête au Ministre de la Justice

REQUETE

[ De la poursuite et de l’instruction contre certains juges et tribunaux pour crimes et délits relatifs à leurs fonctions.]

Article 485 et suivants du C.I.C

 

Madame Laurette ONKELINX

Ministre de la Justice

Rue du Commerce, 78-80

1040    Bruxelles

 

Liège, le 19 janvier 2004.

 

 

 

 

Madame la Ministre,

 

 

Concerne : les barrières infranchissables dressées devant les lois et le droit par Mesdames Anne THILY et Andrée SPRIESTERBACH, respectivement Procureur Général et Avocat Général près la Cour d’Appel de Liège, Monsieur Pierre WILMART, Premier Substitut du Procureur du Roi près le Parquet de Liège, et leur suite « magistrale ». 

 

 

Avant de vous entretenir de l’objet principal de la présente requête, j’ai l’honneur de soumettre à votre haute appréciation la question suivante que je me pose à présent, et que j’estime d’une gravité extrême quant à ses implications dans une perspective d’avenir que j’espère très proche :

 

Comment faire ou que faire encore pour continuer à croire que l’on peut substituer la justice à la violence, et pour tenter de convaincre les « dieux » de la vengeance, de la supériorité intrinsèque du droit sur le rapport de force et sur l’arbitraire et l’abus de pouvoir ?

 

Cette question trouve sa raison d’existence dans la résistance qui exige l’application des lois et le respect du droit, et que j’assume depuis plus de huit ans et demi afin d’élucider les motifs réels des actes de violence « propre », qu’évoquent deux autres questions étroitement liées entre elles et restées sans réponse à ce jour :

 

§          La première question :

 

 

Le 21 juin 1995, j'ai été privé de liberté, et le lendemain, j’ai été mis sous mandat d'arrêt pour cause d’escroquerie et de détournement du fond avant d’être séquestré à la maison d’arrêt de Lantin à Liège ; ce mandat d'arrêt concernait-il réellement une affaire judiciaire ou était-il conçu comme instrument de la pratique du « terrorisme d'Etat » par voie judiciaire ? [1]

 

Je précise, d’abord, ce que j'entends par  « terrorisme d'Etat » en me référant à la définition de ce terme par Monsieur Bourseau, Président émérite du Tribunal de Première Instance de Liège : « il s’agit d’une action délictueuse ou criminelle dans l'élaboration et l'exécution de laquelle prennent part aussi les représentants de l'Etat. »

 

Et ensuite, je souligne la nécessité, pour moi, d’avoir pris cette définition dès le départ comme référence de base quant à l’analyse tant de la nature des agissements, que de l’objectif que les auteurs de ces mêmes agissements se proposaient d’atteindre ; il s’agissait en effet des actions de violence élaborées et mises en œuvre par des personnes qui tentent, après coup, de se dissimuler derrière l’Etat pour mieux s’en servir afin d’alimenter et de protéger, comme du coutume, leurs intérêts privés par détournement systématique de pouvoir public dont ils ont, en principe, la noble charge de représentation et d’exercice dans l’intérêt du plus grand nombre.

 

Ainsi, ces personnes croyaient pouvoir continuer, infiniment et impunément, à pervertir et à détourner les lois, et à transmuer l’Etat de droit en Etat de contrainte, et la Justice en un moyen d’intimidation et de menace, dont disposeraint les puissants à l’encontre des faibles.

 

C’est ce constat qui m’a permis de prendre distance, d’une part, des interminables discussions de bistrot concernant tant la Raison d’existence et le fonctionnement de l’Etat, que la conquête du pouvoir et son exercice, et d’autre part, de faire des distinctions et de dépasser, par exemple, la répugnance que nous éprouvons généralement à citer des noms, à qualifier les faits et actes, et à juger les hommes en fonction de leur responsabilité individuelle de quelque ordre que ce soit ;

 

Alors qu’en droit positif, la nation de responsabilité - ni celle de culpabilité - collective ne peut être envisagée ; elle n’existe pas ; si nous devions raisonner en ces termes, nous penserions comme les nazis. [2]

 

En effet,  derrière la question de savoir si le mandat n’était pas conçu comme instrument de la pratique du « terrorisme d’Etat », et si les commanditaires de ces agissements n’avaient pas pour seul but de discréditer, de faire résigner et de réduire enfin au silence un combat et une association, se trouve la question principale qui est la suivante : les magistrats et auxiliaires qui avaient pris en charge l’accomplissement de cet acte par voie judiciaire, n’étaient-ils pas motivés aussi par leur volonté  d’un « règlement de compte » croyant ainsi blanchir le passé chargé les concernant ?

 

 De quel passé s’agit-il ? Il s’agit d’un passé lourd de conséquences pour eux, comme pour tous ceux et celles qui avaient cru pouvoir le couvrir par un mandat d’arrêt. [3]

 

Par la suite, chacun de ces exécutants hors la loi – et juge et partie à la fois - ne pouvait pas ne pas être un défi et un danger pour la loi elle-même ; et cela était parfaitement prévisible car nous savons que même dans le cas de l’application appropriée de la loi, « les généralités de la loi ne se conforment point aux singularités des êtres humaines et, lorsqu’on leur applique la loi, il faut parfois une telle force que l’exécutant devient un défi et un danger pour la loi »[4], comme le remarque Harvey C. Mansfield ; la réponse qui sera donnée à la question suivante, en sera la meilleure preuve.

 

 

§          La deuxième question :

 

 

Le 19 mars 1999, j'ai à nouveau été privé de liberté et mis sous « protection judiciaire » par une ordonnance de mise en observation psychiatrique pour cause de maladie mentale ; cette « ordonnance de protection » concernait-elle réellement une affaire médicale ou était-elle conçue comme instrument d’intimidation et de menace par voie juridico-psychiatrique pour tenter de couvrir un acte terroriste par un autre ? [5]

 

 

§          Les réponses :

 

 

A défaut précisément d’obtenir réponse à ces deux questions jusqu’à ce jour, et par tous les moyens du droit que j’estime avoir épuisés, je suis décidé, plus que jamais, à tenter de traverser le mur devenu passage afin de mettre un terme à la situation indescriptible dans laquelle je me vois forcé et enfermé depuis plus de huit ans et demi ; situation où chaque jour relaie le passé vers le futur en réduisant ainsi à néant le présent et l’avenir ; il est vrai, c’est terrifiant.

 

 

§          Mes réponses :

 

 

J’affirme, avec force, que ledit mandat d’arrêt a effectivement été conçu, élaboré et utilisé comme instrument de la pratique du « terrorisme d’Etat » pour faire taire un combat et tuer une association, et ce, en visant le meurtre civil d’un homme. J’affirme également, et avec autant de force, que la ladite ordonnance de mise en observation psychiatrique a été conçue, élaborée et utilisée comme instrument de menace et d’intimidation pour tenter de couvrir un acte de violence « propre » par un autre.

 

Et je considère simplement que « ça ne se fait pas ! » dans une société régie par un Etat de droit et donc dans un Etat démocratique ; je le dis haut et fort depuis presque neuf ans et je le dirai jusqu’au dernier souffle à risque sinon de laisser banaliser ce qui est, et ce qui devrait, selon moi, rester intolérable.

 

Mais ces réponses sont unilatérales, donc sans aucune valeur juridique, elles ne sont et ne peuvent être reconnues que par moi ; les éléments de preuve que je donnerai ici et dans les annexes, ne peuvent être transformés en preuves – infirmées ou confirmées - que par une enquête menée par qui de droit et conformément aux normes (lois) et aux règles et principes du droit.

 

 

§          Les normes de convenance et les impératifs de l’efficacité.

 

 

Le chemin qui devrait mener à l’établissement de la vérité des faits, étant ainsi balisé, l’hypocrisie des convenances utilement présentée comme étant le respect de la norme – norme entendue dans le sens de la loi -, et les impératifs de l’efficacité à tout prix, exigent déjà que je définisse ici l’objet de la présente, que je décrive les faits, que j’explique les antécédents de la cause, que je fournisse les preuves de mes affirmations, et cela, sans détour, avec discernement et précisions, d’une façon concise et surtout en des termes « politiquement corrects » ;

 

Mais aussi, d’une manière rationnelle, donc sans passion, c’est-à-dire en m’abstenant, d’abord, de l’expression d’une quelconque souffrance, du sentiment ou de la douleur, et ensuite, de qualifier les faits, les actes et leurs auteurs en des termes appropriés qui, par définition, ne peuvent être « politiquement corrects ».

 

Cela reviendra, dans ce cas et de ma part, et comme vous avez pu le comprendre d’après ce qui vient d’être dit, à vouloir réaliser l’impossible auquel nul n’est tenu. Pourquoi ? Les raisons en sont nombreuses comme nous constaterons tout au long de l’exposé ; je me contenterai ici d’en soulever deux :

 

D’une part, semer le doute par des mensonges et organiser la confusion par des manœuvres de diversion et de manipulation en tous genres afin de rendre les choses complexes au point de les rendre inexplicables, donc incompréhensibles, était, et reste, le principe dont s’inspire la stratégie d’action adoptée tant par les autorités judiciaires et auxiliaires, que par les autorités politiques concernées par l’affaire dont question.

 

Et d’autre part, ni les faits ni les actes dénoncés – ni le mandat d’arrêt ni la mise en observation psychiatrique, par exemple -, n’ont aucune importance en eux même : il s’agit, en effet, des agissements souffrant d’une vulgarité et médiocrité tellement déconcertantes, que vouloir se défendre face à de tels actes, reviendrait à accorder du crédit à leurs auteurs.

 

Ce qui importe, par contre, ce sont les graves conséquences d’ordre notamment politique, social, culturel, philosophique et moral, qui sont liées tant à l’intention dissimulée dans les actes, qu’au but que les auteurs de ces mêmes actes se proposent d’atteindre, et aux moyens qu’ils utilisent pour ce faire.

 

D’où l’obligation, pour moi, de vous faire part des réflexions et considérations ci-dessous, que je prolongerai au § V après avoir exposé ce qui est relatif à l’objet de la présente, du point de vue du droit, des lois et de la procédure [voir les § II, III et IV ci-dessous].

 

Au cas où nous  ne tiendrions pas compte de ces considérations – et dans ce cas de figure, je considérerais la présente requête sans objet -,  je ne vois pas comment nous pourrions placer l’Homme au centre de nos préoccupation, et par la même occasion, ne pas rendre le droit et la justice inutiles car rien n’est utile s’il n’est utile à l’Homme.

 

En d’autres termes, faire comme si le droit n’avait pas pour préoccupation principale la protection et la défense de la dignité, de l’honneur, de la fierté, de l’intégrité morale, intellectuelle et philosophique de l’Homme, bref la protection et la défense des droits les plus élémentaires de l’Homme.

 

Et faire comme si la justice n’avait pas pour mission première d’établir la vérité des faits et la dire pour apaiser ainsi les douleurs et cicatriser les plaies sans se considérer cependant comme un moyen thérapeutique visant à soigner les inévitables séquelles étant la conséquence de la violence subie par les personnes concernées.

 

Alors, par souci de mieux faire comprendre le but poursuivi par mes démarches incessantes depuis de longues années, de faire comprendre ce qui motive ma détermination à présent, et pour ne point confondre l’essentiel et l’accessoire, je souhaite, avant tout, mettre l’accent ici sur certaines idées et la logique qui leur est inhérente, ainsi que sur une façon d’agir ;

 

Il s’agit, en fait, des idées qui sont dissimulées derrière les  actes dénoncés, et de la façon d’agir des autorités concernées ; la nécessité  de leur analyse historique et politique s’impose eu égard aux conclusions que nous pouvons en tirer, et qui nous permettre d’établir des parallèles – et non pas de faire des comparaisons -, avec des agissements tant décriés sous d’autres cieux et en d’autres temps ; ce qui pourrait – on ne sait jamais -, perturber l’imperturbable, à savoir notre confort mental.

 

Et cela, en prêtant l’oreille au Mahatma Gandhi : « Tout compromis repose sur des concessions. Mais il ne peut y avoir de concession lorsqu’il s’agit des principes fondamentaux. »

 

 

§           Les idées et leur logique :

 

 

1.                   Faire tourner  la page par la séduction ou par la peur.

 

 

Avant d’entrer dans le vif du sujet, c’est le moment, pour moi, de faire cet aveu ; en ce soir enneigé du 19 mars 1999, à 21 h. 30, même lorsque j’ai vu neuf policiers, trois voitures et une camionnette de police encercler cet endroit, ce coin de la rue où je survivais, je n’ai pas cru ou n’ai pas voulu croire jusqu’à la dernière minute, que même dans ce pays, une clique d’individus déguisés en « autorités » politiques et judiciaires, et avec la complicité des membres du corps médical, pouvaient utiliser la psychiatrie comme moyen d’intimidation et d’oppression.

 

Ce jour-là, j’ai senti, au plus profond de moi, ma confiance brisée à tout jamais dans les institutions de notre pays. C’est bien cela que jamais je ne pardonnerai à qui que ce soit. Et, c’est dans cette blessure que je puiserai la force nécessaire pour atteindre le bout de ce « Non » radical que j’ai opposé, aussi, aux menottes qui joignaient mes deux poignets dans le dos le 21 juin 1995 à 10.45 heures entre les murs du palais de justice à Liège ; « non » qui a été dit par une seule personne, mais qui aurait pu être dit par des millions, voir par tous.

 

En effet, « Le 1 paraît infiniment petit par rapport au 1.000.000, remarque Africain Spir. Mais qu'on mette, dit-il, le 1=0, et tout le 1.000.000 s'évanouit aussitôt. Il en est exactement de même du droit. En lésant le droit d'un seul individu, la société renverserait par-là les bases même sur lesquelles repose la conscience intime du droit, les bases de tout Etat réellement équitable. Car si on ne respecte pas le droit d'un membre de la collectivité, il n'y a pas de raison valable pour que l'on respecte celui de n'importe quel autre membre, et partant, de tous. » [6]

 

J’opposerai ce « Non » jusqu’au bout contre la loi de l’impunité qui s’inspire de la tristement célébre loi de l’obéissance due, dont découle la loi du plus fort qui, à son tour, force les survivants brisés à tourner la page pour mieux banaliser l’intolérable et occulter ainsi le passé afin de réduire à néant le présent et le futur ; ce n’est donc pas pour rien que « le présent est en ceinte du passé et accouchera nécessairement du futur », dit-on.

 

« Tourner la page ! » ; la formule magique, la clé de la résolution de toutes les équations dérageantes ; le discours tenu par tous, allant des magistrats aux ministres en passant par des mandataires politiques jusqu’au peuple ; le conseil donné par les maîtres dans les coulisses et en bon père de famille, et approuvé par le peuple entre les murs ; l’expression d’une incontestable volonté d’intimidation pour les uns et de la vile lâcheté pour les autres, mais l’une aussi intéressée que l’autre.

 

Sans cependant dire l’intérêt jamais avoué, qu’ils poursuivent par leur volonté de vouloir faire tourner les pages aux titulaires du droit, que ce soit par la séduction ou par l’intimidation ; ce pourquoi ils forcent l’oubli par la loi du plus fort en estimant ne pas devoir se demander de quel droit et pourquoi ils intercalent dans l’histoire des femmes et hommes, des pages illisibles, donc incompréhensibles, par les intéressés eux-mêmes. [7]

 

Pour eux, j’aurais dû, comme ils disent, tourner la page et être heureux dés le moment où j’ai « bénéficié » d’un non-lieu, et d’être ainsi « blanchi », sans commettre donc le pêché originel de vouloir savoir ce pourquoi j’ai été « noirci » ; et d’engager, s’il fallait, la procédure judiciaire de « tout se vend, tout s’achète, tout est monnayable », à savoir la procédure de « dommages » et « intérêts » engagée contre l’Etat alors que je ne comprends pas ce que m’aurait fait cet étrange individu nommé « Etat » que je n’ai jamais rencontré.

 

Ils expliquent alors que les personnes  concernées agissent au nom de l’Etat ; et lorsque je qualifie ces dernières de « terroristes d’Etat », elles manifestent leur incompréhension virulente et veulent punir les « subversifs » qui ne font que défendre leurs droits et de s’occuper de ce qui les regarde de très près.

 

Bref, force m’est d’admettre à présent, qu’il est vain de tenter encore de faire comprendre à ces personnes qu’avant de remettre en cause leur impunité et d’établir la vérité des faits, nul ne peut – ou ne devrait – tourner la page. 

 

Et sur la ligne rouge, là où nous nous trouvons aujourd’hui, je suis décidé, plus que jamais, à déchirer ces pages au lieu de les tourner, et ainsi, de ne leur reconnaître aucun droit de cité dans le livre de mon histoire, de ma vie et de mon existence contrairement à ce que souhaitent les auteurs des agissements par lesquels j’ai été visé, et qui sont le produit d’une logique parcourant son chemin sur la ligne droite de la tradition totalitaire jamais rompue quant au fond.

 

 

Avant d’aborder l’analyse de ce dernier point, je me vois dans l’obligation d’ouvrir ici cette parenthèse concernant ce que l’on pourrait appeler un malentendu au cas où vous considéreriez menaçants mes propos tenus jusqu’ici, sujet sur lequel je reviendrai par la suite. Cet ultime appel que je me permets de vous adresser, Madame la Ministre, me rappelle la figure mise en avant par Hannah Arendt dans les termes suivants : 

 

« Le meilleur critère pour juger si quelqu’un se trouve dépourvu de toute protection juridique, c’est de se demander s’il n’a pas intérêt à commettre un crime. Si un petit larcin a des chances d’améliorer sa situation juridique, même momentanément, on peut être sûr que cet individu a été déchu de ses droits de l’homme. Car un acte criminel devient alors la meilleure occasion de retrouver quelque égalité humaine, même si ce doit être en tant qu’exception reconnue à la norme. » [8]

 

Marie-France Hirigoyen la rejoint et écrit : « Dans la mesure où la victime s'est jusqu'alors montrée trop conciliante, il lui faut changer de stratégie et agir fermement sans craindre le conflit. En se plaçant à l'origine de la crise ouverte, elle peut paraître être l'agresseur, mais c'est un choix qu'il faut assumer car de lui seul peut venir un changement. La crise permet à la vie de renaître. Plus la crise est retardée, plus elle sera violente. » [9]

 

Dans cet ordre d’idées, mon expérience m’oblige également à attirer votre attention sur le point suivant : je sais donc que mes propos peuvent, a priori, vous paraître excessifs ; c’est pour cette raison que je reviendrai sur le sujet lorsque je traiterai, dans l’avant propos du premier fascicule joint à la présente, du sens des mots et des termes utilisés.

 

Comme disait Picasso, « la forme, c’est le fond qui remonte à la surface » : d’aucuns feignent, par tradition et par goût de manipulation, de dénigrer la forme alors qu’en réalité, ils n’expriment, par là, que leur crainte de voir le fond remonter sur la surface.

 

Ainsi, après avoir pris connaissance de la réalité des faits et de la nature des actes dénoncés, vous aurez alors tout le loisir de vérifier le bien-fondé ou non des propos tenus, et de former votre propre opinion tant quant au fond qu’à la forme, y compris dans le cas de l’exemple suivant, dont la gravité extrême du point de vue du droit, fera surface lorsque nous analyserons ci-dessous le cas d’une des prétendues instructions menée par Madame la Juge d’instruction Danièle REYNDERS.

 

 

§  Exemple de vile manipulation et la démonstration d’une façon singulière de tourner les pages !

 

 

Il s’agit ici de la propagande qui est de nature à faire crever de jalousie Goebbels, acolyte et propagandiste de Hitler ; pour ne point la confondre avec d’autres, je vous offre dans le fascicule annexes [pp. 107-109] un procès verbal rédigé, le 10 octobre 2001, par Monsieur Léopold TILKIN, inspecteur judiciaire principal, et  l’enquêteur de Madame la Juge d’instruction Danièle REYNDERS dans le cadres de l’instruction que j’évoquerai par la suite.

 

Dans les pages 1 et 2 de ce procès verbal, vous constaterez que « je serais connu au Parquet de Madame le Procureur du Roi à Liège, pour avoir fait l’objet en qualité de préjudicié, de treize dossiers - ô là ! -, et pour avoir fait l’objet en qualité de prévenu, de quatorze dossiers – ouf dit ! comme on dit à Liège ; en tout, vingt-sept dossiers que l’inspecteur avait tenu à identifier par « références chiffrées ».

 

Je vous laisse le choc de la surprise en découvrant l’horreur répugnante qui se cache derrière les chiffres lorsque ces prétendus dossiers seront identifiés par leurs objets en mentionnant en toutes lettres les identités des parties préjudiciables ou prévenues, qui en seraient concernées.

 

Et je pose la question : n’est-il pas étonnant qu’aucun magistrat n’ait, jusqu’à ce jour, la « curiosité » de vouloir découvrir les motifs qui auraient donné lieu – de 1994 au 2001 - à l’ouverture de quatorze dossiers à charge de ce « truand notoire » nommé Mustafa Üner Sari ?

 

Vous lirez également à la page 2 de ce même procès verbal, la phrase suivante : « Mustafa SARI a été détenu à la prison de Lantin du 22. 06. 1995 au 26. 06. 1995 pour escroquerie » ; lors de l’entretien que j’ai eu avec lui le 12 mars 2002, et à la demande de la Juge d’instruction, j’ai demandé à Monsieur TILKIN s’il savait de quelle affaire d’escroquerie il s’agissait et quelle aurait été la suite judiciaire réservée à ce dossier par les juridictions concernées. Sa réponse était : « Je ne sais pas. Sur l’écran de l’ordinateur du Parquet, on ne voit que ce que j’ai mentionné dans mon procès verbal. »

 

Donc, Monsieur TILKIN ignorerait non seulement la suite réservée à ce dossier par les juridictions concernées, mais aussi il n’aurait vu le 10 octobre 2001 et sur l’écran de l’ordinateur du Parquet, que j’ai été détenu à la prison de Lantin du 22. 06. 1995 au 26. 06. 1995 pour escroquerie ; il est vrai, c’est effroyable ! Et ce, sans qu’il soit informé par le Parquet, de ce que la Chambre du Conseil avait rendu, le 21 juin 1996, son ordonnance de non-lieu, dont seul le Parquet fit appel ; appel qui fut suivi de l'arrêt de non-lieu rendu le 17 avril 1997 par la Chambre des mises en accusations.[10]

 

Qui plus est, la prétendue enquête qu’il menait concernait ladite affaire du « terrorisme d’Etat » que d’aucuns avaient effectivement cru pouvoir déguiser en une affaire d’escroquerie ; et lors de sa prétendue enquête, Monsieur l’inspecteur passait son temps à élaborer les déclarations des personnes qu’il était censé auditionner d’une façon impartiale, à charge et à décharge, comme je l’avais fait savoir « naïvement » à Madame la Juge d’instruction qui n’en ignorait rien, par le procès verbal [no : 2375/02] également rédigé par Monsieur TILKIN lui-même.

 

Et les deux dossiers identifiés par ce dernier sous la mention « AL »,  parmi ceux où je serais connu comme « prévenu », sont les dossiers ouverts, à mon insu, par Monsieur le Premier Substitut du Procureur du Roi Pierre WILMART, chef du service des « AL-iénnés », à la demande de Madame le Procureur Général Anne THILY et par l’intermédiaire de Madame l’Avocat Général Andrée SPRIESTERBACH ; dossiers dont nous parlerons longuement au § V ci-dessous ainsi qu’au § D du chapitre II et tout au long du chapitre IV du fascicule I joint à la présente.

 

  Si j’ai tenu à vous donner cet exemple, c’est aussi pour vous montrer la façon dont d’aucuns tournent les pages tant sur l’écran de l’ordinateur et dans les couloirs du Parquet de Liège, que dans les prétoires au palais de justice à Liège. 

 

N’est-il pas grand temps de les déchirer comme je compte bien le faire avec la détermination qui est la mienne ?

 

 

Je ferme la parenthèse et reviens sur le deuxième point fondamental au regard des faits, qui est de mettre ici en exergue la logique d’une autre idée en termes idéologiques, idéologie entendue précisément dans le sens de « la logique de l’idée » ;

 

Quand la séduction ou la peur ne marche pas, alors il faut faire tourner les pages par la violence, à savoir par le meurtre de la personne morale – ce qui fut le but poursuivi par le mandat d’arrêt -, et l’anéantissement de la personne juridique - ce qui fut le but poursuivi par l’ordonnance de la « protection judiciaire », à savoir la mise en observation psychiatrique.

 

 

 

2. Le meurtre de la personne morale et l’anéantissement de la personne juridique.

 

 

Ce n’est pas « pour nous débarrasser d’elle que nous étudions l’histoire, écrit Etienne Gilson, mais pour sauver du néant tout le passé qui s’y noierait sans elle ; c’est pour faire que ce qui est, sans elle, ne serait même plus du passé, renaisse à l’existence dans cet unique présent hors duquel rien n’existe. » [11]

 

C’est elle, l’histoire ainsi définie, qui nous enseigne que rien n’est jamais acquis, ni même la défaite de l’une de ces sinistres idées, qui a marqué l’existence de l’humanité dans un passé proche ; idée dont la logique est mise en évidence par Pascal Ory dans les termes suivants :

 

«  En tant qu’ils se révélèrent inaptes à mettre sur place de vrais camps de travail répondant à une logique d’efficacité sociale et de régénération morale, les régimes totalitaires issus des Lumières qui crurent tous, à des degrés divers, à la récupération ou, du moins, à la récupérabilité – et, en particulier, à la « correction » - de l’a-normal.

 

En tant qu’ils ouvrirent d’emblée des lieux de relégation et, au sens strict, de concentration, ils participent en revanche déjà d’une logique spécifique, de négation symbolique des mêmes hors-la-norme dont trouvait plus l’équivalant, dans les démocraties occidentales, que dans les conjonctures de domination coloniale provisoires (camps anglais de la guerre de Boers) ou marginal (réserves indiennes aux Etats-Unis).

 

Le camp d’extermination, quant à lui, n’est pas un degré supplémentaire dans la violence physique directe contre le hors-la-norme par rapport au massacre de masse façon Babi Yar. S’il a tant troublé la conscience occidentale après coup, c'est pour deux caractéristiques : l’une confirmait, cette fois, l’anormalité morale du persécuteur, et sa  normalité intellectuelle. » [12]

 

J’entends hurler les élites au balcon et les citoyens modèles les applaudissant : « Il ne faut pas exagérer, héeeee !, on ne liquide ni on ne tue les gens ici ». Rien d’étonnant car  « Seuls la populace et l’élite peuvent être attirés par l’élan même du totalitarisme », observe Hannah Arendt, avant d’ajouter :  « L’attraction qu’exerce le mal et le crime sur la mentalité de la populace n’est pas nouvelle, remarque-t-elle. On a toujours vérifié qu’elle salue les actes de violence en remarquant avec admiration : « ce n’est peut-être pas beau, mais c’est très fort ». » [13]

 

Justement, si je me suis permis d’être long dans l’exposé des faits ici, comme dans les documents annexes, c’est pour tenter, d’une part, de faire découvrir, dans une société libre, l’anormalité morale des oppresseurs qui visent la destruction de l’individualité par le meurtre de la personne morale et l’anéantissement de la personne juridique dans les prisons et hôpitaux psychiatriques, et non pas la cruauté des persécuteurs qui visent, à la fois, la destruction de l’individualité et le meurtre physique de la personne dans les camps de concentration ou d’extermination ;

 

Et d’autre part, de faire découvrir et de faire comprendre leur normalité intellectuelle commune, qui pourrait régner en maître tant dans les vastes rouages d’un Etat de droit, que dans ceux d’un Etat totalitaire.

 

Pour faire constater, ensuite, cette triste volonté visant à réduire les hommes à l’impuissance, à la poussière dans les rouages, à refuser le droit à la dignité pour tout le monde et à la possibilité pour chacun de participer à la définition tant de son propre devenir qu’au devenir de la société et du monde dans le respect de principes d’égalité, de solidarité, de fraternité et de liberté, bref à nier le droit à la citoyenneté ;

 

Elle encourage la philosophie de la futilité et d’une vie sans objectif ; elle force ainsi, et au quotidien, la perte du sens, le délaissement de la responsabilité citoyenne, le désintérêt pour la chose publique et politique, la résignation devant l’abus et l’arbitraire d’où qu’il vienne.

 

Et enfin, pour que l’on ne chante plus l’ignoble refrain de la redoutable propagande diffusée dans tous les coins de rue : « On ne comprend pas, ou nous ne comprenons pas, ce que veut SARI. »

 

 Ce qui m’amène à vous entretenir du troisième point fondamental au regard des faits. 

 

 

3.   La façon d’agir des pots de fer contre les pots de terre.

 

 

Il s’agit de la façon d’agir, pour le moine singulière, adoptée par les autorités dont les actes sont mis en cause ici ;façon jubilatoire qui défie les lois et le droit, et qui témoigne du sentiment d’impunité que leur procure la sensation perverse de puissance, sensation terrifiante pour ceux qui sont appelés à lui faire face.

 

Pour mieux établir le lien entre le concret, à savoir la réalité des faits, et l’abstrait, ce que l’on pourrait appeler le discours, je citerai, au terme de chaque réflexion, des exemples qui, je crois, sont de nature à mettre en évidence cette sensation de jouissance qui est la source d’une violence inouïe ;

 

Et nous verrons comment cette jouissance perverse  est soutenue, dans sa manifestation, tant par manque d’éthique, de principes de conduite et de scrupules, que par des mensonges transformés alors en accusations publiques dont lesdites autorités se servent pour adapter la réalité à leurs désirs jamais avoués ; ainsi, elles témoignent du rapport qu’elles ont à la réalité pour que celle-ci corresponde à leurs aspirations.

 

Elles propagent ces accusations « officielles » par la propagande déguisée en « procédure judiciaire », dont elles semblent posséder le secret divin quant à son élaboration et sa diffusion sous le manteau par des sous-fifres, pour ne pas dire des brillants opportunistes et carriéristes, prêts, à tout moment, à obéir aux ordres donnés - mais selon le principe sacré du donnant-donnant -, et à aller sonner aux portes à six heures du matin.

 

 

§  Exemple de propagande polluante.

 

Placé dans son contexte, nous le trouverons au § C. du chapitre II du premier fascicule que je vous communique en annexe de la présente. Et nous constaterons, avec étonnement peut-être, l’influence qu’exerce cette propagande même sur les cours et tribunaux.

 

 

Quoi de plus normal, dirait-on, comme le dit d’ailleurs Roger Dadoun : « La sublimation, remarque-t-il, engendre le Sublime qui sans cesse la relance. On désire le pouvoir, cela s’appelle « ambition » ; on progresse à coups de compromis et vilenies, cela s’appelle « réalisme » ; on jouit du pouvoir, cela s’appelle « responsabilité » ; on le conserve par tous les moyens, cela s’appelle  « grandeur ». »[14]

 

Cantonnées dans cette conception singulière de la conquête et de l’exercice du pouvoir « public », ce bas monde que ces mêmes autorités observent au balcon, leur paraît alors comme un monde pour le moins bizarre, où s’agiteraient, selon elles, les pauvres créatures ingrates qu’elles jugent en bon « Père du Petit Peuple », soit avec les manuels de psychiatrie, soit avec le code pénal en mains ; et ils sont convaincus qu’ils trouverons toujours un moyen pour persuader les autres et faire résigner tout ce qui les gène et dérange .

 

Sous et par l’emprise de cette impitoyable sensation, elles se protègent - et sont protégées - tellement bien contre la réalité du monde extérieur non totalitaire, qu’elles sous-estiment constamment les risques énormes d’une politique totalitaire à un point tel qu’elles semblent ignorer même que la psychiatrie, la politique et le judiciaire n’ont jamais fait bon ménage. 

 

En effet, la perversion ravageuse par nature, atteint le paroxysme de sa puissance lorsque ceux qui résistent contre vent et marée, et qui ont encore la force de ne pas s’engager dans des voies détournées et d’affronter les conflits là où se jouent des conflits de valeurs et des rapports de forces, sont d’abord soupçonnés publiquement, comme au bon vieux temps des bolcheviques ;

 

 

·                     soit, d’être anormaux ou déséquilibrés mentaux qui souffriraient de psychose de persécution, et qui, par conséquent, ne cesseraient de se plaindre ;

 

·                     soit, d’être paranoïaques ou mégalomanes qui se frotteraient à plus fort qu’eux, et donc, qui affronteraient la loi du plus fort ; la « Loi du Milieu » qui défie et repousse les barrières des lois et bafoue les libertés ;

 

Qui plus est, ces « paranoïaques » ou « mégalomanes » s’engageraient, selon eux, dans des combats de pots de terre contre des pots de faire ; ils font ainsi preuve de leur cynisme en fer et expriment leur mépris de la justice car celle-ci ne serait rien si elle n’était pas l’ultime recours pour tous les pots de terre brisés par les pots de fer.

 

·                     puis, ces « malades » sont répertoriés officiellement sous mention de « AL » - aliénés - dans les « formulaires que vous connaissez fort bien et dont ils ont fait si souvent et perfidement usage sans laisser aucune place à la finesse tant et si grande leur impudence », comme exprime de La Boétie ; et ensuite, ils sont publiquement proclamés comme tels et comme le veut la triste idéologie de la terreur.[15]

 

 

§          Exemple de dérives dangereuses.

 

 

Egalement placé dans son contexte, nous le trouverons au  § V ci-dessous, et nous lirons l’entièreté du chapitre IV du premier fascicule.

 

 

Alors, comment ne pas soulever ici ce que j’appellerais la « naïveté criminelle » pour le moins intéressée, dont tout un chacun parmi nous est responsable pour ne pas dire coupable ; les uns par confusion volontairement organisée à des fins jamais avouées, les autres par la défense des vils intérêts mal cachés, et d’autres par la lâcheté, simplement.

 

En effet, nul n’ignore que le but poursuivi par ces agissements est de dominer entièrement les Hommes, toucher les personnes au plus profond de leur être, et de faire d’eux des authentiques « aliénés » ;

 

De fait, l’aliénation, la vraie, n’est-elle pas celle qui ne porte si bien son nom que lorsque les personnes, elles-mêmes, proclament le bien-fondé de l’humiliation qu’elles subissent, et rentrent chez elles domptées ?

 

Et comme nous fait observer David Rousset, « Dans la soumission. Rien n’est plus terrible que ces défilés de gens qui vont à la mort comme des mannequins. Celui qui les voient se dit : « pour qu’ils aient pu être réduits ainsi, quelle puissance se cache dans la main des maître », et il retourne chez lui plein d’amertume et dompté. » [16]

 

C’est effectivement leur façon de penser ou de raisonner ; autant vous les entretenez en termes de droit et leur demandez l’application des lois, autant ils recourent à des dérives totalitaires, dont précisément celles d’ordre psychiatrique, afin d’éluder les questions posées et de tenter de noyer le poisson dans l’eau.

 

Mais en raisonnant et agissant de cette manière, ils mettent systématique en cause les libertés fondamentales, les entravent et les violent, comme le constate Hannah Arendt dans son œuvre magistrale « Le système totalitaire » : « Abolir, écrit-elle, les barrières des lois entre les hommes – comme le fait la tyrannie – équivaut à supprimer les libertés humaines et à détruire la liberté en tant que réalité politique vivante ; l’espace entre les hommes tel qu’il est délimité par les lois est l’espace vital de la liberté. »[17]

 

Qui plus est, « la perversion, la véritable, veut que le vrai et le faux soient indiscernables et transforme les questions relatives à la recherche de la vérité en problèmes de pouvoir et de rapports de force », comme remarque Michel Schneider, alors, quelle que soit l'énormité de leurs mensonges et la gravité de leurs actes, ils s'y accrochent et finissent par convaincre « les autres », et espèrent ainsi obtenir la résignation de toute opposition notamment par la lassitude et l'usure du temps. [18]

 

Non seulement ils savent qu’ils sont les maîtres du jeux, mais ils estiment aussi qu’ils n’ont de compte à rendre à personne quant à la manipulation des règles déterminées par le législateur, c’est-à-dire par les lois et le droit, pour adapter la réalité à leurs aspirations.

 

Mais, dira-t-on, c’est du passé ; cela change et changera encore. Justement, je souhaite exposer ici un exemple pour confirmer les propos suivants de Bouddha ; « Méfiez-vous, mes enfants, des changements ; il n’y a de meilleurs changements que le constant. »

 

 

§          La réforme de la justice.

 

 

Ne croyons trop souvent qu’en réformant, sur papier, les normes du fonctionnement des institutions, nous arriverons à réformer le comportement et attitudes de ceux qui sont en charge de l’application de ces réformes.

 

J’épingle ici quelques changements introduits par la récente réforme de la procédure pénale dite la réforme Franchimont : la possibilité pour les parties de solliciter l’accès au dossier pendant la procédure, celle de solliciter des devoirs complémentaires, celle de saisir la Chambre des mises en accusation lorsque l’instruction n’est pas clôturée après une année.

 

Et je crois, comme on nous le fait croire, que tout cela devrait donner aux parties le statut de sujet actif, leur permettre le contrôle de la régularité de la procédure, et permettre une plus grande transparence du travail accompli par le juge et les enquêteurs. Voyons !

 

 

§  Exemple de mépris du droit ou la goûte d’eau qui fait déborder le vase.

 

 

Celui-ci concerne le traitement de deux plaintes que j’ai déposées entre les mains de deux Juges d’Instructions en dates du 26 janvier et du 26 juin 2001 ; la première, celle du 26 janvier, est relative à la première question précitée, et la seconde à la deuxième question.

 

J’avais entrepris ces démarches, l’une à la suite de l’autre, pour tenter, une fois encore, de lever les barrières dressées devant les lois et le droit par ceux-là mêmes qui précisément ont le devoir - et non pas le loisir - de veiller à l’application des lois et au respect du droit, et ceci, dans la rue où je survivais depuis le 9 juillet 1998, vécu dont nous parlerons par la suite.[19]

 

Madame la Juge d’instruction Danièle REYNDERS en charge de l’instruction de la plainte relative à la deuxième question, n’a cessé, durant plus de deux ans et demi, de manifester clairement, d’une part, sa volonté de ne pas vouloir instruire ladite plainte qui lui a pourtant été légalement confiée, et d’autre part, son désir de me décourager et de me pousser à la résignation par la lassitude et l’usure du temps via la mise en œuvre de multiples actes de diversion et d’intimidation par elle-même et par son enquêteur Monsieur TILKIN que j’ai évoqué ci-dessus.

 

La raison en est que l’instruction de ces deux plaintes mènera nécessairement, et non seulement, à l’examen du dossier du « terrorisme d’Etat », mais aussi à l’examen d’autres dossiers explosifs ; ce qui, manifestement, constitue le problème central auquel est confrontée Madame la Juge d’instruction.[20] 

 

Puis, elle  prenait, le 28 janvier 2003, une ordonnance parfaitement illégale de rejet de la demande de devoirs complémentaires aux motifs qu’un réquisitoire de dessaisissement a été tracé par le Parquet en raison de l’incompétence des Magistrats du tribunal de Première Instance de Liège, et qu’il lui est dès lors impossible d’instruire plus avant ;

 

J’ai, d’abord, interjeté appel, le 11 février 2003, de cette ordonnance ; l’arrêt de la Chambre des mises en accusation prononcé le 18 mars 2003, a confirmé la décision de la Juge d’instruction, alors que celle-ci ne peut, en aucun cas, opposer un réquisitoire de dessaisissement à la demande de devoirs complémentaires ; agissant de cette façon, la Cour se rendait complice d’un déni de droit, et couvrait les agissements innommables de la Juge d’Instruction, comme nous le constaterons ci-dessous et par la suite. [21]

 

Ce qui m’importait à ce stade de la procédure, c’était la motivation de la décision de la Cour : 

 

 

« Attendu que la Cour fait en outre siens les motifs complets et circonstanciés repris au réquisitoire du procureur général ; que les considérations développées par le requérant dans ses conclusions ne sont pas de nature à en infirmer, en tout ou en partie, le caractère pertinent. » 

 

 

En raisonnant de la sorte, la Chambre des mises en accusation avait effectivement rendu un arrêt entaché d’illégalité en ce qu’il donne à un réquisitoire la force d’une ordonnance de la Chambre du Conseil et en ce qu’il avalise le comportement d’un Juge d’instruction qui, de sa propre initiative, décide en lieu et place de cette dernière.

 

Quel était alors, selon la Cour, le « caractère pertinent » des « motifs complets et circonstanciés » repris au réquisitoire du Procureur Général ? Il est définit comme suit dans ledit réquisitoire :

 

 

« Dans l’état actuel de la procédure l’ordonnance à intervenir a pour but de dessaisir le juge d’instruction qui est compétente pour instruire des faits qui auraient été commis par des personnes qui bénéficient d’un privilège de juridiction. Tout acte posé par le juge d’instruction pour instruire ces faits, qu’il s’agisse d’actes qu’il poserait de sa propre initiative ou d’actes posés sur requête sur base de l’article 127 ou de l’article 61 quinquies, devrait être déclaré nul.

 

 L’ordonnance n’a pas pour objet de clore l’instruction ni de reconnaître que celle-ci est complète. Par hypothèse, l’instruction doit se poursuivre. Pour cette dernière raison, de même que pour le motif tiré de l’incompétence du juge d’instruction, il n’y avait pas lieu d’offrir au requérant la possibilité de demander des devoirs complémentaires. »

 

 

Je souligne, d’abord, que, contrairement à ce qui est dit dans le réquisitoire où le Procureur Général adapte, par mensonge, la réalité à son désir, je n’ai jamais demandé l’accomplissement d’un devoir complémentaire concernant un fait accompli par une personne, à savoir un magistrat, qui bénéficie du privilège de juridiction ; ce qui est dit n’est pas ce que j’ai fait, mais ce qu’ils auraient souhaité que je fasse.

 

Je constate, ensuite, que l’instruction bafouée par la Juge d’instruction, doit par « hypothèse » se poursuivre selon Madame le Procureur Général, et qui plus est, c’est elle-même qui assurera ladite poursuite de l’instruction ; en effet, elle s’abstient de dire dans son réquisitoire, quelle est la procédure à suivre concernant précisément l’instruction des actes accomplis par des personnes bénéficiant du privilège de juridiction ; alors, elle présente une « l’hypothèse » fantaisiste, qui, comme la promesse, n’est valable que pour celui qui la croit, et dont le caractère pertinent souligné par la Cour, est directement proportionnel à la volonté de vile manipulation qui lui est inhérente.

 

Tout cela ne m’étonnait guère car, ce réquisitoire de dessaisissement n’était, en réalité, que le premier pas dans la mise en œuvre de ce qui était élaboré de longue date entre le Procureur Général et la Juge d’Instruction. Comment ?

 

Dans son ordonnance de soit communiqué datée du 4 septembre 2002, Madame la Juge constatait que ;

 

« A ce stade de l’enquête, le dossier n° des notices 52.99.99/01 « concerne des magistrats : Madame A. THILY, Madame A. SPRIESTERBACH, Monsieur P. WILMART, Monsieur SCHOLTES, Madame SCHAAPS, un sieur DETAILLE à mieux identifier et des mandataires politiques : Messieurs JAMART et MOHR, Monsieur José DARAS, Monsieur Thierry DETIENNE, Madame Muriel GERKENS, Monsieur Bernard WESPHAEL »  (ndlr. je souligne) ;

 

Après avoir relevé que, parmi les personnes citées, les premières bénéficient d’un privilège de juridiction et les secondes d’une immunité, Madame la Juge en concluait que ces faits échappaient (sic) dès lors à sa compétence ;

 

Elle communiquait enfin les pièces de la procédure à charge de Messieurs GENET Louis, DUTILLEUX Philippe et PINTO Emmanuel, à Madame le Procureur du Roi, pour être par elle requis ce qu’il appartiendra ;

 

Permettez-moi ici, Madame la Ministre, de vous poser les questions suivantes qui sont relatives à ce que l’on peut constater à la première lecture dans l’ordonnance de la Juge d’instruction :

 

1. Connaissez-vous, en Belgique, deux parlementaires nommés « Messieurs JAMART et MOHR », et un Magistrat du Parquet de Liège nommé « sieur DETAILLE » ?

 

2.   Comprenez-vous pourquoi tant de Magistrats - à savoir Madame THILY, Madame SPRIESTERBACH, Monsieur WILMART, Monsieur SCHOLTES, Madame SCHAAPS, un sieur DETAILLE à mieux identifier -, sont cités par Madame la Juge comme étant « magistrats concernés » par la délivrance d’une ordonnance de mise en observation psychiatrique alors que la délivrance de ladite ordonnance est de la seule compétence du Magistrat de garde ce jour-là ?

 

A votre tour, ne posez surtout pas la question à Madame la Juge ni aux Magistrats, bien assis, du Tribunal de Première Instance de Liège - la Chambre des Mises en accusation -, car, ils ne comprendraient pas ce que vous voulez, ni votre intérêt à leur poser la question, et non sans raison.

 

De fait, en date du 13 août 2003, j’ai également fait appel de cette ordonnance, et j’ai demandé que celle-ci soit réformée conformément à la réalité des faits. Dans son arrêt du 18 mars 2003, la Chambre des Mises en Accusation constatait :

 

 

« Attendu que l’appelant invoque certes l’existence dans son chef d’un « intérêt né et actuel à voir l’ordonnance dont appel réformé » mais omet d’en préciser la nature, plaçant ainsi la Cour dans l’impossibilité de procéder à toute vérification.

 

Attendu qu’il résulte des considérations qui précèdent que l’appel est irrecevable. »

 

 

Eh bien !, je demande pardon à la Cour pour « l’avoir laissée dans l’impossibilité de procéder à toute vérification », et je m’interroge encore pour savoir si la Cour ne me reprochait pas d’avoir omis de préciser quel était mon intérêt de déposer une plainte entre les mains du Juge d’instruction.

 

Alors, il a fallu poser à la Cour de Cassation la question de savoir quel serait l’intérêt tant de la Chambre des mises en accusation, que de la Juge d’instruction, de laisser poursuivre une procédure judiciaire entachée de fraude, de faux, de manœuvres et artifices, les uns aussi grossiers que les autres ; procédure dont le seul but est, in fine, de tromper la justice ; [22]

 

Je ne comprenais en effet pas ce qu’il aurait fallu préciser, autre que ce que j’avais soigneusement précisé dans mes conclusions communiquées à la Cour, je cite : « L’ordonnance dont appel sera réformée en ce qu’elle contient des erreurs « en fait » desquels découlent des erreurs en « droit »[….] ; elle est entachée d’erreurs factuelles volontaires, qui ne permettront pas à Madame le Procureur du Roi de mener à bien la procédure, comme cela est prévu par une entente tacite entre Madame la Juge d’instruction et le Parquet Général (Mesdames THILY et SPRIESTERBACH), par l’intermédiaire de Monsieur WILMART.

 

La première tâche qui m’est assignée en pénal, en tant que partie civile, n’est-elle pas de veiller à la régularité de la procédure ? Et ce, sachant que les irrégularités de la procédure peuvent « vicier » celle-ci et en « compromettre l'issue », comme le souhaite Madame le Procureur Général Anne THILY qui tire les ficelles dans les coulisses, et Madame la Juge solidaire, qui tente de satisfaire au mieux les suggestions amicalement formulées. »

 

Dans ladite ordonnance de soit communiqué, et comme précisé dans mes conclusions précitées ;

 

1.   En poussant dans l’ombre le Docteur ROGER et le Substitut du Procureur du Roi Madame SOMMER, personnages centraux dans le dossier, qui n’y sont donc pas mentionnés ;

 

2.   En présentant précisément les commissaires adjoints de la police de Liège, Messieurs JAMART et MOHR, comme étant des parlementaires ;

 

3.   En présentant une personne deux fois, à savoir le Premier Substitut du Procureur du Roi, Monsieur Pierre WILMART, c’est-à-dire en l’identifiant, d’abord, comme Magistrat, et en le dissimulant, ensuite, sous la couverture du « sieur DETAIL à mieux identifier », ce dernier personnage imaginaire n’est ni magistrat, ni donc un magistrat du Parquet de Liège ;

 

a. afin d’occulter le rôle principal joué, sous l’ordre du Procureur Général, par Monsieur WILMART - devenu alors « le sieur DETAIL à mieux identifier » - tant lors de l’élaboration que de la mise en œuvre du sursaut d’inspiration fasciste, à savoir ma mise en observation psychiatrique,

 

b.   et partant, cacher le fait que l’utilisation de la psychiatrie, la grande porte de sortie de secours, à des fins pour le moins douteuses, était un vieux projet cher à Madame le Procureur Général Anne THILY ; projet qui avait été élaboré, au mois de novembre 1997, par elle et Madame l’Avocat Général Andrée SPRIESTERBACH, et mis en exécution le 19 mars 1999 par justement leur serviteur Monsieur WILMART; exécution qui a été avortée en octobre 1997 pour des raisons que nous découvrirons dans le § D.1. du chapitre II du premier fascicule,

 

c.   et en rendant ainsi impossible d’établir, par la suite, des liens entre les auteurs des actes accomplis et les actes eux-mêmes,

 

Madame la Juge parvient à étouffer l’affaire au soi-disant terme de  sa prétendue instruction – celle de laisser passer le temps, c’est-à-dire laisser passer le délai raisonnable -, et in fine, à confier à Madame le Procureur Général la bonne exécution de ce qui était programmé dès le départ entre gens de bonne compagnie, à savoir le classement sans suite du dossier.

 

De fait, pour que cette instruction puisse se poursuivre, il faut que Madame le Procureur Général communique le dossier au Ministre de la Justice comme prévu par les articles du C.I.C. cités au § IV ci-dessous.

 

Mais, Madame le Procureur Général n’estimerait-elle pas, et non sans raison, et en vertu de son « pouvoir d’appréciation », ne pas devoir communiquer le dossier ainsi vidé de sa substance, au Ministre puisque que la prétendue instruction ne prouve en rien - ou prouve ce qu’elle devait prouver -, à savoir que ni Madame le Procureur Général, ni ses complices et collaborateurs, peuvent faire objet, sur base de ladite instruction, d’une information, ou d’une instruction, voir d’une poursuite judiciaire.[23]

 

 

Tel est effectivement le seul but qui était poursuivi par la prétendue instruction qui devrait, par « hypothèse », se poursuivre. Alors, me diriez-vous,  si l’instruction devait, par « hypothèse », se poursuivre : vous en seriez sans nul doute informée, Madame la Ministre,  par la procédure.

 

Je ne crois plus au Père Noël, mais je reste néanmoins attaché à ma croyance en la justice restée fidèle à sa source constitutionnelle. En d’autres termes, et heureusement, je rêve encore de ce qui devrait être en regardant ce qui est illustré par des exemples qui se suivent, dont celui-ci ;

 

 

§  Exemple de déni de justice.

 

 

J’exposerai celui-ci, parmi tant d’autres, dans l’introduction du chapitre II, au paragraphe intitulé « Parenthèse » du premier fascicule.

 

Nous découvrirons, cette fois, la collusion entre, d’une part, le Parquet Général, et d’autre part, le Tribunal de Première Instance et la Cour d’appel concernés.

 

 

Ni cette violence institutionnelle « propre », que j’ai vécue au quotidien dans le combat durant vingt-sept ans, ni le silence des autres qui la couvrait, ne m’indignaient guère parce que je savais pour avoir lu Boris Cyrulnik, que « l’on se faisait très vite à vivre tout tranquillement à un endroit où des centaines de milliers de gens étaient gazés. Cela ne m’a pas pesé, témoignait Hans Münch, l’assistant du Dr Mengele, l’expérimentateur d’Auschwitz, « le plus sympathique des compagnons. Et quand le réel est terrifiant, la rêverie donne un espoir fou. A Auschwitz ou lors de la guerre du Pacifique, le surhomme était un poète. » [24] 

 

En « surhomme », donc en poète, il est vrai que parfois l’on n’a envie ni de s’indigner des agissements de ces personnes – les dieux antiques -, ni de protester face à eux, ni contester leurs actes.

 

Ils sont volontairement enfermés dans ce que l’on pourrait appeler leur « Réalité », un champ de pouvoir où s’accumulent, pendant des années, des vils mensonges couverts par le silence, silence qui, à son tour, peut être le plus cruel des mensonges comme il peut être plus grave que ce qu’il couvre ou dissimule.

 

Et, il arrive un moment où les premiers mensonges sont perdus dans le lointain, estompés par la distance, souvent oubliés, et où les derniers en date empruntent à leur enchaînement « logique », seule une apparence de vérité purement artificielle, comme sur une scène de théâtre où les accessoires réels contribuent à renforcer l’illusion du décor habilement peint par des honorables, mais redoutables, délinquants au col blanc.

In fine, comme proclama Emile Zola dans « J’accuse » ; « Quand on enferme la vérité sous terre, elle s’y amasse, elle y prend une force telle d’explosion que, le jour qu’elle éclate (sic), elle fait tout sauter avec elle ».

 

Devrait-on nécessairement en arriver là ? C’est la question que je me suis posée, et à laquelle j’ai cherché réponse, durant des années, par tous moyens de droit, mais en vain ;

 

C’est la question que pose également cette ultime démarche que j’ai cru utile d’entreprendre par la présente.

 

Pour mieux saisir la gravité de ce qui vient d’être dit - gravité directement proportionnelle donc à mes sensibilités politiques et à mon attachement au droit et à la justice  -, il faut savoir que la situation où nous nous trouvons à présent, est l’inévitable conséquence d’un long processus rendu irréversible par la substitution du « rapport de force » à la loi et au droit ; la force du nombre, qui appelle sans cesse la force, même si elle n’est que force, même si elle n’est la force du faible ;

 

Ce que, durant des années, je n’ai cessé d’exprimer sur tous les toits, comme le prouvent les passages suivant d’un article de presse :

 

 

« Mustafa Sari ne baisse pas le bras.

 

 

Aujourd’hui après 20 ans de combat, et sept grèves de la faim qui ont fait suite à un mandat d’arrêt de 3 jours [5 jours, ndlr.] pour un dossier d’escroquerie, et trois autres dossiers périphériques menés dans la foulée, la justice a rendu non seulement une ordonnance de non-lieu sur accusation de détournement de fonds portant sur une somme d’un peu plus d’un million de francs, mais aussi un arrêt de non-lieu.

 

Pour arriver à ce résultat, Mustafa Sari avait renvoyé ses avocats et avait entrepris un travail « colossal » quand on n’est pas juriste, pour démonter le mécanisme qui en faisait un coupable. N’empêche qu’à ce jour,  pour ses deux grands fils qui l’entourent, cet homme libertaire, profondément laïc, décidé, veut être innocenté. Le non-lieu n’est en effet qu’une constatation qu’il n’existe pas de preuve suffisante pour condamner quelqu’un.

 

 

Jusqu’aux assises ?

 

Il ira, dit-il, jusqu’à la cour d’assise s’il le faut. » [25]

 

 

Comme si le temps était figé, et qu’il n’avait rien emporté comme en emporterait le vent, ni alimenté la lassitude, ni usé ma détermination. Alors, mu exclusivement par ma volonté de tenter, une ultime fois, de lever les barrières dressées devant les lois et le droit, j’ai l’honneur, Madame la Ministre, de déposer respectueusement la présente requête entre vos mains.

I. Pour ce qui est de l’objet de la présente requête.

 

Par celle-ci, je sollicite l'ouverture d'une enquête au sujet des agissements pour le moins inconsidérés, de Mesdames Anne THILY et Andrée SPRIESTERBACH, respectivement Procureur Général et Avocat Général près la Cour d’Appel de Liège, de Monsieur Pierre WILMART, Premier Substitut du Procureur du Roi près le Parquet de Liège, et de leur suite « magistrale ».

 

A la fois chefs et membres du Corps unis en « Un », ces personnes orchestrent dans les coulisses, et depuis le mois d’avril 1996, les actes innommables d’une coalition de magistrats et auxiliaires ; actes auxquels je suis forcé à faire face encore aujourd’hui, comme ce fut le cas durant tant d’années.

 

Le seul but que ces personnes poursuivent sans relâche et avec acharnement, est d’étouffer la vérité qu’elles connaissent fort bien ; elles savent, en effet, que si quelqu’un consacrait une demi-heure à l’examen de chacun des deux dossiers précités, il ne pourrait pas ne pas constater que l’utilisation tant du mandat d’arrêt, que de l’ordonnance de mise en observation psychiatrique à des fins autres que judiciaires dans le premier cas, et médicales dans le second, a été préméditée de longue date ;

 

Et sur base de ce constat – et c’est fondamental -, se poser la question  de savoir quel était l’objectif, le vrai, que les autorités concernées souhaitaient atteindre par leurs agissements.

 

 

II. En ce qui concerne les causes qui motivent l’objet de la présente requête ;

 

 

Elles peuvent être résumées comme suit, sous réserve d’autres éléments que pourrait révéler l’enquête dont vous ordonnerez l’ouverture au cas où vous l’estimeriez utile.

 

 

·                     La coalition de fonctionnaires, le détournement de pouvoir et le trafic d’influence dans le sens des articles 233 et 234,

 

·                     La corruption passive dans le sens des articles 247, alinéas 1, 2, 4, et 248,

 

·                     L’abus d’autorité, de fonction et de position dans le sens des articles 254, 256 et 258,

 

·                     Le harcèlement et des atteintes portées à l’honneur ou à la considération des personnes dans le sens, respectivement, de l’article 442bis, et des articles 443 et suivants du Code pénal ;

 

·                     Les violations des droits de l’homme que stipulent les articles 3, 5, 6, 8, 13, et 17 de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, 

 

dont découlent, notamment :

 

·                     La menace et l’intimidation par l’instrumentalisation du mandat d’arrêt et de la psychiatrie ;

 

·                     L’entrave au fonctionnement de la justice, et l’atteinte grave à l’indépendance et à l’impartialité des cours et des tribunaux ;

 

·                     La substitution pure et simple tant des lois, que des règles et principes les plus élémentaires du droit à l’arbitraire et à l’abus du pouvoir ;

 

·                     L’établissement de documents judiciaires mensongers (faux) parce que dépourvus de tout fondement ;

 

·                     L’incitation à la fabrication et à la production des faux documents et aux faux témoignages, et donc faux et usages du faux ;

 

·                     Le tout dans l'intention manifeste et délibérée de dissimuler et couvrir des actes délictueux et criminels afin de les soustraire à la loi, d’en protéger les auteurs, et in fine, de tromper la justice.

 

 

III. Pour ce qui est des éléments de preuves et des documents devant appuyer mes accusations ;

 

 

Vous les trouverez dans les deux fascicules en annexes, que j’ai déjà évoqués ;

 

A.            Dans le premier intitulé « L’ultime appel à la sagesse éternelle, la justice », j’ai tenté de résumer les faits relatifs à l’objet de la présente requête.

 

Le contenu de ce fascicule est composé des extraits tirés du livre dont je viens d’achever la rédaction pour sa première version, et que je soumettrai, en temps opportun, à l’appréciation des « ayants droit » dits citoyens ; il est inévitablement long et détaillé parce que je l’ai écrit en pensant que je n’aurais peut-être plus le droit de parole là où il serait nécessaire de l’avoir un jour ; ce jour que j’espère vraiment très proche.

 

B.            Dans le second intitulé « annexes », j’ai réuni divers documents judiciaires et autres.

 

J’ai également souhaité vous proposer un historique complet des événements allant de 1977 à ce jour ; je m’en suis abstenu par crainte de trop charger la présente, mais le contenu du premier chapitre du premier fascicule ainsi que les articles de presse versés dans le second fascicule, sont de nature, je crois, à combler ce vide.

 

Et enfin, vous le savez peut-être - ou vous serez sans doute informée par qui de droit -, que j’avais déposé, le 04 février 1998, une autre requête entre les mains de votre prédécesseur, Monsieur Stefaan DE CLERCK ; celle-ci concernait seulement la question posée au sujet du mandat d’arrêt. Vous découvrirez l’histoire racontant le prétendu traitement de cette requête par trois Ministres de la Justice successifs, dans le § D.2 du deuxième, le § C du troisième, et l’entièreté du cinquième chapitre du premier fascicule également ; ce fut la descente au fond de l’enfer.

 

 

IV.            En ce qui concerne la procédure ;

 

 

Avant de vous adresser la présente, j’ai saisi, par mesure de prudence, la Cour de Cassation par une requête en suspicion légitime exposée dans le chapitre VI du premier fascicule.

 

La Cour a rendu son arrêt le 17 décembre 2003 (Réf. : P.03.1634.F/1) : la décision de non recevabilité de ladite requête, était motivée comme suit ;

 

« Attendu qu’en tant qu’elle concerne le ministère public, la requête est manifestement irrecevable ;

 

Attendu que, pour le surplus, alors que l’impartialité des juges est présumée, la requête n’énonce de griefs qu’à l’égard de certains magistrats des juridiction précitées, et non de l’ensemble de ceux qui les composent ;

 

Que, dans cette mesure aussi, elle est manifestement irrecevable. »

 

D’une part, en prenant acte de ce que la requête est déclarée, comme prévu par la loi, irrecevable par la Cour concernant précisément le Ministère public, et d’autre part, pour éviter toute confusion entre ce qui est d’ordre judiciaire dont le traitement est de la compétence du Ministère public, et ce qui est d’ordre juridictionnel dont le traitement est de la seule compétence du pouvoir judiciaire exercé par les cours et tribunaux ;

 

Il serait utile de rappeler ici les articles suivant du Code d’instruction criminelle sur base desquels je dépose la présente requête entre vos mains :

 

 

« Art. 485. Lorsque le crime commis dans l’exercice des fonctions, […], sera imputé [soit à un tribunal entier de première instance, à un tribunal du travail ou à un tribunal de commerce], soit individuellement à un ou plusieurs [membres des cours d’appel], et aux procureurs généraux et substituts près ces cours, il sera procédé comme suit.

 

Art.486. Le crime sera dénoncé au [….] Ministre de la Justice, qui donnera, s’il y a lieu, ordre au procureur général […] près la Cour de cassation, de le poursuivre sur la dénonciation [….] ».

Ces articles de loi semblent nous dire clairement ce que l’on doit faire comme s’ils voulaient démentir Hannah Arendt qui écrit : « La légalité fixe des limites aux activités mais ne les inspire pas. La grandeur mais aussi l’inconvénient des lois dans les sociétés libres est qu’elles disent uniquement ce que l’on ne devrait pas faire, mais jamais ce que l’on devrait faire. »

 

Mais en fait, ceux qui ont promulgué les lois et ceux qui ont la noble charge de veiller à leur application, ne sont-ils pas aussi, trop souvent, « ceux qui les bravent, mais qui n’opèrent jamais sans les avoir pour guide » ?

 

Malheureusement, c’est bel et bien le cas, parce que non seulement ils traduisent et interprètent mais aussi manipulent les lois de telle façon que celles-ci ne leur disent plus ce qu’ils devraient faire conformément aux règles et principes du droit resté attaché à sa source constitutionnelle, mais leur disent simplement ce qu’ils devraient faire par abus de pouvoir, de position et de fonction.

 

C’est ainsi que l’on arrive à constater que même la « légalité » de l’engagement d’une poursuite judiciaire n’est pas acquise d’avance ; elle doit être distinguée des motivations autres que judiciaires, qui pourraient être dissimulées derrière l’acte au cas où les autorités concernées s’en serviraient pour adapter la réalité à leur désir afin d’atteindre le but jamais avoué, qu’ils poursuivraient.

 

Car la légalité d’une procédure judiciaire, c’est-à-dire une procédure engagée et conduite dans le prétendu respect des « règles de la procédure », ne signifie absolument pas que l’acte judiciaire accompli est un acte fondé, d’une part, et respectueux du droit, d’autre part.[26] A ce propos, nous pourrions citer l’affaire Dreyfus, qui constitue l’exemple historique gravé dans la mémoire collective de l’humanité.

 

 

§       Exemple de manœuvre de rhétorique déconcertante.

 

 

Il fut une fois, je vivais dans la rue, dans une voiture ; j’ai reçu un courrier daté du 8 février 2001, qui était envoyé à l’adresse suivante : « Face au 48, en Hors-Château, à 4000 Liège ».[27]

 

Dans ce courrier que nous lirons au § C du cinquième chapitre du premier fascicule,  Monsieur J. –F. LECLERCQ, le Premier Avocat Général près la Cour de Cassation, répondait à l’une des trois questions que j’avais posées à Messieurs le Procureur Général près la Cour de Cassation et au Ministre de la Justice, à la fois, à savoir « le 21 juin 1995, j'ai été privé de liberté et mis sous mandat d'arrêt le 22 juin 1995. Ce mandat d'arrêt concernait-il réellement une affaire judiciaire ou était-il conçu comme instrument de la pratique du terrorisme d'Etat par voie judiciaire ? » :

 

« Au vu des pièces jointes à votre lettre précitée, disait Monsieur l’Avocat Général, je ne puis que vous confirmer ce que Madame l’avocat général Spriesterbach vous a répondu le 25 janvier 1998, à savoir que le mandat d’arrêt concerne une affaire judiciaire. Au demeurant, je me permets, à toute fin utile, de vous préciser que l’organisation judiciaire du Royaume de Belgique s’oppose en droit comme en fait à ce que le mandat d’arrêt soit utilisé comme « instrument de la pratique du terrorisme d’Etat  par voie judiciaire » ; et qu’au surplus les mandats d’arrêts sont soumis au contrôle des juridictions d’instruction.»

 

« En droit comme en fait ! » ; le message qui semble être d’inspiration divine, qui, par définition, n’aurait point besoin ni de s’affronter à la réalité des faits dans ce bas monde, ni de s’exposer à une quelconque expérimentation humaine : la Vérité divine est révélée dans les Ecritures, point final. C’est comme si un dictateur patenté disait ne pas comprendre les accusations de torture en arguant que tel article de la Constitution de son Etat s’oppose en droit comme en fait à la pratique de  ce « sport » national.

 

Voici un extrait de la réponse que j’avais réservée à la rhétorique surprenante de Monsieur l’Avocat Général en lui faisant part de certaines considérations du point de vue du droit, qui ont pour seul mérite de faire le lien entre l’abstrait et le concret, entre le spirituel et le temporel.

 

« Le mandat d’arrêt concerne une affaire judiciaire » : il est incontestable, lui disais-je, qu’un mandat d’arrêt devrait concerner une affaire judiciaire. Il s’agit ici de l’énoncé d’un principe le plus élémentaire du droit, ainsi que de la condition nécessaire et non suffisante de la mise en application dudit principe.  Autrement dit, ce n’est pas parce qu’une affaire est initiée et traitée par voie judiciaire, et que toute affaire initiée et traitée par voie judiciaire devrait effectivement être une affaire judiciaire, que l’on peut se permettre de tirer la conclusion hâtive que le mandat d’arrêt dont j’ai été objet, concernait aussi une affaire judiciaire.

 

« L’organisation judiciaire du Royaume de Belgique s’oppose en droit comme en fait à ce que le mandat d’arrêt soit utilisé comme instrument de la pratique du terrorisme d’Etat  par voie judiciaire» : il s’agit ici aussi, constatais-je, de l’énoncé d’un principe élémentaire – ce qui devrait être -, auquel je reste très attaché.

 

« Et qu’au surplus les mandats d’arrêts sont soumis au contrôle des juridictions d’instruction. » : s’il est vrai, remarquais-je, que les mandats d’arrêts sont soumis a posteriori au contrôle des juridictions – Chambre du Conseil et Chambre des mises en accusation –, il est aussi vrai qu’ils ne sont point soumis a priori audit contrôle juridictionnel.

 

De fait, mes accusations concernent les agissements de certains composants – magistrats debouts et auxiliaires – du Ministère public, ayant abouti à la délivrance dudit mandat d’arrêt par un Juge d’instruction qui, cinq mois plus tard, demanda, et obtint, d’être dessaisi du dossier pour des raisons diplomatiques dites personnelles, et non pas le traitement du dossier par lesdites juridictions de contrôle ; le point de départ dudit processus irréversible, que Monsieur l’Avocat Général tenta de pousser dans l’ombre par sa rhétorique qui se voulait résolument intimidante.

 

Il s’agit ici, affirmais-je, de la mise en œuvre d’une véritable stratégie injustement érigée en règle et principe du droit : ne suffit-il en effet pas que l’enquête ne soit pas menée, pour que les questions restent sans réponse, et que ces réponses et les faits qui y sont liés ne puissent être transformés en preuves ?

 

Lorsque je lis aujourd’hui ce que j’avais écris hier, je me sens gêné, au profond de moi-même, de savoir que j’ai été forcé à faire part de ces propos à un représentant de la plus Haute Juridiction du Pays, qui ne se gênait guère de l’image qu’il faisait porter à l’Institution dont je suis très respectueux.

 

Au-delà des cas individuels, le mouvement pervers – totalitaire ou tyrannique -, constate Michel Schneider, « s’organise de façon à se défendre de toute douleur et contradiction interne et à les expulser pour les faire couver ailleurs, tout en se survalorisant, tout cela aux dépens d’autrui et non seulement sans peine mais avec jouissance. »

 

En prétendant que cet étrange individu nommé « l’organisation judiciaire du Royaume de Belgique », s’opposerait en droit comme en fait à ce que le mandat d’arrêt soit utilisé comme instrument de la pratique du terrorisme d’Etat  par voie judiciaire, Monsieur l’Avocat Général prenait arbitrairement position et se mettait ainsi à l’abri du conflit en faisant valoir comme vrai « en fait » ce qui l’est « en principe », c’est-à-dire « en droit ».

 

Pour lui, j’ai donc eu nécessairement ce à quoi j’ai droit comme l’aurait voulu l’organisation judiciaire du Royaume de Belgique, autrement dit la « Raison d’Etat » : de cette façon, il se survalorisa par abus de pouvoir et de puissance, et ce, au dépends du préjudiciable.

 

Et il n’est pas seul ; en altérant ainsi le langage ou en torturant la langue, et en masquant la vérité par l’illusion d’éclairage, ils s’emploient, tous, à détruire le sens de la réalité en lui substituant leurs fantasmes prêts à l’emploi grâce au pouvoir qu’ils détiennent – ou croient détenir - des ressorts de leur puissance.

Entièrement détachés de la réalité des faits, constamment ils remettent en question le sens commun, jouent avec les détails ; « Ils jouent tout le temps sur les limites des mots et leur sens, ils sont toujours en train de faire dériver les mots vers un sens approximatif, vague, ou au contraire ils reprécisent ou donnent l’impression de le faire, mais à un endroit où il y a une convention tacite de laisser cette signification dans le vague », comme remarque Jean-Pierre Winter. [28]

 

Reste à savoir si, aujourd’hui, Monsieur l’Avocat Général n’estimerait pas que l’organisation judiciaire du Royaume de Belgique s’opposerait aussi en « droit comme en fait », à l’utilisation de l’ordonnance de la mise en observation psychiatrique comme instrument de la pratique de cette « chose » que j’aimerais voir qualifiée par justement Monsieur l’Avocat Général.

 

 

Et enfin, devrai-je vraiment me dispenser, ici, de soulever la question suivante que nous pose Marie-France Hirigoyen : après avoir constaté que « Nous avons une indulgence inouïe à l’égard des mensonges et des manipulations des hommes de pouvoir, la fin justifie les moyens », elle pose la question que je me pose depuis plus de vingt-sept ans :

 

« Mais jusqu’où est-ce acceptable ? »

 

La réponse à cette question, ne pourrait-elle pas être celle que Albert Camus nous donnait dans son œuvre « L’homme révolté » ? : « Jusque là, oui, au-delà, non » !

 

Avant de conclure cet exposé, et de vous faire part des réflexions et considérations ci-dessous, toutes relatives au fond et non pas à la forme, je souhaite céder la parole à une citoyenne, Delphine Ullens, que nous rencontrerons par la suite :

 

 

« Notamment, lors du long combat mené devant la porte du parti Ecolo en Hors-Château à Liège – du 9 juillet 1998 au 7 janvier 2002 - j’ai vu Mustafa Sari vivre l’injustice et sentir trop souvent trahies ses convictions placées dans  les principes d’un Etat de droit, sentir trahies ses croyances inébranlables en cette « démocratie qui, dit-il, puise sa force dans ses faiblesses ».

 

Comme lui, nous aussi, une poignée de citoyens, nous nous sommes sentis trompés par ce qu’on nous a fait croire, à tous, depuis toujours, à savoir une certaine conception de justice indépendante et impartiale. Autant il les ai senti trahies et il s’est senti trompé, autant il a tenu à leur être fidèle, et il le restera, je crois, jusqu’au son dernier souffle.

 

Fidèle à cette conception de la justice qui ne nous est vraiment pas étrangère. Quelque part, en nous, elle vit et remue au quotidien, et nous rappelle ces grands principes comme le respect de la loi, l’égalité des citoyens devant la loi, l’indépendance du Juge, la séparation des pouvoirs, etc.

 

Je reste convaincue, comme lui, qu’ils nous revient de dire et de rappeler notre exigence de respect du droit, qui est aussi celle de la démocratie, et notre attachement à nos institutions ; les dire et les rappeler surtout à ceux et celles qui ont la noble charge de chercher la vérité et la dire ; de traduire le droit et de dire la loi, et donc de rendre la justice.

 

L’exigence d’une justice qui n’étouffe pas mais qui entend la parole des faibles - des sans voix, des exclus - et qui tente de la faire valoir face à ceux qui ont les moyens de se faire entendre.

 

Une justice qui, chaque jour, s’efforce de rétablir l’équilibre des droits des citoyens face aux rapports de forces qui dominent dans la société et dans les vastes rouages de l’Etat.

 

Une justice qui fait contrepoids « avec sa Balance », face à des pouvoirs politiques, économiques, financiers et autres, qui menacent les droits et libertés des citoyens.

 

Une justice qui observe la réalité sociale et qui dégage les problèmes de droit qui se posent dans les conflits qui s’y manifestent.

 

Une justice enfin qui est respectée parce qu’elle se fait respecter non pas par la peur qu’elle inspire ou par la distance qui l’isole des justiciables, mais parce qu’elle introduit, dans ses initiatives et démarches, la référence à des droits et devoirs que chaque « ayant droit et devoir », dit citoyen, peut comprendre et contrôler.

 

Qu’est-ce en effet que la justice sinon ce concept vivant qui fait preuve  - ou qui ne peut faire preuve – de sa raison d’existence que par et pour être rendue devant les cours et tribunaux par des obligation précises envers le titulaire du droit ?

 

Existe-t-elle si elle n’est pas rendue ? Oui. Elle se laisse identifier alors par son contraire nommé l’injustice dont le sort inévitable est l’anéantissement. » [29]

 

 

Un témoignage qui confirme ce que nous dira Ronald Beiner par la suite : « Aussi longtemps que nous continuons à distinguer au sein des choses le bon et le beau, aussi longtemps que nous refusons de renoncer à notre faculté de jugement, tout n’est pas perdu. » [30]

 

Tout n’est effectivement pas perdu à moins que l’on sache comment nous pouvons nous orienter dans ce monde, et que je sache comment je peux m’orienter dans mes démarches, si ce n’est par la philosophie et l’histoire politique qui, je crois, peuvent mieux nous y aider.

 

C’est pourquoi, je me permets de vous faire part, Madame la Ministre, des réflexions suivantes que je continue à mener en compagnie et avec l’aide de ceux et celles qui, dans le combat, m’ont conseillé durant les jours, et encouragé pendant les nuits pour que jamais je ne me sente moins seul que dans la solitude ; penseurs, philosophes, scientifiques et leurs œuvres que Peter Sloterdijk nous présente en ces termes :

 

« Les livres, dit-il, sont des grosses lettres envoyées aux amis, même si l'expéditeur n’en connaît pas le destinataire. » [31]

 

 

            V.  Réflexions.

 

 

Comme je consacrerai l’avant-propos du premier fascicule cité plus haut, à des considérations concernant les mots utilisés et leurs sens, je laisserai ici s’exprimer, une fois encore, mes sentiments d’indignation, et de tenter ainsi de faire entendre la voix de ma légitime révolte que j’entends hurler dans le silence.

 

« Penser, c’est bien. Faire, c’est mieux. Mais faire ce que l’on pense est la chose la plus difficile du monde », disait jadis Goethe ;  de fait, nous avons souvent l’impression, me semble-t-il, de dire des choses nouvelles alors que tout était déjà dit, et qu’il y a tant de choses qui restent à faire, comme l’exprime admirablement bien Myriam Revault d’Allones :

 

Après avoir constaté que « Le désenchantement du monde : c’est encore trop peu de dire qu’aujourd’hui, il nous accable », en matière de « chose publique, remarque-t-elle, de quelque manière qu’on l’entende, les réalités ont été scabreuses et il y a bien longtemps qu’on se lamente, qu’on s’indigne, qu’on proteste, qu’on condamne et qu’on résiste.

 

Que la politique soit maléfique, qu’elle charrie avec elle tout un défilé de pratiques malfaisantes, implacables ou perverses, c’est là une vieille plainte aussi vielle que la politique elle-même, une plainte aussi vieille que le monde. La politique est le champ des rapports de force. La passion du pouvoir corrompt.

 

L’art de gouverner est celui de tromper les hommes. L’art d’être gouverné est celui d’apprendre la soumission, laquelle va de l’obéissance forcée à l’enchantement de la servitude volontaire.

 

Personne n’ignore ces banalités, et pourtant elles n’existent pas moins. » [32]

 

Permettez-moi, ici, Madame la Ministre, d’exposer un exemple de ces « banalités » terrifiantes, qu’il faudrait, peut-être, cesser de « banaliser ».

 

§          Le fascisme ordinaire.

 

 

A.         L’idéologie des dérives dangereuses.

 

 

Je souhaite dire, d’abord, quelques mots concernant les différentes sources dont s’inspirent tant l’idéologie officielle juridico-psychiatrique, que les actes, attitudes et comportements que nous observerons et analyserons dans le premier fascicule précité.

 

J’avoue que j’ignorais à l’époque le règne effroyable de cette idéologie dans notre pays, ici, en Belgique, et que j’ai eu le triste privilège de découvrir et d’affronter dans la rue.

 

 

1.  Le délire de grandeur.

 

 

Jacques Lacan, psychiatre, le prophète du verbe, débute la construction de l’un de ses célèbres versets en citant les critères suivants établis, en 1915, par Kraepelin pour distinguer l’évolution de l’homme « normal » - ou normalisé - et celle du « paranoïaque » :

 

« Il ne nous manque plus que d’indiquer en bref ce fait que le développement ici dépeint de la personnalité paranoïaque, représente simplement la déformation pathologique de tournant qui sont les plus communs dans la vie des hommes et qui se marquent à la fois dans leur pensée et leurs tendances.

 

L'exubérance de la jeunesse, toute tendue vers les grandes actions et les expériences intenses, reflue peu à peu devant les résistances de la vie, ou bien elle est canalisée dans des voies ordonnées. Les désillusions et les obstacles portent à l’aigreur, aux luttes passionnées ou bien au renoncement qui trouve son refuge dans de menues activités d’amateur et dans des plans d’avenir consolants. 

 

Mais peu à peu décroît la force de tension ; la pensée et la volonté s’engourdissent dans le cercle étroit de la vie quotidienne, et de temps à autre seulement revivent dans le souvenir les espoirs et les défaites du passé. »

 

Partant de là, « Le délire de grandeur de la paranoïa, remarque Lacan, est donc essentiellement pour Kraepelin, « la trame poursuivie dans l’âge mûr des plans de haute volée du temps de la jeunesse » avant de revenir sur ce « délire juvénile de grandeur enivré du sentiment de sa force. »

 

Et enfin, il révèle son propre verset : « Quand font défaut les armes qui peuvent abattre les obstacles opposés par la vie, deux voies s’offrent à la personne pour refouler les expériences qui la contrarient : « récuser le jugement  d’autrui ou s’esquiver dans des espoirs d’avenir, qu’aucun insuccès ne peut dissoudre : ce sont les deux voies où s’engage la pensée délirante.» [33]

 

Le prophète, comme tout prophète qui se respecte, annonça ainsi que chaque individu qui récuserait le jugement d’autrui - le jugement qui est le sien évidemment -, reviendrait à faire preuve de la déviation de sa pensée dans une voie où s’engagerait la pensée délirante ; il ordonna alors à ses disciples de veiller au respect de son jugement dans un esprit tyrannique et totalitaire, qui se veut scientifique, et qui donne froid dans le dos.

 

Le 22 mars 1999, je me trouvais dans un goulag qualifié, dans version démocratique, du « Centre Hospitalier psychiatrique de Liège, le Petit Bourgogne - Volière ». Au terme du très court entretien que j’ai eu avec lui, Monsieur Devoitille, psychiatre en chef, m’a conseillé de me faire aider sur un point. Lorsque je lui ai demandé de quel point il s’agissait, il m’a répondu : « On ne fait pas à l’âge de cinquante ans ce que l’on faisait à l’âge de vingt ans » ;

 

Je lui ai alors répondu que je n’avais vraiment pas besoin d’aide à ce sujet puisque je n’ai jamais fait à l’âge de vingt ans ce que je ne fais pas à l’âge de cinquante ans, et que j’étais déjà adulte à l’âge de quatorze ans n’étant pas élevé dans la misère de la prospérité.[34]

 

De fait, dit Michel Schneider, « Il faut toujours se méfier de ceux qui, comme Lacan, disent : « Moi, la vérité, je parle. La paranoïa n’est pas loin ». »

 

A son tour, Maryvonne David-Jougneau commente l’œuvre du prophète comme suit : « Entendons bien, dit-elle, ce qui découle de ces textes : tout être à l’âge adulte dont la pensée et la volonté ne seront pas engourdies dans le cercle étroit de la vie quotidienne, et qui continuera à se battre pour un idéal, une aspiration, pour « des plans de haute volée », telle par exemple, la défense de son droit, ou l’application des principes, et qui manifestera encore de l’énergie sans que celle-ci soit « canalisée dans des voies ordonnées (entendons celles des organisations, des syndicats, des partis) est soupçonné a priori d’être paranoïaque. Nous ne considérons pas ce texte comme une référence pour les spécialistes. » [35]

 

En effet, pour le maître comme pour les adeptes, tout être dont la pensée et la volonté ne seront pas engourdies dans le cercle étroit de la vie quotidienne, mésestimerait « le Réel - la Réalité », à savoir le rapport de force ; il ne tiendrait pas compte de la résistance de ce Réel à sa demande qualifiée alors de délirante, délire de grandeur.

 

Toute résistance serait alors le fruit d’un comportement résultant d’une perturbation mentale à éradiquer par abus du pouvoir, intimidation, menace, in fine, par la violence. 

 

Pour ce faire, ils prennent appui sur la convenance du politiquement correct, convenu précisément d’un langage dominant, convention pour ne pas dire contrat social du parler faux. Ils savent que tout se résume dans ce convenable absolu qu’ils nomment « Le Réel ».

 

Ils cultivent le déni de l’autre et croient pouvoir annuler le tout, ôter le sens à tout, dans la soumission. Ils sont persuadés de pouvoir réduire au silence les « gênants » ;

 

Faire d’eux des pantins qui reçoivent ce qu’ils leur intiment de recevoir et qui pensent ce que « la loi du plus fort » voudra qu’ils pensent.

 

 

2.  Le délire de revendication égocentrique ou altruiste.

 

 

Lors de mes recherches, j’ai lu aussi quelques livres idéologiques qui ressemblent à des catalogues d’un magasin de luxe à une différence près que les objets y font place aux diagnostics – préceptes - psychiatriques mais qui avaient le mérite de me faciliter la compréhension des réflexions nombreuses .

 

Dans la section réservée à la présentation « des manifestations d’ordre psychopathique » dans son livre intitulé « psychiatrie pratique », G.H. Van De Berg, neurologue et professeur à l’Université de Leiden, expose un article nommé « Revendicateurs » qui seraient « les personnes qui s’accrochent à un préjudice supposé ou réel et qui, pour faire valoir leur droit, sacrifient tout, parfois même, radicalement, leur vie entière. Elles entament des procédures interminables. Les revendicateurs sont attachés à leur préjudice, ils ne peuvent plus s’en passer. » [36] 

 

Il s’agirait ici de « délire de revendication égocentrique ou de délire de revendication altruiste » qui reposerait, selon le même prophète Lacan, sur l’idée prévalante d’un préjudice réel ou prétendu. Le caractère obsédant de cette idée prévalante serait par eux mis en valeur ainsi que l’exaltation maniaque caractéristique. 

 

Donc, ce que ces prêcheurs appellent un revendicateur, serait un malade souffrant de divers troubles mentaux notamment intellectuels. Pourquoi pas ? Mais faisons d’abord les constats suivants au cas où il y aurait un préjudice réel comme ils le disent.

 

1.             La personne qui fait valoir ses droits dans ce cas, est un préjudiciable et non un revendicateur ; en altérant ainsi le langage, ils pervertissent d’abord le contenu même de la théorie dont il s’inspirent, et pervertissent ensuite le sens des mots, et partant, ils pervertissent même les règles et principes les plus élémentaires du droit.  

 

2.             Je ne vois effectivement pas où est le problème si cette personne demande – exige ce qui est exigible par définition, à savoir le droit - que le préjudice réel qu’il a subi, soit réparé et que, par conséquent, son droit déjà reconnu par le législateur, soit rétabli et la justice rendue.

 

3.             Je ne comprends pas non plus pourquoi le préjudice subi ne serait pas réparé car un droit qui ne se traduit pas par des obligations précises envers le titulaire du droit n’est qu’un mensonge ; je sais que le droit n’est pas un mensonge et si cela devait être le cas, il ne peut être qu’une duperie mentale constitutive des principes fondateurs d’une république bananière et non d’un Etat de droit.

 

4.             Je ne comprends absolument pas - mais pas du tout - en quoi une telle situation peut être soumise à l’appréciation ou à l’examen d’un médecin, au lieu d’être traitée par le Tribunal qui a la compétence lui conférée par la Constitution. 

 

Posons ensuite les questions suivantes aux « gardiens de l’ordre » qui observent leurs sujets sur le balcon en compagnie de la nomenclature.

 

1.             Pourquoi le préjudiciable serait-il forcé à entamer des procédures interminables, à sacrifier tout, parfois même, radicalement, sa vie entière, pour faire valoir son droit ? Est-ce « normal ! » ?

 

2.             Les psychopathes, les vrais dits pervers, ne seraient-ils pas ceux qui forcent le titulaire du droit, pour je ne sais quel motif, à entamer des procédures interminables ? Ne serait-il pas « normal ! » de leur poser la question ?

 

3.            Que reprocherons-nous à Staline ? Qu’a-t-il fait si ce n’est d’envoyer dans les goulags les « revendicateurs psychopathes » qui ne faisaient que défendre leurs droits les plus élémentaires ? Lui aurait-il suffit de remplacer Béria par le professeur Van De Berg pour instaurer l’Etat de droit en Sibérie, élaborer des lois, établir le droit afin de les transformer aussitôt en objets d’une rhétorique psychiatrique quant à leur traduction par des obligations précises envers le titulaire du droit ?

 

Quant à affirmer sans nuance, aucune, « qu’un préjudiciable est attaché à son préjudice, et qu’il ne peut plus s’en passer », force m’est de constater que seul un pervers accompli - pour lequel un droit reconnu peut ne pas être traduit en fait -, peut imaginer et affirmer un grossièreté de cette nature pour ne pas dire, de cette grandeur.

 

Qui plus est, le professeur ne dit pas ce qu’ils feraient si lui-même était lésé dans ses droits – et lesquels ? - et il manque de courage civique de dire l’intérêt qu’il défend en forçant le préjudiciable à se résigner, à renoncer à la défense de ses droits, et à « tourner la page », comme ils disent.

 

 

3.  Le délire imaginatif et interprétatif.

 

 

Nous analyserons cette version – la tarte à la crème la plus appréciée par les manipulateurs professionnels -, au chapitre IV du premier fascicule.

En conclusion, tout pouvoir en psychiatrie, comme dans d’autres domaines, ne mène heureusement pas à des dérives et à des dérives totalitaires.

 

Mais « le risque est plus grand qu’ailleurs », comme le remarque le Docteur Bernard Robinet : « Un point doit être clair, écrit-il ; dans les comparaisons avec les dérives des systèmes politiques, si les analogies sont frappantes, elles ne se valent bien entendu pas. Pourtant, en psychiatrie particulièrement, il semble qu’existent trois types d’institutions, que l’on peut « apparier » - symboliquement ou métaphoriquement – à un système politique : démocratie, dictature ou système totalitaire. Ce sont les dernières qui sont l’objet de mon propos. Tout pouvoir en psychiatrie ne mène pas nécessairement à la perversité, fort heureusement,  mais le risque est souvent présent, et seul notre vigilance peut empêcher ce dangereux glissement. » [37]

 

Nous verrons ci-dessous, comme par la suite, comment des médecins et des psychiatres, et en connivence avec le politique et le judiciaire, peuvent être des serviteurs volontaires de ce glissement pour le moins dangereux, et ils peuvent, à leur tour, faire preuve de leur propre perversité active pour, après coup, assurer leur défense.

 

 

B.  Les agissements des gardiens de l’ordre en blouse blanche.

 

 

Le 03 janvier 2001, j’avais écrit une lettre ouverte où j’expliquais les circonstances de ma mise en observation psychiatrique : un vieux projet cher à Mesdames Anne THILY et Andrée SPRIESTERBACH, qui était élaboré par celles-ci depuis le mois d’octobre 1997, et qui était mis en œuvre le 19 mars 1999 avec la complicité et collaboration plus qu’intéressées, des magistrats du Parquet de Liège, de deux médecins et des mandataires écolos, comme nous le verrons par la suite.

 

Monsieur Vincent Robeyns qui est venu rejoindre le combat que j’avais engagé, le 09 juillet 1998, devant la porte du parti écolo, à l’occasion de ma mise en observation psychiatrique, avait communiqué la copie de ma lettre aussi aux mandataires et membres du parti écolo dont il était sympathisant.

 

Le 12 janvier 2001, il avait reçu la réaction par courrier, d’un membre du parti écolo, Philippe Dutilleux ; je vous la livre ici tout en précisant que je n’ai jamais ni vu ni rencontré cette personne.

 

Je lui avais néanmoins écrit à l’époque en réponse à sa réaction, pour lui dire qu’il semblait surgir du bas fond putride du siècle qui venait de s’achever avant de soumettre son message à l’examen du Juge d’instruction :

 


 

« Bonjour,

 

Je ne sais comment ce courriel m'a été adressé. Je suis conseiller communal écolo à malmedy et médecin généraliste depuis 1977. Par solidarité pour écolo, je me permets de vous livrer mon sentiment par rapport aux écrits de mr sari : pour moi, il s'agit d'un cas flagrant de délire paranoïaque tel que décrit dans tous les livres de psychiatrie et tel que j'ai eu l'occasion d'en observer dans ma pratique.

 

Ces cas sont les plus dangereux car sous couvert d'une logique implacable, ils développent une interprétation de leur perception des choses complètement rigide et imperméable à toute critique : tous ceux qui mettraient en doute son point de vue sont automatiquement mis dans le lot des comploteurs.

 

Il est très difficile voir impossible de les ramener à la raison et effectivement ce genre de personne est susceptible de passer à l'acte, suicide théâtral ou agression physique.

 

Un psychiatre ou un médecin peut se rendre compte de la situation en quelques secondes et en quelques questions. Il n'y a pas d'alternative, si on veut être efficace et protéger le malade contre lui-même que de l'hospitaliser quasi de force et de lui imposer un traitement neuroleptique qui casse son système de raisonnement.

 

Cela peut paraître barbare mais c'est la seule méthode qui ait une chance d'être efficace car il ne prendra pas les médicaments prescrits, perçus comme des tentatives d'empoisonnement, et ne voudra rien entendre de personne car tout avis divergeant du sien le confortera dans l'idée d'un grand complot contre lui.

 

Ne donnez aucune eau à son moulin, cela aggravera son état. SVP ne lui transmettez pas ce courrier car je risquerais de subir son agressivité.

 

 

Philippe Dutilleux. »

 

 

En lisant ces propos insolents, j’avais l’impression d’entendre hurler dans la rue où je vivais, l’acolyte de Staline, Béria, dans les couloirs d’un goulag quelque part en Sibérie : « Il n'y a pas d'alternative, si on veut être efficace et protéger le malade contre lui-même que de l'hospitaliser quasi de force et de lui imposer un traitement neuroleptique qui « casse » son système de raisonnement. » Comment est-il possible, me dis-je encore aujourd’hui, de vivre dans une société où on ne pourrait obtenir réponse à la question de savoir combien de fois ce bonhomme de culture germanique, avait déjà « cassé » des raisonnements à l’aide d’un traitement neuroleptique. Et de savoir combien il en a  « cassé » depuis par le même moyen.  

 

Onze mois plus tard, lors de son audition par le Juge d’instruction, ce médecin déclarait au sujet de sa réaction : « Je n’ai jamais rencontré monsieur SARI. Ce courrier du 12 janvier 2001 était adressé personnellement à monsieur ROBEYNS avec la demande explicite de ne pas transmettre ce courrier à monsieur SARI. Ce courrier du 12 janvier 2001 était une tentative d’utilisation de ma fonction de mandataire ECOLO pour soutenir monsieur SARI dans son combat pour défendre ce qu’il estime être ses droits.» (P.V. no: 10242/01, le 19/12/01.)

 

Heureux d’être soutenu et défendu, dois-je dire ; de fait, il est vrai que le Führer aussi liquidait les « aliénés » par compassion pour eux-mêmes et leurs familles « saines », et, surtout sélectionnés par des médecins politiques appartenant à la S.S. Faut-il dire aussi que le rabattement du génocide perpétré par les nazis, sur le seul racisme se révèle insuffisant car, la seule « race » vraiment prise en compte n’était pas celle qu’on exterminait mais celle qu’on purifiait. En vertu de quoi les malades mentaux d’origine aryenne était à éliminer comme les autres, et ce, soulignons-le, par compassion pour les « aliénés » eux-mêmes.

 

« L’implication, écrit Pascal Ory, dans le génocide d’un Adolf Eichmann, d’un René Bousquet, d’un Allemand ordinaire « de race aryenne » ou d’un paysan polonais voisin d’Auschwitz n’est pas la même, pour la bonne et simple raison que le système ne demande pas à chacun le même degré d’implication, mais pour s’exécuter le programme a besoin de tous ces rouages.

 

Le rôle d’un René Bousquet, entendons par là de tous les auxiliaires non fascistes du processus puisqu’on a affaire ici à un pur produit des élites républicaines françaises, étrangères au nationalisme, est celui du dominé zélé. Le point commun des Eichmann et des Bousquet est de prouver leur existence, voir leur excellence, en exécutant les ordres du dominant, à cette différence près que le dominant du nazi est accepté, celui du vichyste subi. C’est aussi à la lumière de la nature même de l’idéologie officielle qu’il faut analyser leur volonté de destruction de l’ennemi.

 

Obtenir de telles « collaborations », de la plus passive et soumise à la plus active, imaginative et scrupuleuse, est à l’image de ce que tout totalitarisme exige de ses sujets, et cette sorte de contradiction dans les termes qu’est le zèle contraint définirait assez bien la situation dans laquelle finissent par se retrouver, à l’instar des hauts fonctionnaires de Vichy, les allemands ou les Italiens « ordinaires », ceux qui n’appartiennent ni au camp des militants convaincus ni à celui des persécutés, autrement dit le plus grand nombre. »

 

Nous venons de constater que Philippe Dutilleux pose comme le mandataire pour ne pas dire comme le médecin politique du parti écolo, alors qu’Emmanuel Pinto, et Pascal Roger que nous rencontrerons au chapitre IV du premier fascicule, posent comme les médecins politiques du Parquet de Liège. Ce sont des individus de rouage, étrangers à l’affaire qui me préoccupe, dont Mesdames Anne THILY et Andrée SPRIESTERBACH, et Monsieur Pierre WILMART avaient besoin pour exécuter leur « programme » élaboré de longue date, et en complicité, parmi d’autres, avec les mandataires écolos concernés.

 

Dans l’affaire me concernant, le point commun de tous ces gens – allant des plus hautes autorités judiciaires aux mandataires politiques en passant par des ministres, est celui soit de réaliser leur intégration parmi les dominants - dans le corps sur le balcon -, avec un plan de carrière bien établi, soit de prouver leur existence, voir leur excellence, parmi ceux-ci et de s’y maintenir avec un projet de respectabilité sociale et financier dont la réalisation n’est autre qu’un « projet de vie ».

 

 

B.         Punir ou guérir ?

 

 

Peut-on imaginer que l’auteur de la proposition du traitement - « casser » le raisonnement avec l’aide d’un traitement neuroleptique -, ainsi que ses collègues Roger et Pinto, « soient des charlatans ayant cessé d’être obsédés par les preuves scientifiques, que dans leurs esprits la science ne soit qu’un produit de remplacement de la puissance », comme écrit Hannah Arendt, et que ces individus soient des vils joueurs de rôle dans un spectacle totalitaire ?

 

D’abord, qu’est-ce un joueur de rôle ? me diriez-vous : « Jouer un rôle dans une histoire, écrit Daniel Quinn, c'est la vivre de telle manière que vous en fassiez une réalité. En d'autres termes, c'est tenter de la rendre vraie. Vous reconnaîtrez que c'est exactement ce que le peuple allemand a fait sous Hitler. Il a essayé de transformer en réalité l'histoire qu'on lui racontait. »[38] 

 

Ensuite, la réponse à la question posée, n’est pas évidente dans une société libre comme elle l’est dans le cas d’une société totalitaire. Or, dans un Etat de droit l’expérience de terreur et de répression n’est pas aussi visible que celle de terreur et de répression dans un Etat totalitaire. Alors, je cherche la réponse, et en la cherchant, des mots « simples » tels que casser, efficace, force, agressivité me rappellent ce que j’avais lu dans une revue vingt-cinq ans plus tôt, en janvier 1975.

 

Dans son article intitulé « Guérir pour normaliser ou l’inverse ? », Henry Dougier nous parlait « du règne du luxe, du calme, et de la volupté, d’un certain bonheur, bien aseptisé », et, il s’inquiétait des agissements, en France, « des forces du maintien de l’ordre, en blouse blanche, par la force et la séduction » :

 

« Les pouvoirs investissent méthodiquement, écrivait-il,  par de multiples chemins, les aires libres, les cerveaux. Pour y tuer angoisse, inadaptations, agressivités, déviations et autres « maladies » qu’ils veulent guérir efficacement, c’est-à-dire sans trop de casse. Et cette croisade est prêchée – non dans les églises, mais dans les lieux de santé mentale – au nom de la liberté « collective », de la survie de la culture, de la sécurité. » [39] 

 

Dougier nous faisait part ainsi de sa préoccupation en se référant à la vision suivante, ô combien prophétique, que Roland Jaccard avait de l’homme de la modernité fabriqué par des sociétés d’abondances : « La normalisation, écrit-il, de nos conduites, de notre être, par la médecine et par la psychiatrie, importe plus, a plus de poids que les idéologies politiques. Surcontrôlé de l’extérieur, autocontrôlé de l’intérieur, l’homme de la modernité sera, quoi qu’il en ait, de plus en plus l’image même de l’homme administré coulant une existence paisible dans des sociétés d’abondances totalitaires. » [40] 

 

En lisant ces propos, on ne pouvait pas ne pas se poser, et je n’avais pas pu ne pas me poser, la question de savoir si cette idée de normalisation collective par traitement individuel, était vraiment indépendante de toute idéologie politique. En d’autres termes, est-ce que « cette idée et la logique qui lui est inhérente, n’était pas l’idéologie elle-même », comme l’avait exposée Hannah Arendt, en 1951 ?

 

Pour comprendre cette dernière question, regardons de plus près l’idée clairement exprimée par le diagnostic précité : il faut, suivant ladite idée, casser le système de raisonnement. Et sa logique propose le moyen pour atteindre la fin visée : un traitement neuroleptique infligé par la séduction, le cas échéant par la force.

 

Avant de se mettre en mouvement par sa logique, elle avoue d’abord son caractère barbare – fasciste dirions-nous en termes politiques - pour mieux le justifier ensuite par une argumentation (justification) qui lui est propre : ce serait la seule méthode, selon elle, qui ait une chance d'être efficace. Mais elle n’explicite pas l’essentiel, à savoir le raisonnement dont elle découle, et qui s’oppose à celui de son contradicteur, qu’il estime devoir casser pour s’en débarrasser.

 

Je tente de comprendre ce raisonnement en réfléchissant avec Marc Augé, anthropologue et africaniste, qui nous livre son analyse concernant ce qu’il appelle « l’idéologie thérapeutique » dont elle exhibe l’idée dans sa version primitive comme suit :

 

« Beaucoup d’Africains pourraient dire « Je est un autre » ; cet autre peut être dangereux ; « je » peut être un autre dès avant la naissance ; les femmes enceintes sont invitées à ne pas prendre de douche à la nuit tombée, de peur que l’esprit d’un sorcier mort ne vienne prendre la place de l’embryon qu’elles portent. Rien d’assuré, rien de fixe dans ce moi que les événements risquent de révéler à lui-même pour autre que ce qu’il croyait être, ce moi ouvert aux autres, au hasard biologique et à la redoutable nécessité de l’interprétation – moi lourd de toutes les angoisses et prêt à toutes les purifications.

 

Parce qu’elle exprime  la relation de l’un à l’autre, qu’elle fait du social la vérité de l’individuel et de la maladie la mesure de l’individu, la logique lignagère suggère que l’idéologie thérapeutique fait partie de l’idéologie tout court. » [41]

 

Je comprends mieux l’idée « primitive » véhiculée par ledit diagnostic  : selon la loi sociale - en d’autres termes, selon la norme sociale -, qui veut que la maladie soit la mesure de l’individu, et le social sa vérité, la nature de cet individu dont il faut casser le système de raisonnement, serait malade et coupable. Il faudrait la soigner (purifier) par le moyen que propose le guérisseur traditionnel, à savoir la sorcellerie.

 

Puis, je découvre le raisonnement que nous qualifions de logique : cet homme est malade, « victime » du hasard biologique, donc cet homme doit être soigné (purifié).

 

Quant à la logique de l’idée, elle suggère dans ce cas que l’idéologie thérapeutique fasse partie de l’idéologie tout court, c’est-à-dire que l’interprétation plus qu’intéressée, du sorcier se substitue à la « vérité » non négociable.

 

Et c’est cette même logique intrinsèque à ce même raisonnement, qui avait permis à Hitler de « purifier » la race aryenne et à débuter la purification en éliminant les « aliénés » et les « malades » mentaux, comme elle avait permis à Staline de purifier la société en éliminant les « classes » agonisantes.

 

« Les idéologies, écrit Hannah Arendt, n’ont pas le pouvoir de transformer la réalité, elles accomplissent cette émancipation de la pensée à l’égard de l’expérience au moyen de certaines méthodes de démonstration. Le pensé idéologique ordonne les faits en une procédure absolument logique qui part d’une prémisse tenue pour axiome et en déduit tout le reste ; autrement dit, elle procède avec une cohérence qui n’existe nulle part dans le domaine de la réalité. »

 

Dans le cas qui me préoccupe, le docteur Pascal ROGER, médecin du Parquet de Liège, croyait tenir pour axiome ceci : « Il est fort probable que Monsieur SARI soit un patient psychotique présentant un délire de persécution chronique et structuré » ; « psychotique », un mot qui ne veut rien dire, un fourre-tout, mais qui permet au pervers de poser en savant. Et partant de cette prémisse, le Docteur qui exécutait l’ordre donné dans les coulisses, laissait ainsi aux autres composants du mouvement, d’en déduire le reste, à savoir ce qui n’existe pas dans la réalité, et ce, en faisant la démonstration par une procédure absolument logique.

 

Pour ce faire, il suffit en effet d’être des charlatans ayant cessé d’être obsédés par les preuves scientifiques, et de considérer que la science ne soit qu’un produit de remplacement de la puissance.

 

A son tour, Marc Augé juge cette procédure et par son jugement, il soulève ce qui est essentiel, à savoir le danger de voir, un jour, la médecine et la psychiatrie se charger du maintien de l’ordre dans notre société.

 

« Si, dit-il, l’idéologie primitive assigne l’ordre individuel à l’ordre social, par le biais de ses règles thérapeutiques, l’ordre politique ne tend-il pas de nos jours à déclarer malades ceux qui ne souffrent que de lui. Le pouvoir dans nos sociétés est un pouvoir laïc qui a besoin des ruses de Dieu. Son idéologie, comme toute idéologie politique, tend à faire accepter à l’individu comme naturelle la loi sociale.

 

Si Dieu est mort – et sa mort politique est peu contestable – la nature du pouvoir ne peut émaner que de la nature de l’individu ; si cette nature est malade et coupable, l’Etat a encore une chance de se diviniser et cette chance passe, entre autre, par la médicalisation, voir la psychiatrisation de la société. Le totalitarisme ordinaire fera la loi de tous – loi morale et loi juridique, loi individuelle et loi sociale – le jour où, comme dans les sociétés lignagères, le déviance sera quotidienne. Il arrive que le guérisseur traditionnel guérisse, il est possible que le guérisseur industriel maintienne l’ordre. »

 

Pouvant, à priori, paraître excessive à ceux qui sont confortablement installés dans leur certitude de « ça n’arrive qu’aux autres », l’interrogation soulevée par Augé, nous fait comprendre que dans l’idée de normalisation, il y aurait aussi une logique qui mettrait l’idée en mouvement pour exécuter l’ordre donné par le raisonnement ; comme, par exemple, agir pour casser tous raisonnements et oppositions qui gêneraient et dérangeraient les contrôleurs, ou qui perturberaient le prétendu maintien de l’ordre dans la société.

 

Alors, selon cette logique, guérir, ne serait-il pas punir, et punir, c’est-à-dire soigner, « purifier l’individu en punissant le cerveau pour y tuer angoisse, inadaptations, déviations et autres « maladies » par la machine de médico-psychiatrie, qui est un outil de démolition puissant, légal et moralement licite ? » [42]

 

Est-il vrai que j’exagère ou j’oublie que, sous nos cieux, on ne liquide ni on tue les gens ? Hannah Arendt y répond par sa définition du …

 

 

§          « Citoyen » modèle.

 

 

 «  Après le meurtre de la personne morale et l’anéantissement de la personne juridique, la destruction de l’individualité est presque couronnée de succès.

 

Nous devons prendre conscience du fait que la psyché peut être détruite sans que l’homme soit, pour autant, physiquement détruit.

 

Cela abouti en tout cas à l’apparition d’homme sans âme, c’est-à-dire d’hommes dont on ne peut comprendre la psychologie, dont le retour au monde humain intelligible, soit psychologiquement soit de toute autre manière, ressemble de près à la résurrection de Lazare.

 

Toutes les affirmations du bon sens, qu’elles soient de nature psychologique ou sociologique, ne servent qu’à encourager ceux qui pensent qu’il est « superficiel » de « s’appesantir sur des horreurs ». Le totalitarisme ne tend pas vers un règne despotique  sur les hommes, mais vers un système dans lequel les hommes sont de trop.

 

Le pouvoir total ne peut être achevé et préservé que dans un monde de réflexes conditionnés, de marionnettes ne présentant pas le moindre soupçon de spontanéité. Justement parce qu’il possède en lui tant de ressources, l’homme ne peut être pleinement dominé qu’à condition de devenir un spécimen de l’espèce animal homme.

 

Ceux qui aspirent à la domination totale doivent liquider toute spontanéité, telle que ne manquera pas de faire surgir la simple existence de l’individualité ; ils doivent les traquer toutes deux jusque dans leurs formes les plus intimes, si apolitiques et inoffensives qu’elles puissent paraître.

 

Le chien de Pavlov, l’échantillon humain réduit aux plus élémentaires réactions, le faisceau de réactions auquel peut toujours en être substitué d’autres déterminant exactement le même genre de comportement ;

 

Voilà quel est le « citoyen » modèle d’un Etat totalitaire. »

 

Le « citoyen » modèle dépouillé de ….

 

 

§          La dignité humaine.

 

 

Depuis l’origine des temps, ne mourrons-nous pas d’avoir méconnu la dignité humaine, et de n’avoir pas senti qu’on ne soulève pas impunément l’indignation née de cette méconnaissance ?

 

Ne continuons-nous pas à mourir sans savoir pourquoi nous sommes morts, trompés par les maîtres que nous nous sommes « choisis », mais que nous ne pouvions peut-être pas ne pas choisir ?

 

Pour le reste, tout ce que j’en sais, c’est que je n’en sais rien, plus rien, car je ne sais plus ce que l’on entend encore par ….

 

 

§          La loi et les libertés.

 

 

Depuis le 21 juin 1995, je me bats contre ce sentiment de ne pas me sentir libre en quittant mon domicile le matin.

 

De même, depuis le 19 mars 1999 ; je lutte, au quotidien, contre ce sentiment d’être menacé dans la rue par des forces obscures.

 

C’est ce qui est véhiculé par ces phrases,  en apparence banales, qui indique la source d’une profonde inquiétude « bien réfléchie », dont s’inspire ma détermination dans la résistance depuis de très longues années.

 

Que l’on pardonne mon incapacité de me sentir libre, de croire vivre en liberté dans une société où, à tout moment, je peux être arbitrairement arrêté, être arbitrairement privé de ma liberté, à des fins jamais avouées ;

 

 Et d’admettre que l’on puisse imposer, par la force, la philosophie d’une vie sans objectif, et la futilité de résistance à ce qui est - ou devrait être - intolérable ; forcer au quotidien, je répète, la perte du sens, le délaissement de la responsabilité citoyenne, le désintérêt pour la chose publique et politique, et la résignation devant l’abus et l’arbitraire d’où qu’ils viennent.

 

De fait, « Il y a des moments où c’est la liberté qui opprime et la loi qui délivre », disait Lacordaire, le prêtre dominicain qui siégea sur les bancs de la gauche à l’Assemblée constituante de 1848 en France.

 

Un siècle plus tard, en 1951, Hannah Arendt écrivait, comme nous venons de le voir, que « l’espace entre les hommes tel qu’il est délimité par les lois est l’espace vital de la liberté ».

 

En abolissant ainsi les barrières des lois entre les hommes, on rend oppresseur la liberté – comme le fait la tyrannie – parce que cela équivaut à supprimer les libertés humaines et à détruire la liberté en tant que réalité politique vivante.

 

Cette liberté en tant que réalité politique vivante , c’est mon âme ; je la sens entravée et ligotée par des agissements incessants ayant pour seul but d’imposer la résignation par l’intimidation, la menace et la peur. 

 

La justice, c’est ma passion ; je la sens bafouée par « la Loi de l’obéissance due », dont s’inspire « la Loi de l’impunité » ; la révolte légitime, qui puise sa force tranquille dans l’indignation ressentie face à l’injustice, c’est mon Etre.

 

J’irai jusqu’au bout, je donnerai ma vie, et debout, jusqu’à ce que la vérité soit dite, la justice soit rendue et, par conséquent, les libertés soient reconnues et rétablies ; pessimiste dans l’analyse, optimiste dans l’action, en confiance dans l’avenir, j’irai donc jusqu’au bout contre …..

 

 

§          L’oubli et l’impunité.

 

 

Durant de longues années, j’ai souvent médité ces propos de Gandhi : « La non violence est mieux que la violence, mais la violence est mieux que la lâcheté », disait-il avant d’ajouter : « Tout compromis repose sur des concessions, mais il ne peut y avoir de concessions quant il s’agit des principes fondamentaux ».

 

Quant à moi, autant je méprise la violence, autant je vomis la lâcheté ; et la résignation qui force la concession sur des valeurs et principes fondamentaux, n’est pas la maladie dont je mourrai.

 

 Pour ce qui est de l'oubli, il est illusion ; il est l’autre face du mensonge comme la vérité et la mémoire sont celles de la justice ; la confusion entre le mensonge et la vérité, n’a précisément pour but que de forcer l’oubli pour mieux tuer la mémoire, étouffer la justice et assurer le règne de l’impunité.

 

Contre l’oubli et l’impunité, la résistance devient alors la nécessité, et assure la « sur-vie » ; de fait, ce qui nous embarrasse et nous rend malade, ce n’est pas l’oubli mais son impossibilité, notre soif de connaître la vérité, et donc, de voir la justice rendue.

 

Puis, vient un moment où on n'a plus le droit de s'abandonner dans l'abîme quotidien entre ce qu'on méprise et ce qu'on vomit ; il s'agit là de l'idée que l'on se fait de l'homme, de soi, de sa dignité, de sa fierté, de son intégrité et de ses droits.

 

Le moment où, comme l'écrivait Mirabeau, « La ligne rouge est franchie par l'autorité qui devient arbitraire et oppressive, qui attente aux propriétés pour la protection desquelles elle fut instituée, et rompt le contrat qui lui assura des droits, et la limita » ;

 

Il convient dès lors de dire « Non » à la violence et à l'oppression de l'arbitraire du pouvoir ; le dire comment si ce n’est en agissant, et comment ?

 

 

§          La violence.

 

 

Mais avant d’agir, ne faut-il pas tout tenter, tout, vraiment tout, comme le remarque Michel Onfray en ces termes :

 

« Parfois quand on a tout tenté, tout, vraiment tout, et qu’on risque sa peau, sa santé mentale ou physique à subir un individu décidé à vous nuire, on ne peut l’éviter.

 

Faire un principe absolu de la non-violence, c’est donner raison a priori à l’adversaire prêt à utiliser tous les moyens.

 

La violence peut réaliser ce que la sécurité publique, la morale, la santé mentale ne parviennent pas à obtenir malgré leurs efforts séparés ou conjugués.

 

Elle est un mal nécessaire, s’en priver revient à déclarer vainqueur l’individu convaincu de ne pas y renoncer.» [43]

 

Mais avant tout, ne faut-il pas prendre acte de certains problèmes d'ordre culturel afin de séparer le bon grain de l’ivraie, et tenter de les surmonter ;

 

« Il ne faut pas juger ; moi, je ne juge pas, heee ! », dit le « modéré » imprégné jusqu’à la moelle par la culture du bistrot , tout comme ces gens que nous évoquons parfois ; ils vont à l’Eglise tous les dimanches ou à la Mosquée tous les jours, et suivent scrupuleusement la « discipline du culte », parce qu’ils se sentent ainsi débarrassés de tous remords et libres le reste du temps de se vautrer dans la boue fraîche ou dans la concussion.

 

« Ne jugez pas, afin de ne pas être jugés ; car, du jugement dont vous jugez on vous jugera, et de la mesure dont vous mesurez on mesurera pour vous. » [44] 

 

Ne jugez pas, dit le « Rebelle Sage », c’est-à-dire ne vous posez pas en juge qui juge, condamne et ordonne l’exécution de la peine qu’il prononce ; le jugement porté sur l’acte, n’est donc pas la condamnation prononcée et exécutée à l’égard de l’acte, encore moins de celle de l’auteur de l’acte, de la personne elle-même, de qui il est, ni de ce qu’il est ….

 

 

§          Juger.

 

 

 Foudroyée par ce qu’elle appelle « la banalisation du mal », Hannah Arendt ajoute :  « Même le juge qui vient de condamner un assassin peut en rentrant chez lui, se dire : « Ce n’est que par la grâce de Dieu que je rentre chez moi. » L’idée que vous-même auriez pu faire autant dans les mêmes circonstances, peut vous aider à pardonner aux autres ;

 

La justice est une question de jugement, la miséricorde ne l’est pas.

 

L’opinion nous autorise à juger et même à condamner des tendances, et même des groupes entiers – plus il y en a, mieux cela vaut -, mais elle nous interdit de faire des distinctions et de citer des noms.

 

Tous ces clichés ont ceci de commun qu’ils rendent le jugement superflu, et que ceux qui les énoncent ne courent aucun risque. Cela va de pair avec la répugnance que l’on éprouve généralement à juger les hommes en fonction de leur responsabilité morale individuelle.

 

Si notre avenir devait reposer sur ce que vous dites maintenant – à savoir que nous disposerons d’un référent qui d’en haut décidera pour nous (et alors la question est, bien entendu, de savoir qui va reconnaître ce référent ultime et quelles seront les règles pour le reconnaître – et l’interrogation régresse à l’infini, mais peu importe), je serais tout à fait pessimiste. Si tel est le cas, alors nous sommes perdus. Parce que cela requiert bel et bien l’apparition d’un nouveau dieu.

 

Par exemple, je suis absolument sûre que toute la catastrophe totalitaire ne serait pas arrivée si les gens avaient encore cru en Dieu ou plutôt en l’enfer, c’est-à-dire s’il y avait encore eu des référents ultimes. Il n’y en avait pas. Et vous savez aussi bien que moi qu’il n’y avait pas de normes ultimes à la validité desquelles on pouvait faire appel.

 

On ne pouvait faire appel à personne. »

 

Dans son analyse des propos de Hannah Arendt, que je viens d’évoquer, Ronald Beiner écrit : « Le vrai danger des sociétés contemporaines est que les structures bureaucratiques, technocratiques et dépolitisées de la vie moderne encouragent l’indifférence et amoindrissent finalement le discernement des hommes, leur aptitude au penser critique et leur propension à prendre des responsabilités.

 

La théorie arendtienne du juger prend place, dit-il, dans une vision globale de la situation historique actuelle, qu’elle interprète comme une crise générale de la morale et de la politique occidentale :

 

Les critères traditionnels du jugement ne font plus autorité, les normes de la socialité politique et morale sont devenues éminemment vulnérables. Dans une telle situation, observe-t-il, le mieux que nous puissions espérer est « l’accord des jugements » ou d’une communauté jugeante idéale.

 

Le danger suprême est de s’abstenir de juger, le danger que « lorsque tout est joué », la volonté personnelle ne capitule devant les forces du mal plutôt que d’exercer un jugement autonome.

 

Aussi longtemps que nous continuons à distinguer au sein des choses le bon et le beau, aussi longtemps que nous refusons de renoncer à notre faculté de jugement, tout n’est pas perdu. » [45] 

 

Tout n’est effectivement pas perdu, alors ne faudrait-il pas ….

 

 

§          Enquêter.

 

 

« La plus ancienne signification du terme « histoire », comme tant d’autres dans notre langage politique et philosophique est d’origine grecque, remarque Beiner : il dérive de historein, « enquêter afin de dire ce qui était » - legein ta eonta chez Hérodote. Mais ce verbe, à son tour, a sa source chez Homère où apparaît le mot histor (« historien » si l’on veut) et cet historien homérique est le juge. »

 

Et il définit le rôle de ce juge comme suit : «  Si le jugement est la faculté qui – en nous – se préoccupe du passé, l’historien est l’homme qui enquête, et qui, en relatant le passé, le soumet à son jugement.

 

S’il en est ainsi, nous recouvrerons peut-être notre dignité d’homme, nous la reprendrons pour ainsi dire à la pseudo-divinité de l’ère moderne qu’on appelle l’histoire, sans nier pour autant l’importance de l’histoire, mais en lui refusant le droit d’être le juge ultime.

 

Caton l’ancien, avec lequel j’ai entrepris ces réflexions – « jamais je ne suis plus actif que lorsque je ne fait rien, jamais je ne suis moins seul que dans la solitude » - nous a laissé une curieuse sentence, qui résume avec justesse le principe politique qu’implique cette entreprise de reconquête. Il dit : « Victrix cousa deis placuit, sed victa Catoni » ( La cause victorieuse plaît aux dieux, mais la cause vaincue plaît à Caton.) »

 

De fait, les combats dits perdus d’avance, ne sont-ils pas des combats de valeurs, qui plaisent au citoyen Caton ?

 

Ceux qui ont transformé le monde, ne sont-ils pas ceux qui ont dit « non » aux combats d’intérêts constitutifs des causes toujours victorieuses, qui plaisent aux « dieux » ?

 

Pardonnez-moi ce dernier « jugement » ….

 

 

§          Le pardon.

 

 

« Qu'un homme, écrit Thomas Hobbes,  excuse et pardonne à celui qui lui a fait mal, contre son repentir et des garanties pour le futur. En effet, le pardon est la paix octroyée à celui qui demande la paix.

 

Par conséquent, c'est la crainte, lorsqu'un homme donne la paix à celui qui ne se repent pas, ni ne donne des garanties en faveur de la conservation de cette paix pour le temps à venir. Car celui qui ne se repent pas demeure avec l'affection d'un ennemi, tout comme également celui qui refuse de donner des garanties et, en conséquence, est présumé ne pas chercher la paix, mais l'avantage.

 

Et, par conséquent, il n'est pas commandé d'excuser de tels hommes.

 

Ne pas pardonner lorsqu'il y a repentir et garanties, c'est ne jamais donner la paix. La loi de nature commande le pardon là où le temps futur est rendu sûr. » [46]

 

On m’a si souvent répété cette banalité oh ! combien culpabilisante : « Monsieur Sari, pensez à vos enfants ! ». « Mais justement », ai-je répondu invariablement car il en va de leur avenir, de celui de tous les enfants du monde, mis en perspective dans ce que l’on appelle précisément …..

 

 

§          Le temps futur.

 

 

Pour tenter de rendre sûr le temps futur, je me demande ce qui me reste à faire à présent, si ce n’est de tendre l’oreille à Jean-Jacques Rousseau : « Céder à la force est un acte de nécessité, non de volonté ; c’est tout au plus un acte de prudence.

 

En quel sens pourra-ce être un devoir ? Toute puissance vient de Dieu, je l’avoue ; mais toute maladie en vient aussi. Est-ce à dire qu’il soit défendu d’appeler le médecin ? » Puis, dit-il, comme je me le dis aujourd’hui :

 

« Si j’étais prince ou législateur, je ne perdrais pas mon temps à dire ce qu’il faut faire ; je le ferais, ou je me tairais. »[47]

 

En attendant de faire ce que je ferai, je me tais, et je laisse à Alexis de Tocqueville ….

 

 

§          Le mot de la fin.

 

 

« La révolution démocratique dont nous sommes témoins, est un fait irrésistible contre lequel il ne serait ni désirable ni sage de lutter, il me soit arrivé souvent d'adresser des paroles si sévères aux sociétés démocratiques.

 

C'est parce que je n'étais point un adversaire de la démocratie que j'ai voulu être sincère envers elle.

 

Les hommes ne reçoivent point la vérité de leurs ennemis, et leurs amis ne la leur offrent guère : C'est pour cela que je l'ai dite. »[48]

 

Merci à lui de l’avoir dit, merci à tous pour leurs grosses lettres, et d’avoir dit ce qu’ils avaient à dire. Et merci pour leur amitié.

 

 

§          Conclusion.

 

 

Quant à moi, je crois, aussi, avoir presque tout dit et fait, et avoir certainement tout tenté afin de répondre par le droit à ceux qui ne le respectent pas ;

 

Et ceci, je tiens à le souligner une ultime fois, avant de leur répondre par intransigeance, c’est-à-dire par tout moyen de légitime défense.

 

 

Dans l’attente de vous lire, je vous remercie de la suite que vous estimerez utile de réserver à la présente, et vous prie de recevoir, Madame la Ministre, l’expression de ma respectueuse considération.

 

 

 

Mustafa Üner SARI

 

 

Rue du Bouxthay, 188

4041       Vottem (Herstal).

 

Tél. : 0474 68 84 10.



[1] A ce sujet, nous lirons le chapitre I et II du premier fascicule joint à la présente.


[2] Lire également le § « JUGER » ci-dessous.


[3] A ce sujet, nous lirons notamment  le § C du chapitre II du premier fascicule précité.


[4] Harvey C. Mansfield Jr., « Le Prince apprivoisé », Editions Fayard, 1994.


[5] A ce propos, nous lirons le § V ci-dessous, les § D et E du chapitre III et le chapitre IV entier du premier fascicule.


[6] African Spir, « La justice sociale », Editions Genève, 1948.


[7] A ce propos, nous lirons, entre autres, les considérations au sujet des « agissements des gardiens de l’ordre en blouse blanche » au § V ci-dessous.


[8] Hannah Arendt, « Juger », Editions du Seuil, 1991.


[9] M.F. Hirigoyen, «  Le harcèlement moral », Editions la Découverte et Syros, Paris, 1998,.


[10] Nous lirons, à ce sujet, le chapitre II du fascicule I joint à la présente.


[11] Cité par Léon-E Halkin, «  Critique historique », Editions Derouaux Ordina, 1991.


[12] Pascal Ory, « Du fascisme »,  Editions Perrin, 2003.


[13] A ce sujet, nous lirons également le § V,  « Réflexions », ci-dessous.


[14] Roger Dadoun, La psychanalyse politique, Editions PUF, 1995.


[15] A ce propos, nous lirons « Punir où guérir » au § V ci-dessous.


[16] David Rousset, « Les jours de notre mort », Paris, 1947.


[17] Hannah Arendt, « Le système totalitaire », Editions du Seuil, 1969.


[18] Michel Schneider, « Psychopathologie de la vie politique », Editions Odile Jacob, 2002.


[19] A ce sujet, nous lirons les chapitres III, IV et V du fascicule I ci-joint.


[20] Au chapitre VI du fascicule suscité, nous verrons la suite réservée à la première plainte.


[21] A ce sujet précis et pour tout ce qui concerne cet exemple, y compris les documents et preuves, nous lirons le chapitre VI du premier fascicule ci-joint.


[22]  Concernant cette question, nous lirons également le chapitre VI du premier fascicule.


[23] Nous découvrirons au chapitre VI du premier fascicule, la stratégie initiale qui a été élaborée pour étouffer le dossier, et que Madame la Juge, elle, n’a pu mettre en œuvre vu ma résistance.


[24] Boris Cyrulnik, « Un merveilleux malheur », Editions Odile Jacob, 1999.


[25] Le journal « La Meuse », le 3 juin 1997, voir le fascicule « annexes » ci-joint, p. 11. 


[26] A ce sujet, nous lirons notamment le chapitre I du premier fascicule.


[27] Voir fascicule II « annexes » ci-joint, pp. 1-2 ;  concernant ce courrier et mon vécu pendant trois ans et demi à cette « adresse », nous lirons les chapitres III, IV, V , et plus particulièrement le § D de chapitre V du fascicule I précité.


[28] Jean-Pierre Winter, Les hommes politiques sur le divan, Calman- Lévy, 1995, pp. 173-174.


[29] Ce témoignage a été publié dans la revue « Krautgarden », no : 42, mai 2003.


[30] Ronald Beiner, « Hannah Arendt, Juger », Editions du Seuil, 1991.


[31] Peter Sloterdijk, « La domestication de l’Etre », Editions Mille et Une Nuit,  2000.


[32] M. Revault d’Allones, « Ce que l’homme a fait à l’homme », Edition Flammarion, 1995.


[33] J. Lacan, « De la psychose paranoïaque dans ses rapports avec la personnalité », Ed. Seuil, 1975.


[34] A ce sujet, nous lirons également le chapitre IV du premier fascicule.


[35] Maryvonne David-Jougneau, « Le dissident et l’institution », Editions Harmattan, 1989.


[36] G.H. Van Berg, « Psychiatrie pratique », Editions Desclée De Brouwer, 1975.


[37] Bernard Robinet , « Psy-Franche-Comté », 2002.


[38] Daniel Quinn, « Ishmael », Editions J’ai lu, Paris, 1997.


[39] H. Dougier, « Guérir pour normaliser ou l’inverse ? », la Revue Autrement , hiver 75-76, no 4.


[40] Roland Jaccard, « L’Exil intérieur », Editions PUF, 1975.


[41] Marc Augé, « Déviance quotidienne et totalitarisme ordinaire », la revue Autrement déjà citée.


[42] Erich Fromm, «  La Passion de détruire », Editions Laffont, 1975.

   Michel Foucault, «  Surveiller et punir », Editions Gallimard, 1975.


[43] Michel Onfray, « Antimanuel de philosophie », Editions Bréal, Rosny, 2001.


[44] L’Evangile selon Saint Matthieu, 7.1.


[45] Ronald Beiner, « Hannah Arendt, Juger », Editions du Seuil, 1991.


[46] D. Weber, « Thomas Hobbes,  Eléments de la loi naturelle et politique », Editions Poche, 2003.


[47] J.J. Rousseau, « Du contrat social », Editions Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1964.


[48] Alexis de Tocqueville, « De la démocratie en Amérique », Editions Gallimard, 1961.



 






































































































Commentaires

  • Gros con!!!
    Tu parles du Docteur Dutilleux comme d un medecin nazi; Sais tu seulement qui il est et ce qu il fait pour les autres? Il a ete president de la croix rouge de malmedy pendant des annees, il a acceulli chez lui des jeunes( de toutes nationalites) en attendant qu ils trouvent un foyer, il est tjrs actif a la croix rouge de belgique, il est medecin de pompiers de malmedy, il s occupe d une ong pour des enfants africains, il est alle en roumanie juste apres la revolution aider les gens, il a ete aussi en bosnie pour la meme raison et j en passe.
    Tout ca il l a fait BENEVOLLEMENT!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
    Qu as tu fais toi a part t occuper de ta petite personne?
    Alors respecte les gens a qui le respect est du et qui ne veulent que ton bien car je crois comme lui que tu devrais te faire interner!!! C est pour ton bien.
    En esperant qu un traitement de force ou de plein gre et soigne et te ramene a la realite,
    Bonne journee

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